Les écarts de rentabilité de production du Biogaz entre la France et l'Allemagne se réduiront

Costie Pruilh. Réussir Lait Octobre 2011

Installation de biogaz en Allemagne. (Christian Gloria)

La loi 2012 fait faire un important changement de cap à l’Allemagne. La valorisation de la chaleur devient une condition pour bénéficier des tarifs biogaz.

L a famille Backes, à Mandern, dans l’Ouest de l’Allemagne(1), a investi en 2006 et 2010 dans la méthanisation à la ferme. La puissance de l’installation est de 500 kW. Chez M. Backes
(76 vaches laitières, 260 ha), le tarif de rachat est de 0,23 euro/kWh, ce qui correspond à ce que perçoivent en moyenne les installations allemandes. L’éleveur indique que l’installation est surtout rentable du fait qu’il valorise toute la chaleur (il en vend à une usine voisine). Chez lui, le digesteur a besoin de l’équivalent de 200 hectares de cultures : ensilage de triticale, maïs, herbe… Il achète donc des végétaux. « Avec des céréales à 200 euros la tonne, le résultat est à l’équilibre avec le seul produit électricité. Grâce à la chaleur, je sors du plus. »

Le prix élevé des céréales fait baisser la marge

Selon M. Backes, le biogaz commence à perdre en attractivité pour les nouveaux investisseurs. « Le développement du biogaz a fait monter le prix des terres

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, et fait monter le prix de la biomasse (ensilages, déchets d’industrie agroalimentaire…). » Il ajoute que la loi 2012 allemande va changer la donne, même si, « avec la sortie programmée du nucléaire, le gouvernement devra continuer de soutenir la méthanisation ».
Timothée Bellet, de Planet Biogaz France, analyse la loi 2012 : « on estime que le tarif en Allemagne va baisser de 20 % en moyenne pour les installations entre
150 et 500 kW. Surtout, les conditions d’accès au tarif et bonus se durcissent. Il faudra valoriser au moins 60 % de la chaleur au bout d’un an de fonctionnement pour bénéficier des tarifs ‘biogaz’, et les cultures énergétiques ne devront pas représenter plus de 60 % de la masse entrant dans le digesteur. Le gouvernement incite aussi clairement à l’utilisation des effluents d’élevage. »
Ce changement de cap aura aussi des conséquences sur les montants d’investissement. Chez M. Backes, l’investissement se chiffre à 3 000 €/kW ; c’est environ deux fois moins élevé qu’en France. Timothée Bellet explique cette différence : « le coût du béton, du transport du matériel (pas encore de fabrication en France), et l’ingénierie plus développée — du fait qu’en France on valorise des déchets de tous types — expliquent un surcoût de 15 % maximum. Le reste de la différence est lié au fait qu’en France, on peut avoir besoin de stockage spécifique, voire de traitement pour certains déchets entrants dans le digesteur. Enfin, comme on doit valoriser la chaleur pour que l’installation soit rentable, il faut parfois investir dans un séchoir de fourrage, de bois… »
Avec les nouvelles conditions d’accès aux tarifs et bonus, le niveau des investissements augmentera sans doute outre-Rhin.

(1) Vue lors d’un voyage organisé par le BTPL en Allemagne.

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