Lactalis ou “la méthode Poutine”

Patricia Olivieri

Les représentants des producteurs ont profité de la venue lundi du ministre Wauquiez pour adresser un message à son collègue Le Maire.

Lactalis ou “la méthode Poutine”

Toute occasion est bonne à prendre pour les représentants des groupements de producteurs livrant à Lactalis : lundi, les membres de cabinet ministériels qu’ils ont rencontrés à la préfecture d’Aurillac étaient certes plus habitués aux questions de licences, masters, recherche que de contrats laitiers, mais il ne leur a pas fallu relire plusieurs fois la missive envoyée par l’industriel à ses producteurs pour saisir la tentative de passage en force du groupe de Laval dans le dossier de la contractualisation. “On n’a de soucis qu’avec une entreprise, pas 36, fustige Patrick Bénézit, président de la FDSEA, au sortir de l’entrevue avec les conseillers de Laurent Wauquiez, en visite sur Aurillac. Dans le cadre de la contractualisation, les autres entreprises ont accepté de négocier avec une organisation de producteurs, pas Lactalis. Cette dernière envoie des contrats à signer aux producteurs avec ultimatum et menaces, on reconnaît là la griffe d’une entreprise qui ne respecte absolument pas la production et qui fait subir aux producteurs des pressions inadmissibles. C’est la méthode Poutine !”

Les avis sans appel du médiateur

À ses côtés, Claude Bonnet, représentant des groupements de producteurs livrant à Lactalis pour le Massif central, rappelle que les négociations sont aujourd’hui rompues avec Lactalis : “La contractualisation, c’est un schéma, un état d’esprit auquel Lactalis n’a jamais voulu adhérer”, retrace-t-il. Si le point d’achoppement central des discussions reste celui du refus de l’industriel d’un contrat tripartite incluant les organisations de producteurs, les dissensions sont bien plus larges : clause de sauvegarde permettant à l’industriel de s’affranchir des recommandations de prix interprofessionnelles selon l’environnement régional, interdiction du droit à manifester... Interpellé sur une quinzaine de saisines par les groupements de producteurs, le médiateur des contrats agricoles a rendu samedi ses avis. Sur chacun de ces points, sa réponse a été catégorique : déséquilibre commercial manifeste entre le géant laitier et ses fournisseurs. “Cette réponse montre qu’on est bien aux antipodes de ce que devrait être la contractualisation”, relève Claude Bonnet, tout en reconnaissant que le médiateur n’a qu’un avis consultatif. “En théorie, Lactalis peut passer outre mais, avec 15 réponses du même type, l’entreprise ne peut les ignorer”, espère-t-il.N’empêche, le temps joue contre les représentants de la production avec un ultimatum de Lactalis pour parapher la seconde et “dernière” version annoncée de son contrat avant le 31 mars. D’autant que l’entreprise a déjà appliqué des mesures discriminatoires contre les réfractaires sous la forme de dates de paiement du lait retardées. Une entorse de plus dans la relation commerciale, s’insurge Patrick Bénézit.

“Il faut que le ministre se positionne”

Aussi, pour éviter que les producteurs ne s’engagent durablement sous la pression des agents relation clients (ARC) “qui depuis six mois mettent la pression sur les producteurs”, la délégation cantalienne a-t-elle demandé à ses interlocuteurs de relayer au ministre de l’Agriculture l’urgence d’un positionnement gouvernemental : “Il faut que Bruno Le Maire se positionne, exhorte Louis-François Fontant, président de la Chambre d’agriculture. C’est bien l’État et l’Europe qui ont voulu la contractualisation, la France et le ministre ont été en pointe sur ce dossier. Aujourd’hui, ce n’est plus une négociation mais un conflit. Les producteurs ont besoin d’entendre que le ministre les soutient contre Lactalis. C’est un enjeu politique.” Autre requête pressante des producteurs : que le gouvernement fasse enfin paraître le décret donnant une existence juridique aux organisations de producteurs. Un décret attendu fin 2011 qui tarde à sortir.  “Soit la contractualisation est une réussite, ce qui veut dire que Lactalis se met autour de la table dans les jours qui viennent, soit ce n’est pas le cas et le gouvernement ne se positionne pas, alors ça voudra dire qu’il ne nous donne pas de solution face à la prochaine disparition des quotas laitiers. Il faudra alors s’attendre à des grandes turbulences”, augure Patrick Bénézit. On n’est certes pas là, et la délégation des groupements de producteurs, qui représente pas moins de trois milliards de litres de lait sur les cinq collectés en France par Lactalis, doit se retrou­ver ce jour pour définir les modalités de travail entre les organisations de producteurs et l’industriel.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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