Prix du lait du second semestre : Une hausse de 31 euros obtenue à l'arrachée

Costie Pruilh

L'été a été « chaud bouillant ». Les industriels ont tenté de rogner la hausse du prix du lait, et sous pression, ont finalement accepté une hausse de 10 % sur 2010. Avec en contrepartie un indicateur de compétitivité avec l'Allemagne.

Il aura fallu sortir des fermes, discuter, négocier, montrer les dents, batailler, pour que les transformateurs acceptent une hausse de 10 % sur l'année 2010, sur la base de l'accord du 3 juin 2009. Le prix de base moyen sera donc de 300 à 305 euros pour 1000 litres sur 2010. Pour le second semestre, l'augmentation est de 31,10 euros. La hausse s'appliquant sur des grilles de prix 2009 réécrites pour tenir compte de la saisonnalité, et nettes de flexibilité, cela donne un prix de base d'environ 330 euros/1000 litres pour le troisième trimestre.
Les factures de lait de juillet ayant déjà été réglées, un rattrapage sur les factures d'août ou septembre devrait avoir lieu. « Il faudra veiller à l'application de l'accord. Des entreprises en difficulté pourraient avoir du mal à faire les rattrapages », indique Thierry Roquefeuil, secrétaire général de la FNPL.

L'indicateur de compétitivité appliqué à partir de janvier 2011

« Les principales entreprises sont soulagées, car l'accord donne une visibilité sur 2010. Et les producteurs ont accepté l'ancrage à l'Allemagne, même si ce n'est pas au niveau que nous voulions », conclut Jehan Moreau, directeur de la Fnil (Fédération des industries laitières). L'indicateur de compétitivité avec l'Allemagne consiste à comparer au mois le mois le prix français et le prix allemand, et à ce que l'écart ne dépasse pas +/- 10 euros pour 1000 litres (tunnel de 10 euros). Puis à comparer les prix en moyenne glissante sur douze mois, en y appliquant un tunnel de 8 euros. Cela permet de tenir compte de la saisonnalité du prix du lait français. Ce dispositif commencera à être appliqué à partir de janvier 2011.

La FNPL, les JA et la FNSEA ont mené des opérations de stickage début août pour dénoncer la hausse insuffisante du prix du lait de certaines grandes entreprises. (Terres de Bourgogne)

La FNPL, les JA et la FNSEA ont mené des opérations de stickage début août pour dénoncer la hausse insuffisante du prix du lait de certaines grandes entreprises. (Terres de Bourgogne)

 

Le prix allemand est prévu à 307-310 euros sur juillet

Cet été aurait pu être plus serein. Les trésoreries auraient pu reverdir un peu dès août. Mais voilà, les transformateurs ont tenté de jouer sur la variable prix du lait en proposant +14 € pour le 3e trimestre. Ils ont jugé qu'avec +31 euros, le prix du lait français serait à nouveau trop décalé du prix allemand, prévu à 307-310 euros/1000 litres en juillet. Ils ont perdu des parts de marché en 2009, sur le marché intérieur et sur les marchés européens. Ils ont voulu les récupérer. D'autre part, les prix des produits de grande consommation (PGC) ont baissé, et une hausse sera difficile à faire passer à la distribution.
Mais les responsables professionnels ont dit ‘non', avec le soutien du ministre de l'Agriculture. Les marchés sont plutôt bons pour les produits industriels et les fromages allemands, et il paraît légitime que les exploitations, qui ont grandement souffert de prix bas et de fortes charges, profitent enfin de cette embellie. D'autant plus que les résultats des entreprises sur 2009 se sont améliorés (voir article page 13). « La question de la compétitivité n'est pas qu'un problème de prix du lait. Il faut aussi que les industriels se remettent en question », souligne Thierry Roquefeuil.

« +31 euros, ça ne couvre pas les coûts de production »

Pour faire céder les industriels, la FNPL, les JA et la FNSEA se sont mobilisés. Ils ont organisé des opérations de stickage en grande surface ; apposé des autocollants « producteurs mal payés » sur des produits laitiers de Lactalis, Bel, Bongrain, Senoble, qui avaient annoncé une hausse du prix du lait inférieure aux +31 euros. Et ils se sont également rendus le 12 août dans les sièges de plusieurs groupes laitiers.
La Confédération paysanne et l'OPL ont une nouvelle fois dénoncé l'accord du 3 juin, et trouvent déplacé de se féliciter d'une hausse de 10 % sur l'année. « Cette revalorisation ne permet toujours pas de couvrir les coûts de production », soulignent les deux syndicats. L'arrimage à l'Allemagne n'est pas non plus de leur goût. « La différence de compétitivité est surtout due à des orientations politiques différentes », souligne l'OPL. Par ailleurs, la Confédération paysanne est inquiète « à propos des discussions sur la contractualisation et le double prix double volume. C'est une machine à faire baisser le prix du lait car il n'y a pas d'étanchéité entre les volumes A et B. Or il est en train de se mettre en place », s'alarme André Bouchut, son secrétaire national. Le syndicat demande un encadrement politique plus fort de la filière. « L'interprofession fonctionne mal seule ; l'Etat est obligé d'intervenir. De plus, si on veut garder du lait sur tout le territoire, ça passe par un encadrement politique. » De son côté, l'OPL prépare une grande mobilisation le 7 septembre sur Strasbourg ; objectif : rencontrer des députés pour parler de régulation européenne.

Source Réussir Lait Septembre 2010

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