Le lait surfe sur une nouvelle dynamique

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Le lait surfe sur une nouvelle dynamique

Plus rien n’arrête la vache à lait ! Avec une hausse de la demande supérieure à celle de l’offre, des prix structurellement élevés, bien que volatils, le secteur bénéficie d’une nouvelle dynamique. Enthousiaste, l’ensemble du monde laitier semble s’être globalement déjà bien lancé dans la course ; la filière française, particulièrement prometteuse, s’organise aussi, mais peut-être moins sereinement que ses voisins du Nord.

Le lait de chèvre entrevoit une sortie de crise

premier producteur mondial de lait (457 ml en 2013) et de fromage de chèvre (93 000 t), la france entrevoit une sortie de crise pour 2014. Éléments tangibles, la revalorisation des produits finis et une poursuite de la hausse des prix à la production, avec +10 % en 2013 et la même tendance en 2014.

Le troisième cheptel caprin dans l’ue (derrière celui de la Grèce et de l’espagne) a quatre années de crise dans les pattes. Une surproduction tout d’abord, en 2010-11. Puis, depuis 2012, une pénurie de fromages de chèvre d’entrée de gamme dans les rayons des supermarchés. Les indus- triels, confrontés à une chute de la collecte, ayant choisi de privilégier les produits à meilleure valeur ajoutée. 

Cette baisse de collecte nationale résulte notamment de l’évolution du nombre d’éleveurs. Elle même traduit l’impact de la faible valorisation du lait au regard du coût de revient, qui a fait plonger certains. De source syndicale, près de 10 % des exploitations ont arrêté dans certaines régions. 

Même si l’espoir renaît, ces quatre années de crise laisseront des stigmates. Les éleveurs ayant jeté l’éponge ne sont pas près de rempiler. 

Les prix atteignent des niveaux historiques dans le monde laitier. Ils bénéficient d’une demande toujours plus forte des pays émergents, particulièrement de la Chine, en produits d’export sous forme de poudre (lait, lactosérum et autres protéines laitières), fromages. 

prix du lait

Le secteur semble franchir une nouvelle étape dans son déve- loppement, qui peut se résumer en une confiance durable à tous les niveaux.

Seule la perspective à long terme d’un marché sous-alimenté a l’air de peser, entre une collecte à +1,8 % par an et une consom- mation à +2,3 %. Les acteurs tiennent de moins en moins compte des événements conjoncturels et se projettent davan- tage en fonction des tendances structurelles. Il suffit de voir l’impact finalement limité de la hausse de la collecte mondiale depuis six mois sur les prix des produits laitiers échangés. 

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L’adaptation à la nouvelle donne laitière s’effectue dans l’ensemble à vive allure, à tous les niveaux de la filière. Notamment parce que les hausses de prix sont globalement acceptées par les industriels, les distributeurs et, in fine, les consommateurs. Cet optimisme général se concrétise par l’ampleur inédite des investissements. En élevage, les efforts portent sur les capacités de production, dans toute l’industrie mondiale, sur les produits destinés à l’export et principale- ment les tours de séchage.

Au final, la libéralisation progressive des marchés s’inscrit dans un scénario inattendu. Contrairement aux prévisions de baisse, les prix du lait grimpent à des niveaux histo- riques et resteront structurellement élevés, malgré leur vola- tilité. Le rapport de force au sein de la filière se déplace de l’aval vers l’amont. Fini le discours du genre : « Aurions-nous les réseaux suffisants pour distribuer toute la production ? » Place à une nouvelle interrogation : « les éleveurs pourront-ils répondre à l’immense demande mondiale ? ».

Les industriels les plus aptes et rapides à intégrer la nouvelle situation aujourd’hui seront les grands vainqueurs de demain. 

L'Europe tourne la page des quotas

La fin des quotas dans l’ue en avril 2015 constitue l’exemple le plus emblématique en matière de libéralisation du marché laitier. Depuis des mois, les pays concernés s’y préparent. un avant-goût de plus en plus proche de la réalité post quotas apparaît. Avec la conjoncture actuelle, très favorable à la production, les collectes laitières et les comportements des industriels évoluent dans ce sens. 

 

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Dans les pays d’Europe du Nord (essentiellement Danemark, Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni), guidée par les prix très élevés, des fondamen- taux très solides (compétitivité des exploitations, ambiance laitière, climat favorable, volontés politiques affichées), la production laitière est déjà entrée dans une dynamique de volumes post quotas, malgré les pénalités liées aux dépassements. Le principal facteur limitant reste la capacité du pays à traiter le supplément de lait collecté.

Cela suscite de multiples actions, aux résultats déjà visibles. De nombreux investissements en produits d’export, entamés depuis plusieurs mois en Europe du Nord, arrivent en fin de travaux ou démarrage de production. Pas de doute, les pays concernés ont l’air capables de dégager leur surplus de production là où la demande s’exprime.

Par ailleurs, 2014 voit la fin d’une période très intense de restructuration de la filière laitière en Europe du Nord. Le décor semble globalement planté, après de nombreux rapprochements et partenariats industriels et commer- ciaux. En première ligne, les coopératives ont beaucoup contribué à cette redistribution des cartes. Elles comptent des leaders de plus en plus inter- nationaux. Le géant hollandais Friesland Campina oriente sa stratégie en dehors de l’Europe, quand le dano-suédois Arla Foods multiplie les actions dans le Nord de l’UE. Ces grosses coopératives sont également très actives en matière d’investissements industriels. Arla Foods vient d’annoncer un programme d’investissement de 300 millions d’euros sur dix sites. 

En France, la confiance règne pour 2014

La collecte laitière française évolue, sans surprise, de manière très disparate selon les zones de production. Sa hausse depuis six mois, liée à la flambée des prix, se concentre massivement dans le Grand ouest et le nord, bassins iden- tifiés à potentiel en vue de l’après quotas.

elle témoigne du climat de confiance pour 2014, comme dans l’ensemble des pays laitiers. mais la france pourrait sûrement profiter bien mieux et plus sereinement de la nouvelle donne, vu ses avantages concurrentiels majeurs, en termes quantitatif, marketing, qualité.

notre potentiel reste freiné par une forme de prudence chez les opérateurs. Cela apparaît dans le développement, jugé encore trop juste, des capacités de transformation à proxi- mité des bassins laitiers à potentiel. Par ailleurs, le fait est que beaucoup d’industriels privés français ont fait le choix de limiter les volumes de collecte contractualisés auprès des producteurs aux quotas historiques réajustés.

mais le vrai souci de la filière laitière française reste les difficiles relations entre ses différents maillons. D’âpres négociations avec les distributeurs pèsent sur les industriels spécialisés en produits de grande consommation (lait, ultra frais, beurre, crème), dont les coûts de production grimpent avec le renchérissement de la matière première. 

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A tel point que les prévisions de nouveaux records de prix à la production en 2014 ont fait craindre une nouvelle crise laitière en France, si les négociations entre industriels et distri- buteurs n’aboutissaient pas avant fin février. Apparemment, sous la pression de tous les acteurs, un compromis accep- table a finalement été trouvé entre les parties.

A l’image de l’ensemble du monde laitier, la filière laitière française peut ainsi, elle aussi, aborder 2014 avec confiance. 

Source Source : Prisme : la note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire

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Commentaires 12

disasterpiece

@oui oui tu peux développer pour la MSA, si c'est véridique il pourrait y avoir des personnes intéressées

popeye80

Oui oulala, mais il ne faut pas confondre point mort financier et coût de production. Je ne connait pas la situation de ton voisin. A-t-il des cultures de vente à côté, un autre atelier, où en est-il dans sa carrière, a-t-il fini de rembourser ses mises aux normes? En fait, il y a plein de situation qui peuvent expliquer d'avoir une capacité à investir mais cela ne signifie pas qu'il vend son lait au dessus du coût de production. En fait, chaque exploitation présente des situations très différentes mais je me rends compte que de poser les chiffres, de prendre un papier, un crayon et une calculette, procéder à la comptabilité analytique de son exploitation pour aboutir à un prix de revient de chaque production est plein d'enseignement et montre en fait la réalité économique plutôt que de rester sur le ressenti qui reflète plutôt l'état de trésorerie

a

@oulala: "à crédit et en stéréo"

oulala

je suis etonné popeye j'ai mon voisin qui depuis 2008 a enchainé 2 robot , un telesco neuf, 2 tracteur neur, une unité de methanisation, une tonne a lisier neuve et rampe epandage, une melangeuse distributrice, un dechaumeur a disque

popeye80

Tout va pour le mieux!!! J'ai fait réaliser une étude economique sur le coût de production du lait sur mon exploitation. Avec des investissements modérés et un elevage techniquement au point, il ressort à 405 euros. C'est d'ailleurs le chiffre qui ressort chez les collegues qui ont fait la même démarche et dans la presse qui veut bien en parler y compris dans d'autres pays d'europe.
Lorsque le marché se porte bien, nous avons grand peine à couvrir notre coût de production: ma laiterie a payé en moyenne 367 E en 2013. A comparaison, lorsque le marché du blé se porte bien, un céréalier vend 50 % au dessus de son coût de production. On parle de libéralisation du marché mais il n'existe pas de vrai marché du lait cru "sorti de ferme". C'est une filière où le plus fort fait le prix, et nous sommes vulnérable car marchandise non stockable, périssable et nous n'avons généralement qu'un seul acheteur dont nos sommes completement dépendant.

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