Lait : une fin d’année dépressive, pour quel rebond post quota ?

Jean-Yves MORICE

Lait : une fin d’année dépressive, pour quel rebond post quota ?

L’évolution de l’offre et l’embargo russe expliquent la spirale baissière de fin de campagne, pourtant des prix porteurs pourraient à nouveau se vérifier sur la fin 2015.

Lait : une fin d’année dépressive, pour quel rebond post quota ?

S’intéresser aux fondamentaux du marché plutôt qu’à ses soubresauts conjoncturels

Les opérateurs, des transformateurs aux producteurs, restent tout naturellement sensibles au prix du lait. Depuis le 2esemestre 2013 jusqu’à cet automne 2014, les prix ont redonné de la vigueur aux acteurs de la filière. Les indices de prix de vente des produits industriels et fromages se situaient au-dessus des indices 2008 à des niveaux rarement observés.

Lait : une fin d’année dépressive, pour quel rebond post quota ?

Les grands bassins exportateurs très réactifs au prix

L’Europe et la Nouvelle Zélande, les deux premiers exportateurs mondiaux ont respectivement accru leur production de + 4.5% et + 9.5% sur les 12 mois glissants (octobre 2013/septembre 2014). Ces volumes complémentaires infléchissent déjà les perspectives de prix de 2015 comme le montre la chute des enchères Fonterra.

Lait : une fin d’année dépressive, pour quel rebond post quota ?

Une reprise de production 2014 plus rapide que la progression de la consommation

La chute des cours amorcée sur les premiers mois 2015 a pour origine le décalage observé entre l’augmentation soudaine des volumes produits et la progression structurelle du marché de plus de 2% l’an. L’équilibre se rompt dès que le volume dépasse 1% de la demande, d’où les demandes d’actions publiques par certains acteurs de la filière. L’embargo Russe et ses effets sur le marché du lait européen ne sont qu’un accélérateur de ce déséquilibre conjoncturel de l’offre et de la demande ; les exportations françaises et UE vers la Russie représentant seulement 1,5% des exportations de produits laitiers. À lui seul, l’embargo ne peut donc pas expliquer ce retournement. Le pic de production saisonnier attendu dans l’hémisphère nord ne va qu’amplifier la tension sur le marché sur les mois à venir.

Enfin, la Chine, malgré des importations en forte progression d’une année sur l’autre temporise ses achats sur cette fin 2014 et utilise ses stocks pour infléchir le prix d’une poudre de lait jugé prohibitif.

Quant à la GMS, elle est souvent réactive pour imputer sur les PGC (Produit de Grande Consommation)  les baisses qui se profilent..

 

Lait : une fin d’année dépressive, pour quel rebond post quota ?

Quel prix du lait sur 2015 ?

Alors que 2014 connaît une hausse du prix de base de l’ordre de 6 à 7% par rapport à 2013 pour se situer aux alentours de 365 € par 1 000 litres, l’année 2015 pourrait subir un vrai repli suite à cet engorgement. La prudence de certains opérateurs sur les allocations de volume de fin de campagne en témoigne. L’attentisme observé quant à la stricte application des indicateurs de paiement du prix du lait est aussi un autre signal. 

Avec une valorisation beurre poudre retombée à 250 € / 1.000 litres :

• l’impact de la saisonnalité,

• celui du tunnel allemand,

• et le maintien de l’embargo Russe,

Un prix de base de 300-315 € pourrait être plausible sans correctif volontariste de la filière. Un tel prix ne serait guère compréhensible pour les producteurs sur 2015 d’autant plus qu’il serait une fois encore en décalage avec les indicateurs auxquels font référence nombre de contrats. 

Dans ce contexte, un prix objectif pour 2015, quand les transformateurs seront fixés sur le prix des PGC (Produit de Grande Consommation) suite aux négociations de février, constituerait-il une piste pour atténuer la baisse des deux premiers trimestres ? Une moindre saisonnalité pourrait constituer un levier.

À la veille de la sortie des quotas, ce prix de base sans amorti des opérateurs serait un mauvais signal donné aux producteurs français et ne contribuerait pas à être acteur d’un marché durablement en expansion. Mettre un bon sens filière aux côtés des indicateurs de fixation du prix du lait français, certainement trop peu réactifs, peut-être l’enseignement de 2014 et 2015.

2015 en demi-teinte mais un marché durablement porteur à moyen et long terme

Toutes les projections confirment la croissance des besoins en lait. Des zones sont durablement déficitaires : l’Asie, la Russie et demain l’Afrique. Sur 2015, la Chine et la Russie devront à nouveau couvrir leurs besoins. Des bassins exportateurs connaîtront leur limite de production (cas de l’Océanie entre autres). En Europe même, des pays feront des arbitrages de production. La France dispose d’un vrai potentiel laitier et sait innover pour conquérir ces marchés. Il serait dommageable par un effet de conjoncture à la sortie des quotas de rompre une dynamique impulsée depuis 2 ans.

 

Source : CERFRANCE - Lettre Veille Économique Agricole - décembre 2014 - N°40

 

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Commentaires 9

oseille

et oui les producteurs de lait ne manifestent plus beaucoup ,la raison il y en tant d'arrivés au bout du rouleau qu'ils n'en voient plus na necessité et abandonne purement et simplement de produire du lait ,par chez nous en normandie des quantité de jeunes arretent le lait quand les parents prennent la retraite ,bonjour les fermes de 1000 vaches car il y en aura à la pelle

COMPTE263

a @part760 les salariés routiers ou autre manifestent très bien mais chez un éleveur laitier qui fera le travail sur le troupeau quand il ira manifester
c'est un gros handicap ce manque de disponibilité avez vous une solution ? ou alors vous mettez les vaches au placard!!!

valt120

Les laitiers ont des outils à disposition aujourd'hui, pour faire pression contre les transformateurs, c'est pour cela que les op se mettent en place (les laiteries ne les aiment pas d'ailleurs, et feront tout pour les couler). Alors à la place de grogner sans arrêt et de perdre son énergie à se lamenter, je pense qu'il est encore temps de monter dans le dernier wagon pour inverser les rapports de force. Porter plainte tous ensemble contre les industriels qui ne respecte pas les contrats, cela devient notre droit et notre devoir pour ne pas être réduit à l'esclavage dans nos campagnes.

szut

a part760 ,je regrette,si il font 200h par semaine,il mérite largement leur 3500 euros par mois,t imagine,il font plus de 24h parjour!!!!!!!

@part760

encore ce genre de temoignaage a croire que les laitiers aiment perdre de l'argent ( soi dit en passant les robots de traite se vendent à la pelle) .... et pourtant je ne vois aucun laitier qui manifestent?!?!? etrange on va finir par croire qu'ils sotn content de leur sort, les routiers pendant ce temps la manifeste pour gagner 5% de plus d'augmentation sur des salaires de 3500 euros/mois tout compris et a peine 200h semaine

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