Le pop art rural « made in Nizon »

Emeline Bignon - Réussir Lait Février 2012

Le pop art rural « made in Nizon »
Les 250 tableaux racontent en couleur la mémoire de Nizon. DR

Les peintres-paysans de Nizon offrent une galerie de tableaux stupéfiante de couleurs. Rassemblés au sein de l’association Hangar’t, ils fêtent cette année leur vingtième anniversaire à New York.

Du Hangar’t au Land Art

Le pop art rural « made in Nizon »
DR

Les peintres du Hangar’t organisent aussi chaque année la fête des cabanes, au bord de l’Aven, au mois de juin. Cette joyeuse rencontre entre l’art rural et l’art contemporain invite enfants et artistes locaux à construire en plein air une cabane originale en laissant libre cours à leur imagination.

Quel est le point commun entre New York et Nizon, petite bourgade tranquille du Sud-Finistère, rassemblant à tout casser 300 âmes ? À part l’initiale, pas grand chose à première vue… Mais si vous vous baladez un temps soit peu dans ce petit village
rattaché à Pont-Aven, vous ne pourrez pas passer à côté des tableaux pop art qui habillent les murs des commerces et troquets de couleurs vives et contrastées. Inspirées de la technique d’Andy Warhol, inventeur de ce courant artistique des années 1960, ces toiles bigarrées retracent la vie et les visages de la campagne nizonnaise d’aujourd’hui et d’autrefois.
Tout a commencé en 1992. Dans le cadre d’un festival d’art contemporain pour promouvoir le milieu rural, Yves Quentel - dit Pop’s - journaliste et nizonnais de cœur, entreprend un projet sur la mémoire du bourg. Mais pas tout seul. Il embarque dans l’aventure paysans, commerçants, artisans, jeunes et retraités du coin pour lui prêter main-forte. L’idée est simple : dénicher des photos ou cartes postales d’époque dans les greniers et vieux albums de famille, pour les ressusciter façon pop art.

Parler du milieu rural de façon positive

À Nizon, la Factory a d’abord trouvé place dans une conserverie désaffectée, avant de migrer dans l’ancienne salle de danse du village, juste au-dessus du fournil du boulanger. Les photos servent de support artistique. Elles passent par la photocopieuse et deviennent des diapositives projetées sur du contreplaqué. Les artistes en herbe plongent alors leurs pinceaux dans la peinture acrylique et peignent sur les panneaux ces clichés anciens. « La plupart d’entre nous n’avaient pas tenu un pinceau entre les mains depuis l’école ! Mais on s’y est mis avec entrain et bonne humeur ! », se souvient Maurice Even, éleveur et membre actif de Hangar’t depuis le commencement. Beaucoup de patience, un brin d’imagination, un zeste de fantaisie, et le tour est joué. Les couleurs « pètent », les toiles prennent vie, les visages et paysages connus des habitants du bourg retrouvent une seconde jeunesse. Les tableaux s’animent de bleus, jaunes, verts ou rouges irradiants. Avez-vous déjà croisé les vaches roses de Kercaudan ? Isidore et son vieux tracteur orange ? Fufu à la barbe bleue acoudé à son zinc ? Ou la Mamm-Gozh en coiffe rebaptisée la Marilyn de Nizon ? « Nous choisissons les sujets parce qu’ils nous parlent et qu’ils tiennent une place particulière dans la mémoire de Nizon. » Les tableaux retracent aussi à leur manière l’évolution de l’agriculture. Les chevaux bleus à la crinière rose labourant les champs, la traite au pré des Bretonnes pie noires, les ramasseurs de patates, le battage du blé, les manifestations agricoles…
L’atelier est un véritable bric-à-brac de pinceaux, pots de peinture et tréteaux. De multiples toiles s’amoncellent le long des murs, chacune racontant son histoire à voix basse. Ecoutez celle de D’Gérari D’Jo, musicien qui a fait valser tout le canton dans les sixties, celle de Me zo ru, vieil habitué du troquet, ou encore celle des écolières de Saint Jo en 1966/67…
Chaque année, le dernier dimanche de septembre, ces quelque 250 tableaux prennent le frais et s’exposent dans les rues du bourg. Mais pas un n’est vendu. Par principe. « La peinture à Nizon est d’abord là pour créer du lien social et faire parler du milieu rural de façon positive », revendique Maurice Even.
Dans quelques mois, l’association fêtera ses 20 ans. En dignes héritiers d’Andy Wharol, les Nizonnais s’apprêtent pour l’occasion à traverser l’Atlantique pour exposer leurs toiles dans une galerie de New York, temple mondial du pop art. Bon voyage et longue vie au Hangar’t !

www.asso-hangart.com

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