Marchés de masse et niches : La double stratégie d'adaptation des transformateurs bretons

Costie Pruilh

L'industrie bretonne a évolué vers plus de produits spécifiques, mais elle ne peut se dégager des marchés de masse, où elle doit être compétitive par rapport aux industriels du nord de l'Europe.

Le prix du lait breton est un des plus bas de France : 285,40 euros pour 1000 litres en 2007
(288 euros pour la moyenne France). Une part encore importante du lait est transformée en
produits industriels non différenciés — aussi appelés « de dégagement » ou « basiques ». Autrefois soutenus par la PAC, ils sont aujourd'hui complètement dépendants des cours mondiaux. Depuis vingt ans, la filière laitière bretonne fait évoluer son mix-produit pour sortir de cette dépendance.

De 180 000 tonnes de poudre de lait écrémée (PLE)et 150 000 tonnes de beurre produits
en 1987, la Bretagne est descendue à 85 000 tonnes de PLE et 77 000 tonnes de beurre en
2007. « Mais du fait des volumes qu'elle transforme (plus de 4,5 milliards de litres), la
Bretagne fera toujours pas mal de produits industriels de dégagement. Elle cherche donc à développer des produits à forte valeur ajoutée », analyse Gilbert Keromnès, président du CilOuest, l'interprofession régionale.



Accords de collecte

Pour optimiser leurs résultats, les entreprises ont également travaillé les charges. Le coût de collecte breton est le plus faible de France (17 à 22 euros/1000 litres en 2005), grâce une forte densité de production et des accords de collecte entre entreprises. « La Bretagne est la région précurseur en la matière, et c'est une des régions où il y a le plus d'échanges de lait. La capacité à travailler ensemble est une caractéristique bretonne », précise Luc Morelon, responsable communication Lactalis. Des gains d'efficacité ont également été trouvés lors de restructurations industrielles. « Pour l'Ouest, se préparer à la sortie des quotas, c'est rendre la filière plus compétitive par rapport au nord de l'Europe. La taille des outils industriels n'est pas encore toujours suffisante », souligne toutefois Isabelle Lesage, de Coop de France Ouest.

(DR)

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Laïta (Coopagri Bretagne, Even, Terrena) commercialise sous la marque Paysan breton du beurre et des fromages. (DR)(DR)

Laïta (Coopagri Bretagne, Even, Terrena) commercialise sous la marque Paysan breton du beurre et des fromages. (DR)(DR)

 

Près de 100 000 t de poudre en moins

Les industriels ont, d'une part, développé des gammes de produits industriels différenciés, à forte valeur ajoutée. D'autre part, ils se sont diversifiés dans le fromage. Une partie de ces fromages sont positionnés sur des marchés de masse, et une autre partie sont mieux valorisés avec des gammes différenciées. L'exemple type de cette stratégie est Entremont alliance (1,6 milliard de litres de lait). « Depuis la création d'Entremont alliance (Unicopa et Entremont) en 2005, le groupe a fermé des sites, optimisé sa collecte, et investi dans les sites restants (100 millions d'euros en trois ans), notamment pour développer son activité fromages et réduire le poids des produits industriels », raconte Alain Troalen, responsable des relations extérieures Entremont alliance.

Entremont alliance et les fromages

« Les produits positionnés sur des marchés de masse doivent être faits en low cost, c'est-à-dire à un coût de production le plus bas possible, pour être compétitifs sur le marché européen. C'est le cas de l'emmental fabriqué sur le site de Montauban de Bretagne (50 000 tonnes). Sont également concernés d'autres pâtes pressées de grande consommation, mais aussi des fromages ingrédients. Parallèlement, nous développons des produits à forte valeur ajoutée : des spécialités comme la fondue savoyarde, une sauce fromagère que nous venons de lancer, des gammes de fromages allégés avec Weight Watcher... Sans
oublier l'activité fromages AOP/IGP, dans l'est de la France », détaille Alain Troalen. Mais qui dit fromage, dit lactosérum, ce qui pose un problème quand ce dernier est mal valorisé comme en ce moment.

Entremont alliance et les fromages

« Les produits positionnés sur des marchés de masse doivent être faits en low cost, c'est-à-dire à un coût de production le plus bas possible, pour être compétitifs sur le marché européen. C'est le cas de l'emmental fabriqué sur le site de Montauban de Bretagne (50 000 tonnes). Sont également concernés d'autres pâtes pressées de grande consommation, mais aussi des fromages ingrédients. Parallèlement, nous développons des produits à forte valeur ajoutée : des spécialités comme la fondue savoyarde, une sauce fromagère que nous venons de lancer, des gammes de fromages allégés avec Weight Watcher... Sans
oublier l'activité fromages AOP/IGP, dans l'est de la France », détaille Alain Troalen. Mais qui dit fromage, dit lactosérum, ce qui pose un problème quand ce dernier est mal valorisé comme en ce moment.

La voie des produits industriels spécifiques a été travaillée par la plupart des transformateurs, souvent en partenariat. Regilait (Sodiaal, Even, Coopagri Bretagne), Epi ingrédients (Coopagri Bretagne, Terrena), Beuralia, Nutribio (Sodiaal, Entremont alliance)
Nutribio est le dernier né, début 2008. Cette entreprise élabore des poudres de lait spécifiques pour la nutrition infantile, et d'autres produits pour la diététique pour adulte… Des partenariats ont également été créés dans d'autres secteurs. Laïta (Coopagri Bretagne, Even, Terrena) commercialise ainsi sous la marque Paysan breton du beurre et des fromages. Une activité qui s'est bien développée, permettant à ces entités de faire évoluer leur mix-produit. Aujourd'hui, « après quinze années de rapprochement commercial dans le cadre de Laïta, nous avons la volonté commune d'aller plus loin avec un rapprochement industriel qui nous permettra notamment d'être plus concurrentiels face aux géants du nord de l'Europe », affirmait Hubert Garaud, président du groupe Terrena, il y a quelques mois.

Produits régionaux, bio…

La Bretagne n'a peut-être pas d'AOC, mais les consommateurs bretons sont fiers de leurs produits régionaux. Toute une gamme de produits (lait ribot, beurre…) et des marques régionales s'imposent grâce à cette fidélité. « Le lait et le beurre Bridel marchent très bien en Bretagne ; l'attachement à la marque est fort », illustre Luc Morelon. D'autre part, la Bretagne est capable de produire du lait bio en quantité, et les transformateurs ne s'y sont pas trompés. «Les intervenants historiques (Lactalis, Triballat,
Laiterie d'Armor du groupe Eurial, Sill…) cherchent du lait bio », pointe Bertrand Posté, de la Fnil Grand Ouest.
Pour survivre au milieu des grosses entreprises, les plus petites exploitent des niches, ou
s'adossent à de plus grandes sociétés. Coralis, une petite coopérative régionale, s'est ainsi
adossée au groupe Orlait (Sodiaal, Lorco, Coralis et d'autres) pour valoriser son lait de
consommation. En parallèle, elle a développé une gamme de produits naturellement enrichis
aux omégas 3.

Source Réussir Lait Elevage Décembre 2008

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