Marchés du lait : Avenir favorable pour les poudres et le beurre

Costie Pruilh

La libéralisation des marchés génère plus de fluctuations des prix des produits industriels. Néanmoins, des rapports prévoient des prix plus élevés à l'avenir pour le beurre et les poudres.

Les prix des produits industriels ont dessiné une montagne russe comme la filière laitière n'en a jamais vu ! Après une hausse vertigineuse, les cours sont retombés très rapidement le dernier trimestre 2007. Et, en ce début de février 2008, le beurre se stabilise et la poudre repart à la hausse… mais plus modérée cette fois-ci. Les fluctuations de prix ont atteint cette ampleur à cause du désengagement de Bruxelles dans la gestion des marchés. Comme il n'y a plus de stocks publics, un petit déséquilibre sur les marchés peut faire fluctuer fortement les prix. « Comme pour beaucoup de produits agricoles, la demande n'est pas élastique sur les produits laitiers : elle est très sensible à des écarts entre l'offre et la demande. Du coup, quand les clients peinent à trouver du beurre et de la poudre, les prix augmentent rapidement », rappelle Alain Le Boulanger, du groupe veille économique à CER France.

« Les prédictions sont dures à établir, étant donné qu'il n'y a plus de stocks publics. Un petit déséquilibre sur les marchés peut faire fluctuer fortement les prix », indique la FNPL. (S. Roupnel)

« Les prédictions sont dures à établir, étant donné qu'il n'y a plus de stocks publics. Un petit déséquilibre sur les marchés peut faire fluctuer fortement les prix », indique la FNPL. (S. Roupnel)

Une demande insatisfaite

Vincent Chatellier, économiste à l'Inra, revient sur la hausse du printemps 2007. « Une conjonction de facteurs a conduit à une hausse d'une telle ampleur. On savait que la demande augmentait, mais elle s'est heurtée à une production insuffisante — notamment dans l'Union européenne — et à des stocks vides. Les États-Unis augmentent régulièrement leur production, mais cette hausse est absorbée par leur consommation intérieure. La production chinoise augmente, mais elle ne suffit pas toujours à satisfaire un appétit grandissant pour les produits laitiers. L'Océanie ne se remet pas de l'impact de sécheresses à répétition. La hausse des volumes en Nouvelle-Zélande ne compense que partiellement la baisse de la production en Australie. En Argentine, les exportations ont été limitées pour éviter les risques inflationnistes. Par ailleurs, grâce à la hausse du pétrole et à un rythme élevé de croissance économique, de nombreux pays acheteurs de produits laitiers ont eu la capacité économique de renchérir. »

Cette forte hausse, conjuguée à celle constatée sur les fromages d'exportation (Edam, Gouda, Emmental…), a eu un impact sur le prix du lait partout dans le monde. Mais la forte hausse sur les produits industriels a entraîné des spéculations. « Les prix des produits industriels ne pouvaient pas rester à un tel niveau de prix, car les clients n'achètent pas du beurre à 4000 euros la tonne ! », indique Vincent Chatellier. Gilles Psalmon, de la FNPL, ajoute : « Il y avait aussi un écart de prix important entre le marché européen et mondial, notamment pour le beurre. »

Source : Tableau de bord de l'Office de l'Elevage du 8 février 2008.

Source : Tableau de bord de l'Office de l'Elevage du 8 février 2008.

 

Un retour à la normale en fin d'année

La baisse brutale observée au dernier trimestre 2007 était donc un retour à la normale. « La baisse s'est engagée quand les clients ont choisi de suspendre leurs achats et d'attendre la baisse des prix ; et quand la Commission européenne a proposé d'augmenter progressivement les quotas jusqu'à leur disparition en 2015. C'est un signal fort de relance de la production ; + 2 % de quota en plus par an, cela représente 3 milliards de litres », analyse Vincent Chatellier. S'ajoute en France, la hausse de la collecte sur la fin de campagne — à la fois saisonnière et encouragée par le prix du lait — qui a généré une production de beurre poudres.
« Aujourd'hui, les prix ont fortement baissé et les entreprises ont constitué des stocks pour raréfier l'offre et ainsi soutenir les prix », poursuit Vincent Chatellier.

« Le prix du beurre est en train de se stabiliser autour du cours mondial, et il ne devrait pas baisser davantage, car on sent une reprise sur les marchés, y compris à l'export. Le prix de la poudre est en train de remonter, car il était descendu trop bas, en dessous du prix mondial. Les clients qui attendaient pour acheter sont en train de revenir sur le marché. Mais jusqu'à quel niveau la poudre va t-elle remonter ? Mystère… Ce que l'on constate, c'est que la valeur de la protéine laitière est supérieure à celle qu'on a connu ces dernières années avant la flambée de 2007. Et elle devrait le rester », estime Gilles Psalmon.

Gérard Calbrix, économiste à Atla : « La projection est optimiste pour 2008, avec un retour à des prix fermes pour tous les produits laitiers. » (DR)

Gérard Calbrix, économiste à Atla : « La projection est optimiste pour 2008, avec un retour à des prix fermes pour tous les produits laitiers. » (DR)

 

Des prix durablement élevés ?

Selon Gérard Calbrix, économiste à Atla, « les prix des produits industriels se stabilisent au-dessus des prix des années précédentes, et la projection est optimiste pour 2008, avec un retour à des prix fermes pour tous les produits laitiers. Il n'y a pas de stocks publics, et il n'y a pas de déferlement de lait en Europe et dans le monde, hormis récemment en France. En Europe, malgré la volonté politique de relancer la production, l'offre devrait rester relativement stable, certains pays ne faisant plus leur quota : Royaume-Uni, Finlande, Suède, Hongrie, Pologne… Et dans le monde, la production ne parviendra pas à répondre à une demande très dynamique. Enfin, les entreprises ont constitué des stocks fin 2007 quand les prix sont redescendus. Les à-coups sur le marché devraient donc être moins brutaux en 2008… sauf accident climatique. »

A plus long terme, les économistes interrogés ne se hasardent pas à faire de prédiction.
Des rapports américains et européens concluent que les prix des produits laitiers, comme de la plupart des matières premières, seront plus élevés sur la décade qui commence, par rapport aux dix dernières années, car la consommation continuera d'augmenter plus vite que la production. « Peu de régions dans le monde ont la capacité d'augmenter beaucoup leur capacité de production, même sans quotas », souligne Gérard Calbrix.

Attention à ne pas produire trop

L'évolution du prix du lait a incité les producteurs français à augmenter leur production. Ils ont pris des options à court terme, étant donné la rareté en génisses et vaches. Iront-ils jusqu'à investir, s'agrandir, pour conforter cette hausse de production ? Est-ce souhaitable ?
Comme le risque de fluctuation des prix est dorénavant plus fort, les intervenants engagent les éleveurs à la prudence : « attention à ne pas trop s'emballer, et à ne pas investir sur la seule base du prix du lait actuel. Attention aussi aux pénalités. »
En ce qui concerne les conséquences pour l'équilibre des marchés, Vincent Chatellier indique qu'en ce moment, certaines laiteries dans l'Ouest sont confrontées à des surplus de lait, et appellent leurs éleveurs à lever le pied.
À plus long terme, Gérard Calbrix estime que « la contractualisation entre les entreprises et les producteurs permettra d'éviter les fortes fluctuations de production. »

Source Réussir Lait Elevage Mars 2008

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