Producteurs laitiers : des savoir-faire à protéger

P. Olivieri

Pour le patron de la FDSEA, Bruxelles et les industriels doivent tout faire pour sauvegarder leurs producteurs.

 Patrick Bénézit, ici aux côtés de Chantal Cor (présidente de la section laitière) : “Il faut des entreprises conquérantes à l’export !”

Patrick Bénézit, président de la FDSEA du Cantal, n’en démord pas : si l’Europe veut protéger sa production laitière et conserver des éleveurs et savoir-faire dans ce secteur, “il faut qu’elle garantisse un minimum de sécurité aux producteurs en restaurant des outils de régulation des marchés” dignes de ce nom. Une régulation dont il est désormais acté qu’elle ne pourra plus se faire via les quotas laitiers démantelés à l’horizon 2015. “Les quotas ont eu le mérite d’éviter des baisses de prix du lait mais ils ont aussi eu le revers d’empêcher des hausses”, analyse le président de la FDSEA pour qui de nouveaux mécanismes de gestion des marchés, qui respectent les coûts de production des élevages laitiers, sont à inventer parallèlement à une indispensable revalorisation du niveau des filets de sécurité existants au sein de la Pac.

“Un mal très français”

“Aujourd’hui, l’Union européenne et la France s’inquiètent de l’avenir de l’élevage en dressant le constat que plus les productions végétales auront de la rentabilité, ce qui est déjà le cas actuellement, plus les éleveurs se détourneront de l’élevage dans une majorité de régions. En Normandie, on voit déjà des exploitations de plus d’un million de litres de lait arrêter de traire pour mettre la charrue. Si la Commission européenne est consciente de ce risque, elle manque de réponses. Il faut donc continuer à pousser pour que ces moyens de régulation rentrent dans la réforme de la Pac en discussion. C’est encore tout à fait possible.” Protéger le creuset de l’or blanc que représente en Europe le maillon de la production : un message que le patron de la FDSEA adresse également aux entreprises de la filière.  “Si elles ne font pas davantage attention à leurs producteurs, elles perdront leur fond de commerce”, prévient celui qui porte un regard des plus critiques sur le manque de stratégie et d’ambition des industriels français. “Au moment où les marchés extérieurs ne demandent qu’à être explorés dans le monde entier, la solution de facilité qu’appliquent une nouvelle fois les entreprises, c’est de mettre à mal ce qui fait la base de la filière : les producteurs, avec des baisses de prix du lait inacceptables. C’est décidément un mal très français, condamne Patrick Bénézit. Les industriels ont de vraies difficultés à être réactifs, à mettre en place des stratégies à l’export. Tout le monde dit “il faut faire”, mais personne ne fait ! Un attentisme ou des hésitations qui, pour le président de la fédération, ne pourront durer éternellement sauf à assister rapidement à la désaffection de la production et à une pénurie de lait alors même que des tensions sur les marchés sont pronostiquées à très court terme (avec le redressement déjà effectif sur les marchés beurre et poudre).

“Il faut donner de l’air à la production laitière”

“Ces tensions vont donner des cartes à tout le monde”, estime Patrick Bénézit. Aussi bien aux producteurs qui auront fait le choix d’une production conventionnelle qu’à ceux engagés dans des démarches de différen­ciation dont les appellations d’origine protégée (AOP). Et là encore, le syndicaliste appelle les entreprises à faire preuve d’imagination pour trouver de nouveaux débouchés. “Il faut arrêter de vouloir tous vendre du cantal au même endroit et de nous répéter qu’on vend moins de fromages. Il faut développer des marchés, il faut des entreprises conquérantes, qui ont envie de sortir du territoire européen. Sur ce type de démarches, les producteurs seront derrière en appui”, assure-t-il. Avant de conclure : “Les industriels doivent bichonner, chouchouter les producteurs et leurs savoir-faire.”

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Commentaires 1

Jean Yves

Très bonne analyse.Respect des éleveurs,des territoires,des couts de production,manque d'ambitions des entreprises de transformation.
Tout y est mais il y a urgence.

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