Les producteurs basques sont tenaces

Bernard Griffoul

Les producteurs basques sont tenaces
Le lait de vache est transformé en lait demi-écrémé et beurre, le reste en pâtes pressées. Des produits identifiés au territoire basque sous deux marques (GMS, réseau traditionnel). - © CLPB

La CLPB, coopérative de collecte, a fait le pari de la transformation. Un pari audacieux mais en bonne voie d'être gagné grâce aux efforts financiers consentis par les producteurs.

Financement participatif et partenariat

En 2015, confrontée à des difficultés de trésorerie consécutives à un démarrage difficile de la commercialisation, la CLPB a lancé deux opérations de financement participatif, via la plateforme Bulb in town, qui ont rencontré un véritable succès. La première a permis de collecter 138 000 euros de dons en trois semaines et la seconde 416 000 euros de capital. Une SAS (Fromagerie des Aldudes) a été créée pour assurer la commercialisation des fromages. La coopérative a également signé un partenariat avec une PME locale de l'agroalimentaire (Miguelgorry) pour commercialiser les fromages en grande distribution.

Rien n'est encore acquis, mais nous sommes plus confiants qu'il y a un an ou deux », affirme avec prudence Jean Mollon, président de la coopérative laitière du Pays basque. La CLPB, coopérative de collecte de lait de vache et de brebis fondée dans les années 1970, a investi 6 millions d'euros pour créer une fromagerie aux Aldudes dans les Pyrénées-Atlantiques, qui a ouvert ses portes en février 2014. Une décision prise trois ans plus tôt alors qu'elle affinait déjà, dans ses propres caves, 50 tonnes de fromages de brebis fabriqués à façon. Comme toutes les coopératives de collecte, la CLPB était confrontée à des difficultés de valorisation du lait, aussi bien en vache (marché spot) qu'en brebis (perte des contrats de vente en 2011 qui a conduit à une grave crise et au départ de producteurs). Aujourd'hui, elle collecte un peu plus de 3 millions de litres de lait de vache (20 producteurs) et 1,3 million de litres de lait de brebis (40 producteurs). Le bâtiment et le foncier (1,2 million d'euros dont 300 000 euros de subvention) ont été financés en crédit-bail par la communauté des communes. La coopérative a bénéficié de 1,8 million d'euros de subventions (région, département, FranceAgriMer, Union européenne). Les 3 millions restants ont été financés par des emprunts (70 %) et autofinancés (30 %).

Lait demi-écrémé, beurre et fromages

La CLPB a développé une gamme très diversifiée de fromages de brebis et de vache identifiés au territoire. Elle dispose de deux lignes de fabrication : pâtes pressées en lait de vaches et brebis (dont l'AOP ossau-iraty), et pâtes molles, qui sont déclinées en lait pasteurisé et en lait cru. Mais, le lait de vache est surtout valorisé en lait UHT demi-écrémé et en beurre, identifiés Bleu Blanc Coeur (BBC). « Nous écrémons le lait chez nous, puis nous l'envoyons chez un partenaire espagnol qui nous garantit que c'est bien notre lait qui nous sera renvoyé en briques », explique Jean Mollon. La coopérative commercialise un million de litres de lait en direct, avec un packaging marketé Pays basque, et vend un million de litres de lait demi-écrémé à une entreprise agroalimentaire (Miguelgorry). « La démarche Bleu Blanc Coeur nous a permis de rentrer dans les collectivités pour lesquelles nous fabriquons des portions individuelles en coque », poursuit le président. La coopérative ne transforme pour l'instant qu'un peu plus de la moitié du lait de brebis.

24 % de capital social et délais de paiement

La CLPB a eu de grosses difficultés pour faire sa place sur un marché local des fromages très concurrentiel. Les difficultés de trésorerie ont failli faire capoter le projet. Les producteurs ont consenti de très gros efforts financiers. Ils ont souscrit un capital social à hauteur de 24 % de la paye annuelle et accepté un délai de paiement du lait de quatre mois, qui s'est finalement avéré bien plus long (un an). Certains éleveurs de brebis, qui ne pouvaient pas supporter un tel sacrifice financier, se sont mis en retrait de la coopérative, en attendant des jours meilleurs. En ce début d'année, le lait de vache était rémunéré 285 euros/1000 litres en prix de base, auquel s'ajoute une prime BBC (0 à 30 €). « Cette année, on devrait pouvoir payer le lait dans les conditions prévues au départ (délai de 4 mois), assure Jean Mollon. Il n'était pas facile de passer de 50 à 500 tonnes de fromages. Avec de nouveaux partenariats qui vont se concrétiser dans les prochains mois, nous y sommes presque. »

Source Réussir Lait

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires