Reproduction : La sélection part à la reconquête de la fertilité des vaches

Franck Mechekour

Après avoir fortement participé à la dégradation de la fertilité des vaches laitières, les programmes de sélection — notamment via l'index fertilité — semblent contribuer depuis trois ans à stopper cette chute.

Plus de 37 millions d'inséminations passées au peigne fin sur une période de dix ans — de 1997 à 2006 — et au bout du compte un constat sans ambiguïté : la fertilité des femelles laitières de races Montbéliarde, Normande et Prim'Holstein s'est bel et bien dégradée, surtout au début des années 2000.
Telle est l'une des principales conclusions de l'étude menée par Pascale Le Mézec, de l'Institut de l'élevage, et Anne Barbat, de l'Inra.
Ce travail a été présenté le 15 janvier à l'occasion d'une journée de formation consacrée à la gestion de la fertilité des bovins laitiers organisée par l'Institut de l'élevage et AgroParisTech en partenariat avec l'Unceia et l'Inra.

Hémorragie stoppée en 2004

Si cette conclusion ne représente pas un « scoop », elle est par contre intéressante à plus d'un titre. D'abord parce qu'elle confirme par une analyse statistique fine ce que beaucoup d'éleveurs constatent sur leur troupeau. Et ensuite parce qu'elle permet d'étudier les évolutions race par race et en fonction du rang de vêlage des animaux.
Les courbes de taux de gestation après une insémination première montrent que le phénomène est plus marqué en Prim'Holstein mais n'épargne pas les deux autres races étudiées. En Prim'Holstein, ce taux de gestation « s'est surtout dégradé entre 2000 et 2004 ». Sur
cette période, le recul atteint - 3,6 % soit de 48 à 44,4 % pour toutes les femelles, et – 2,5 % soit de 59,9 à 57,4 % pour les génisses. L'hémorragie semble s'être stoppée depuis 2004. Il était plus que temps puisqu'en 2006, et malgré un arrêt de la chute, le taux de gestation après une première insémination (IAP) atteignait 58 % pour les génisses, mais ne dépassait pas 40 % pour les primipares et 35 % pour les vaches en rang de vêlage 2 et 3. Autrement dit, une Prim'Holstein multipare n'a qu'une chance sur trois d'être gestante après une première insémination !

Les Montbéliardes n'ont pas échappé à cette baisse de fertilité également plutôt marquée entre 2000 et 2004 où elle a atteint – 2,2 % pour toutes les femelles et surtout – 3,1 % pour les seules génisses. Les résultats se sont ensuite stabilisés lors des campagnes d'inséminations suivantes. L'ampleur de la dégradation est moindre par rapport à la Prim'Holstein. Ainsi, en 2006, le taux de gestation après une IAP était de 60 % pour les génisses et de 53 % pour les vaches.

En 2006, une Prim'Holstein multipare sur trois était gestante après une première insémination. (F. Mechekour)

En 2006, une Prim'Holstein multipare sur trois était gestante après une première insémination. (F. Mechekour)

 

Taux de réussite de 60 %

La fertilité des Normandes suit une courbe relativement comparable à celle des Montbéliardes. Le taux de réussite en première insémination calculé en 2006 chez les génisses est identique (60 %) à celui des Montbéliardes. Il est par contre légèrement plus faible chez les vaches (48 %).
« La stabilisation de la dégradation constatée depuis trois campagnes chez ces trois races sera-t-elle durable ? », s'interroge Pascale Le Mézec.
La prise de conscience de l'impact défavorable de la sélection sur la production laitière plaide en faveur d'une embellie. Il est désormais couramment admis que la génétique explique « entre 30 et 50 % de la baisse des performances de reproduction ». Cette prise de conscience a abouti à la publication d'un index fertilité en 1998 et à son intégration dans l'ISU de ces trois races en 2001. On constate par ailleurs que « le niveau génétique des femelles nées après 2001 ne baisse plus ».

La stabilisation de la dégradation de la fertilité coïncide aussi avec l'arrivée en 2004 des femelles issues des accouplements où la fertilité pouvait être prise en compte. Pure coïncidence ? Une chose est sûre, il est encore trop tôt pour juger du réel impact de l'index fertilité. « Les variations annuelles de niveau génétique restent modestes », précise Pascale Le Mézec. L'héritabilité du caractère (h2 = 0,02) est faible et limite donc la vitesse du progrès par la voie génétique.
Quoi qu'il en soit, pour améliorer la fertilité par cette voie, il semble que l'on s'oriente en France vers « l'augmentation du poids de l'index fertilité dans l'ISU et l'indexation sur d'autres caractères de fertilité, en particulier l'intervalle mise-bas—première insémination », souligne Anne Barbat.

Par ailleurs, de nombreux programmes de recherche menées par l'Inra, l'UNCEIA… se poursuivent pour améliorer les connaissances sur les mécanismes physiologiques qui interviennent sur la fertilité des vaches et des taureaux.
Les recherches en génomique et notamment dans le domaine de la sélection assistée par marqueurs génétiques (SAM) progressent. La SAM est un outil de sélection d'importance pour différencier très tôt des taureaux, notamment sur des caractères peu héritables comme la fertilité.
Mais si la génétique a une part de responsabilité indéniable dans la dégradation, elle n'est pas le seul facteur en cause. La conduite de l'élevage (niveau de production laitière, délai de mise à la reproduction, détection des chaleurs…) intervient également. Et tous ces facteurs « sont difficiles à dissocier, se cumulent ou se compensent ».

Des chaleurs discrètes

L'intervention de Marie Saint-Dizier, d'AgroParisTech, a permis de mesurer la multitude et la complexité des mécanismes biologiques impliqués dans la baisse de fertilité des vaches laitières. Qui est responsable de l'expression discrète des chaleurs (plus de la moitié des chaleurs ne sont pas détectées), des anomalies de cyclicité, des chaleurs sans ovulation, des délais variables entre le début des chaleurs et l'ovulation, de la mauvaise qualité des ovocytes, des mortalités embryonnaires ou foetales… ? Pas facile d'y voir clair même si le déficit énergétique et la vitesse de reprise d'état après le vêlage jouent un rôle majeur dans le dérèglement physiologique de la vache.
Et comme un malheur n'arrive jamais seul, au moment où la baisse de fertilité semble avoir atteint un palier (durable ?), l'épidémie de fièvre catarrhale ovine vient chambouler la donne et réorienter les courbes à la baisse.
L'analyse des résultats de gestation des campagnes d'insémination à venir risque d'être très délicate.

Source Réussir Lait Elevage Mars 2008

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