Le prix du lait : de plus en plus de réactivité conjoncturelle

Jean-Yves MORICE

Le prix du lait : de plus en plus de réactivité conjoncturelle

Concernant les produits industriels, c’est désormais des variations voire des ruptures sur une périodicité de 6 mois qui se vérifient. Cette variabilité tranchant avec le cycle de production du lait lui-même.

Le prix du lait : de plus en plus de réactivité conjoncturelle

Alors que 2012 se caractérise par un fort déclin des prix des produits industriels, 2013 est marquée par un vrai rebond à compter de Mars 2013. Ainsi, de mars à mai : + 24 % pour les poudres grasses, + 20 % pour le beurre et + 18 % pour les poudres maigres. S’ensuivent une période de stabilité et une nouvelle reprise qui se profile sur la fin de l’année soit des niveaux de

• 4 550 $ / t (3 500 €) pour le beurre
• 4 300 $ / t (3 300 €) pour le lait écrémé.

Le prix du lait : de plus en plus de réactivité conjoncturelle

Les raisons de cette reprise des produits industriels

Le recul de la production laitière dans les bassins exportateurs est marqué :
• La Nouvelle Zélande connaît une baisse de production de près de 10 % suite à la sécheresse sur les 8 premiers mois de 2013.
• L’Australie, 4ème exportateur mondial, connaît une perte de 6,5 % de ses volumes sur cette période et ne semble pas renouer avec une dynamique de reprise.
• L’Europe n’est pas en reste avec un repli de 1 % depuis le début 2013.
• Seuls les Etats-Unis connaissent une progression de 0.5 % sur les 8 premiers mois de 2013.

Un vrai déclin de production (-3 %) se constate en Russie d’où des importations croissantes (+ 60 % de beurre depuis janvier 2013), Idem pour le Japon (+ 9 %) et l’Algérie.

La demande de la Chine est toujours croissante et un problème sanitaire chez Fonterra (Nouvelle Zélande) accroit la demande chinoise en poudre européenne (+ 42 % de poudre de lait entier sur les 7 premiers mois 2013). S’ajoutent à ce décalage offre/demande, des stocks faibles et en constante régression en Europe (seulement 83 000 tonnes au 1er septembre 2013).

Le prix du lait : de plus en plus de réactivité conjoncturelle

Les Produits de Grande Consommation sont plus stables

Sur le marché intérieur des PGC européens, marché à maturité, la hausse est plus modérée avec 12 % d’évolution de prix pour le lait liquide et seulement 2 % pour les fromages entre 06/2012 et 06/2013. C’est désormais le marché mondial qui infléchit le prix du lait payé aux producteurs. Cette réalité économique génère des disparités entre les industriels en fonction de l’équilibre de leurs mix-produits. Elle explique entre autre la complexité du moment sur le prix du lait entre les acteurs économiques et les différences de perception. Le prix unifié sur un même territoire se heurte désormais aux réalités économiques des débouchés et de leurs fluctuations.

Le prix du lait : de plus en plus de réactivité conjoncturelle

Quelles perspectives fin 2013 et 1er semestre 2014 ?

Rien ne laisse présager un renversement de tendance sur les 6 prochains mois. La valorisation beurre-poudre de l’ordre de 370 € en juillet 2013 devrait se maintenir aux alentours de 400 € / 1 000 litres pour le 1er semestre 2014. Face à ces prix attractifs, les prémices de reprise de la production de l’UE depuis juillet et de la Nouvelle Zélande devraient s’intensifier. Et les USA, assurément, sauront être opportunistes.

2014, l’anti-thèse de 2013 ?

L’accélération des cycles haussiers et baissiers, la réactivité graduelle des bassins de production n’annonceraient-elles pas une année 2014 au profil inverse à celle de 2013 où le début d’année serait faste avec une fin plus difficile ? C’est une perspective plausible en cas d’un rééquilibrage offre / demande.

L’opportunisme des pays du nord de l’Europe

Autriche, Danemark, Pologne, Allemagne voire Pays-Bas font preuve d’un dynamisme enviable sur 2013 engrangeant la manne financière liée à l’export. Leur quota national sera réalisé voire dépassé au sein d’une Europe globalement en sousréalisation récurrente. 13 Etats dont la France, 2ème pays producteur de l’UE, seront en sousréalisation avec 7 % d’écart actuellement pour la France contre 3,6 % pour l’année précédente. L’immobilisme français ne trouve pas de justification dans la qualité de ces bassins de production. C’est plus un signal fort qu’il faut donner aux producteurs par une stratégie filière volontariste mais différenciée selon les débouchés.

La réactivité, une composante de la compétitivité pour les producteurs laitiers

Bénéficier des périodes porteuses revient à anticiper les indicateurs de marché avec un délai toujours plus court pour réussir. Force est de constater que le prisme Force est de constater que le prisme français du prix du lait «le millefeuille», donnant lieu à la fixation du prix aux producteurs, ne facilite pas cette anticipation.

Alors que tous les signaux de marché appelaient à produire du volume depuis l’été 2013, les paiements des 1 000 l octroyés aux éleveurs donnent lieu au statisme voire au scepticisme.

En cette fin 2013, savoir être réactif, et capitaliser sur la baisse du coût alimentaire, les allocations de fin de campagne proposées, et les prix de base de début 2014 proches de 400 € / 1 000 litres serait pertinent. Il serait en revanche dommageable de produire des volumes à contretemps quand le marché s’inversera.

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