L’Europe est le principal acteur responsable du déséquilibre offre/demande

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L’Europe est le principal acteur responsable du déséquilibre offre/demande

Reprise des échanges, déclin de la production mondiale, remontée des prix des produits industriels : vers plus de perspectives 2017 pour les producteurs.

L’Europe est le principal acteur responsable du déséquilibre offre/demande

La collecte mondiale de lait fléchit depuis l’été 2016

Sous l’effet des prix baissiers, un reflux s’observe dans nombre de pays de l’hémisphère sud et d’Europe.

C’est pour l’heure plus une rupture de la progression des volumes qui s’observe qu’un reflux réel de la collecte en millions de tonnes.

Sur les cinq grands bassins producteurs: États-Unis, Nouvelle-Zélande, Australie, Union Européenne et Argentine, le comparatif des 7 premiers mois 2016 par rapport à la même période 2015 donne en effet une progression nouvelle de 1,2% du volume produit soit + 2,23 millions de tonnes.

Mais, outre les États-Unis qui poursuivent leur croissance pour assouvir celle de leur marché intérieur, les autres bassins amorcent une régression de leur dynamique de production. C’est le cas sur ces 7 premiers mois 2016-2015 de:

• l’Argentine: -14,1%,

• l’Australie: -5,6%,

• la Nouvelle-Zélande: -0,3% (-2,7% en août).

Qu’en est-il de l’Europe? L’Europe, faut-il le rappeler, est le principal acteur responsable du déséquilibre offre/demande mondial par ses volumes mis sur le marché depuis la fin des quotas. Sa dynamique est donc scrutée d’autant qu’elle ne semblait pas réduire sur les premiers mois 2016 ses volumes de collecte malgré des prix baissiers (encore plus de 2 millions de tonnes mis sur les marchés sur les 7 premiers mois 2016- 2015). Depuis juin, c’est toutefois un net reflux qui s’observe sur la production européenne.

Le succès du plan de soutien à la réduction de la production décidé par Bruxelles démontre un moindre engouement de la plupart des pays européens à produire avec les prix de marché actuels. Seuls, l’Irlande et les Pays-Bas persistent encore à produire avec des taux de croissance respectifs de 7,4% et 10,2%.

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La collecte française

Le repli de la production est plus marqué et plus rapide en France comparé aux pays du Nord de l’Europe (-2% sur les 9 premiers mois de l’année par rapport à l’année 2015). L’adhésion des producteurs français au plan de réduction européen (14800 producteurs représentant 20% de l’enveloppe européenne), soit près de 25% d’entre eux reflètent cette moindre dynamique à produire.

L’été chaud et sec qui a impacté les fourrages disponibles de cet hiver dans nombre de régions françaises a ajouté un autre frein pour produire. Le surcroît de décapitalisation de vaches laitières (abattages: + 5,7% 2016-2015) et le moindre potentiel de renouvellement qui s’amorce sont des indicateurs complémentaires à ce repli de production.

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Regard sur la demande

Les échanges mondiaux retrouvent une dynamique tirée par les importations de la Chine et du Brésil. Matière grasse, fromages et lactosérum bénéficient d’un vrai sursaut dans les échanges mondiaux (+11% pour le beurre, + 4,2% pour les fromages). Les importations de la Chine repartent à nouveau. L’Union Européenne participe à cette reprise des échanges et accroît ses exportations.

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Le commerce des poudres est en revanche encore léthargique même si quelques prémices de reprise se dessinent sur cette fin d’année, prémices soutenues par la Chine sur la poudre grasse entre autres. Sur ce marché des poudres encore atone, mal positionné en termes de compétitivité par rapport à la NouvelleZélande, l’Union Européenne alourdit ses stocks communautaires de poudre d’autant plus que leur fabrication s’est avérée active avec le doublement du contingent d’intervention. Ces stocks constitués (350000 t de PLE à l’intervention dont 20% pour la France) pèseront assurément sur la rapidité de la reprise des prix lors de leur retour sur le marché. 

Quels prix des produits laitiers et quelles perspectives pour les producteurs?

Les fondamentaux

 L’interventionnisme de Bruxelles par de quelconques mesures de soutien aux marchés UE restera limité. L’équilibre offre/demande mondial et européen est de fait déterminant pour la valorisation des produits industriels.

Les marchés communautaire et intérieur français sont en compétition sur des produits de grandes consommations non segmentés.

La compétitivité filière (producteurs/transformateurs) est de plus en plus déterminante pour l’acquisition de parts de marché. Le consommateur reste le grand arbitre du prix au-delà du distributeur. Le panier des différents produits laitiers des transformateurs constituera graduellement la base contractuelle du prix du producteur.

Qu’en est-il sur cette fin 2016? Pour quelle projection 2017?

Les prix des produits industriels connaissent une reprise rapide

Entre le 1er janvier et le 1er octobre, le prix de la PLE (poudre de lait écrémé) progresse de 15,7% et atteint plus de 2000€ par tonne pour être désormais au-dessus du prix de l’intervention, mettant fin à l’augmentation des stocks européens. Sous l’effet du beurre, la valorisation beurre-poudre passe de 220 à 280€ par 1000 litres en cette fin d’année. 

L’Europe est le principal acteur responsable du déséquilibre offre/demande

Les produits de grande consommation en France (PGC)

Une stabilité voire une légère baisse de leur valorisation constituent la tendance sur le marché intérieur; le pouvoir d’achat et l’impact Pour les PGC, ce sera le status quo jusqu’aux négociations commerciales de février 2017. des offres promotionnelles tendent à réduire la valorisation de ce marché intérieur. Par exemple en valeur: l’ultra frais réduit de 2% son marché sur 2016, le lait de près de 0,4%, le fromage stagne malgré la reprise des fromages ingrédients. Fin 2016 et pour 2017, le prix du lait sera boosté par les produits industriels.

Pour les PGC, ce sera le status quo jusqu’aux négociations commerciales de février 2017 avec la distribution, négociations qui s’annoncent déjà complexes au regard du marché et des premières déclarations d’intention. Reste l’arbitrage du consommateur français de plus en plus sensible aux notions de commerce équitable, production locale et coût de production (tout au moins en termes d’intentions) mais dont l’acte d’achat reste incertain sous la pression du pouvoir d’achat.

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L’Europe est le principal acteur responsable du déséquilibre offre/demande

Vers de meilleurs prix producteurs 2017

Nombre d’indicateurs convergent dans ce sens, toutefois pour un retour 2017 à l’équilibre offre/ demande, il faut le maintien des importations chinoises et la poursuite de la réduction de l’offre de l’Europe entre autres.

En cela, une reprise trop rapide des produits industriels pourrait être un signal donné aux pays de l’UE à produire, lequel pourrait saper les efforts faits pour un retour des équilibres offres/demandes.

A ce jour, les prix du lait marquent dans l’ensemble des pays de l’Union Européenne une évolution à la hausse, tendance qui devrait se confirmer au regard des données exposées.

Après avoir connu en France, des prix de base de:

 • 360€ 1000 l en 2014,

 • 300€ 1000 l en 2015,

• 270€ à 285€ 1000 l en 2016.

Une perspective dans une fourchette de 300 à 340€ 1000 litres avec un regard optimiste pourrait être celle de 2017.

Il faudra certes gérer parcimonieusement la remise sur le marché des stocks d’intervention pour ne pas nuire à cette embellie nécessaire au maintien du nombre de producteurs laitiers.

Leur coût de production, malgré un repli suite à leurs efforts, souffre d’inertie et ne saurait rencontrer un prix de vente durablement inférieur.

source : Veille économique agricole - Décembre 2016 - Jean-Yves Morice - Cerfrance.

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Commentaires 1

Bruno

Merveille : la dérégulation et l'abandon des quotas entraîne une augmentation de la production ! Bruxelles vient de découvrir cette merveilleuse conclusion.
Allez, zou, maintenant la dérégulation du sucre !!! Sucreries, à vos marques, prêtes ? Coulez...
On devrait faire la même chose avec les fonctionnaires : on garde la même masse salariale, mais tout le monde pourrait le devenir. Bien entendu, on divise les salaires par le nombre.
C'est merveilleux, l'Europe, cela donne des idées concrètes chaque jour !

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