Prospective : Les agrocarburants, plutôt une menace pour l'élevage

Franck Mechekour

Le développement des agrocarburants n'a globalement pas d'impacts favorables pour l'élevage des ruminants selon un dossier du Département économie de l'Institut de l'élevage.

Les agrocarburants (biocarburants) sont au coeur de l'actualité. Dans ce domaine, la France se montre particulièrement ambitieuse en se fixant des objectifs d'incorporation d'agrocarburants dans l'essence ou le gasoil supérieurs à ceux proposés par la Commission européenne. Dans ce contexte, le département économie de l'Institut de l'élevage s'est penché sur une question sensible à savoir : « Les agrocarburants, atout ou menace pour les ruminants ? ».
De fait, l'élevage bovin et ovin est triplement concerné. Il est « le plus gros utilisateur potentiel des co-produits de ces filières (tourteaux de colza et drêches de céréales)… » Il l'est aussi « comme production concurrencée en termes d'utilisation du foncier en particulier dans les zones de polyculture-élevage ». Il l'est enfin « comme production utilisatrice d'aliments du bétail dont les prix sont puissamment tirés à la hausse, partiellement du fait de ces nouveaux débouchés à fin énergétique », note l'Institut de l'élevage.

Usine de production d'agrocarburants. L'arrivée des agrocarburants de deuxième génération pourrait augmenter la concurrence sur les surfaces. (S. Foulon / Renault)

Usine de production d'agrocarburants. L'arrivée des agrocarburants de deuxième génération pourrait augmenter la concurrence sur les surfaces. (S. Foulon / Renault)

Tension sur les céréales

« Le titre de ce dossier est exprimé sous la forme interrogative. Et pourtant, au vu des conclusions, nous sommes amenés à comprendre qu'ils représentent plus une menace qu'un atout. »
D'abord parce que la production d'agrocarburants notamment à partir de maïs aux États-Unis « a tiré le prix du maïs et entraîné dans la foulée une tension sur l'ensemble des céréales et le soja aux États-Unis et dans le monde en 2007 », expliquent les économistes tout en reconnaissant que d'autres facteurs tels que la sécheresse ont également contribué à cette flambée.
Ensuite, la concurrence sur les surfaces agricoles est également un point sensible. Le département économie de l'Institut de l'élevage estime notamment qu'un rapport émanant de l'interprofession des grandes cultures (ONIGC) minimise l'impact des agrocarburants sur les surfaces mobilisées pour atteindre notamment les objectifs d'incorporation de 7 % en 2010 et de 10 % en 2015 dans l'Hexagone.

Le Miscanthus peu exigeant

L'arrivée des agrocarburants de deuxième génération pourrait d'ailleurs augmenter la concurrence sur les surfaces notamment au détriment des prairies. « Les plantes pérennes (miscanthus…) envisagées pour servir de matière première à ces carburants ont la caractéristique d'être peu exigeantes du point de vue agronomique et pourront donc être cultivées sur des types de sols plus variés que les céréales ou les oléoprotagineux. »
Troisième constat des économistes : « Alors que les agrocarburants devaient rendre moins dépendants du prix du pétrole, c'est l'inverse qui se produit. C'est le cours du pétrole qui influence fortement le prix des principales matières premières agricoles sur le marché mondial, et par conséquent celui du coût de production des viandes et du lait ! ».

Pour en savoir plus

Voir le Dossier économie de l'élevage n° 373, décembre 2007 : « Les agrocarburants et l'élevage, atout ou menace pour les ruminants ? ».

Source Réussir Lait Elevage Mars 2008

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