Les producteurs de lait normands réclament "8.000 euros par ferme" à Lactalis

Sophie Caron

Les producteurs de lait normands réclament "8.000 euros par ferme" à Lactalis

Des producteurs de lait normands, appuyés par la FNPL, vont lancer une action groupée en justice contre l’industriel laitier Lactalis pour défendre leur revenu. Ce dernier n’aurait pas respecté le contrat 2014 mis en place avec les producteurs pour fixer le prix du lait.

A la veille de la fin des quotas, la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) veille au grain et a décidé de poursuivre en justice toute entreprise qui ne respecterait pas les contrats mis en place entre les industriels et les éleveurs. La première visée est Lactalis, contre qui l'Organisation de producteurs Normandie Centre vient de décider  le déclenchement d'une action de groupe en justice. Les producteurs  estiment que la rémunération offerte par Lactalis a fait perdre "8.000 euros par ferme" en 2014. 500 producteurs de lait pourraient être concernés, soit 220 millions de litres de lait.

La FNPL mènera en soutien "une procédure d'intervention volontaire" qui s'apparente à une constitution de partie civile pour avoir accès au dossier.

« Le prix, calculé selon les indicateurs mis en place dans le contrat,  aurait dû augmenter dans le cas de Lactalis  de 27 euros en 2014, or on  a  eu une hausse de 25 euros en réalité »,  explique André Bonnard, le trésorier de la. Le groupe Lactalis, en s’alignant sur les prix de Sodiaal,  aurait profité de la contre-performance de ce groupe coopératif pour ne pas augmenter les prix autant qu’il était prévu.

Le syndicat compte d’ailleurs également demander à la coopérative Sodiaal des explications sur les mauvais résultats de cette dernière qui n’aurait pas su « profiter de la hausse des prix du beurre et du lait en poudre, autant qu’elle aurait pu », d’après  André Bonnard.

Prix du lait : entre 360 et 371 euros les 1.000 litres en décembre 2014

L’«action de groupe» fait désormais partie de l’arsenal mis à disposition des producteurs dans le cadre de  la nouvelle Loi d'avenir agricole promulguée le 14 octobre. Cette mesure permet à une organisation de producteurs de dénoncer la non-application du contrat qui le  lie à une entreprise de collecte, en l'occurrence Lactalis. De nouveaux moyens juridiques qui pourraient bien prendre  le relais des manifestations musclées que l’on a pu voir dans le passé. Bongrain est également dans le collimateur des producteurs.

"A trois mois de la fin des quotas c'est un signal fort aux entreprises qui seraient tentées de ne pas respecter leurs contrats", insiste Thierry Roquefeuil, président de la  FNPL. « Nous ne demandons pas un prix supérieur au marché mais un prix de marché. Ce qui n’a pas été le cas en 2013 ni  en 2014 » ajoute le président.

"Mais le fond du problème depuis la mise en place des contrats est l'opacité avec laquelle le prix du lait est déterminé et c'est ce qui motive aujourd'hui l'action de groupe", ajoute  André Bonnard.  Selon l’Observatoire du prix à la production mis en place par la  FNPL, les prix du lait dans la Région Ouest ont augmenté en 2014 de 20,4% (Sodiaal) à plus de 27% (Triballat), s'établissant entre 360 et 371 euros les 1.000 litres en décembre 2014 (voir courbe ci-dessous).

Aucune régulation européenne

Des producteurs français d’autant plus vigilants qu’au niveau européen, aucun outil n’est pour l’instant prévu pour réguler le marché du lait après la fin des quotas. "Si la production de lait en Europe augmente de 10% et la consommation de 2% seulement, on fait quoi ?" s’interroge Thierry Roquefeuil qui réclame  « l’affichage d’une politique laitière européenne forte ».

D’autant que les autres zones de production au monde (Etats-Unis, Australie et Nouvelle-Zélande) ont déjà mis en place des politiques  laitières. Les éleveurs  américains s’apprêtent notamment à choisir s’ils vont  adhérer, ou pas, au nouveau FarmBill, un système assurantiel qui leur permettrait de résister en cas de coup dur.  « S’ils sont nombreux à y adhérer, ça va donner aux producteurs américains une capacité de résistante forte, c’est une vrai machine de guerre » explique Thierry Roquefeuil.

prix du lait FNPL

 

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