Le marché mondial des produits laitiers en ordre dispersé

Baptiste Lelyon

Le marché mondial des produits laitiers en ordre dispersé

Les producteurs de lait font face depuis près de 2 ans maintenant à une crise sévère. Certes, le prix du lait s’est nettement redressé depuis le début de l’année, mais il reste toutefois insuffisant pour atteindre le prix de revient permettant de couvrir le coût de production et de dégager une rémunération de la main d’œuvre. Le prix de la matière grasse flambe sur le marché mondial mais, à l’inverse, le cours de la poudre de lait écrémé retombe depuis quelques semaines. Décryptage des processus à l’œuvre.

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La sortie des quotas laitiers a été, pour de nombreux Etats-Membres, l’occasion d’augmenter fortement la production en 2015 et 2016. Au cours des 12 mois ayant suivi la fin des quotas, l’Union Européenne avait augmenté sa collecte laitière de 6,5 millions de tonnes, exportées en majorité sur le marché mondial. En conséquence, les cours des produits industriels avaient dévissé entrainant avec eux le prix du lait payé aux éleveurs. Pour endiguer cette crise, la Commission Européenne a eu recours à deux mécanismes : l’achat de poudre de lait via « l’intervention » et la mise en place d’un programme d’incitation à la réduction de la production laitière. Celui-ci, même si mis en place tardivement, a plutôt bien fonctionné puisque sur le dernier trimestre 2016, la collecte de l’UE 28 était en baisse de 3,5 % (entrainant dans le même temps un afflux de vaches laitières dans les abattoirs et déstabilisant par la même le marché de la viande bovine). L’équilibre offre/demande s’est donc peu à peu rétablit sur le marché et les cotations des produits laitiers ont connu une embellie au cours du 1er semestre 2017. Le prix du lait s’est lui aussi redressé pour repasser nettement au-dessus de la barre des 300 €/1000 litres. Cependant, ces signaux positifs incitent les éleveurs à appuyer de nouveau sur le champignon, et notamment nos collègues d’Europe du Nord. Si la production était encore en retrait au début de l’année, le volume de lait est désormais au même niveau que celui de 2016 pour les mois d’avril et mai. Conséquence, ce nouvel afflux de lait sur le marché pèse sur les cours ! La situation est similaire chez nos principaux concurrents avec une production dynamique aux Etats-Unis. La Nouvelle-Zélande est actuellement dans son creux saisonnier de production mais la reprise en octobre devrait être en hausse. 

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Le beurre s’envole…. mais la poudre de lait écrémé ne décolle pas

Le marché mondial des produits laitier connaît actuellement une situation inédite, qu’aucun spécialiste et industriel n’aurait pu prédire il y a quelques temps. Le marché de la protéine se trouve totalement décorrélé de celui de la matière grasse.

Après une reprise au cours du printemps pour passer la barre des 2 000 €/tonne en juin, le prix de la poudre maigre cale à nouveau. En quelques semaine il a perdu 200 €/tonne pour s’afficher fin juillet à 1 814 €/tonne (cotation européenne). Alors pourquoi cette rechute ? Les 350 000 tonnes de poudre de lait stockées par la Commission Européenne constitue une véritable Epée de Damocles pour la reprise des cours. Fin juin, la Commission a tenté un premier essai en cédant 100 tonnes de poudre, mais à un prix inférieur au marché. Cela a envoyé un message aux opérateurs en leur laissant penser que l’Europe voulait se délester de ses stocks.

Malgré cela, le commerce mondial se porte bien. Les exportations européennes de produits laitiers vers les pays tiers sont en forte progression, signe d’une reprise de la demande en Asie principalement. Sur les cinq premiers mois de l’année (et par rapport à la même période en 2016), les volumes exportés ont progressé de 26 % pour la poudre de lait écrémé, de 8 % pour les fromages et de 7 % pour le lactosérum. Seul le beurre voit ses exportations reculer de 19%, faute de disponibilités.

Depuis un an maintenant, le prix du beurre connaît une embellie sans précédent en passant de 2 500 €/tonne en mai 2016 à plus de 5 800 €/tonne fin juillet 2017 (cotation européenne).

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De vives tensions sur le marché du beurre… mais pas (encore) de pénurie

Certes, le prix s’envole, mais tous les industriels et consommateurs parviennent encore à trouver du beurre. Certes, certaines livraisons peuvent être retardées et les clients devant renouveler leur contrat d’achat actuellement rechignent en raison du prix. Cette situation, inédite, s’explique par plusieurs facteurs. Tout d’abord, la consommation de beurre augmente ; aussi bien dans les pays développés que dans les pays émergents. En effet, mis au banc des accusés pendant plusieurs années, la matière grasse laitière retrouve aujourd’hui les faveurs des scientifiques qui la considère désormais comme bénéfique. En outre, les vives critiques à l’encontre de l’huile de palme ont renforcé ce processus et aujourd’hui la demande est dynamique pour le beurre. De l’autre côté, l’offre est réduite. Non seulement la collecte laitière est en retrait, mais les exportations de fromages bondissent… et la grande partie de la matière grasse est utilisée pour la fabrication de fromage.

Toutefois, rappelons-nous que le marché des produits laitiers est volatile et que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Si la reprise de la production se confirme et s’amplifie à l’automne, le prix du beurre pourrait bien diminuer.

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Commentaires 7

Utopie

Moki et votre inséminateur, lamentables... vous avez entendu parler des suicides particulièrement pendant la crise du lait de 2009, et même avant ? 2 par jour !!! avec les drames familiaux qui s'ensuivent mais faut pas en parler !!! et il ne voit pas les RV chez le banquier pour "tenir" : des emprunts qui pèsent sur les comptes et sur le moral ! il ne voit pas les redressements judiciaires, les liquidations, de moins en moins d'actifs... Pfff ! Qu'ils s'installent les critiqueurs !

fabrice

En réponse à moki, je ne sais pas si tu est producteur de lait, moi j'en suis un. Pour répondre à ton interrogation, on perd de l'argent depuis bien avant 2008 et pour éviter la faillite, on est obliger de faire des emprunts pour renflouer la trésorerie et non pour investir. A terme on va avoir comme en élevage porcin du bâti qui va vieillir et qui va devenir obsolète et on finira certainement par mettre la clés sous la porte.

Beau

Réponse à Moki, accepteriez-vous de travaillez à perte, en étant obligé d'emprunter auprès des banques? Les agriculteurs ne déposent pas facilement leur bilan. Ils préfèrent le suicide à la faillite. Pourtant on peut se remettre d'un dépôt de bilan. On ne peut se faire une opinion par les ouïe dire!

riton 46

Salut moki, demande à ton inséminateur si les élevages sont aussi nombreux qu'il y a 10 ans dans mon secteur (sud ouest) on était 20 laitiers on ne se retrouve plus que 5......les éleveurs arrêtent avant de faire faillite PFFFF

moki

je cite un inseminateur qui passe sur le secteur : "depuis 2008 j'entends tous les jours les laitiers dire c'est la crise , 10ans plus tard ceux qui perdent soit disant tous 2000€/mois tous les ans n'ont toujours pas fait faillite, a croire qu'ils ont sacrement gagné de l'argent avant 2008"

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