Sélection animale : “la technique nous rattrape”

P. OLIVIERI

Le groupe Altitude a présenté les avancées en matière d'identification des gênes améliorateurs chez les bovins.

La sélection des animaux d'élevage est en train de vivre une véritable révolution grâce aux techniques génomiques assistées par marqueurs (Sam) qu'a présentées Jacques Espinasse. Le directeur général de l'union Altitude intervenait lors des assemblées générales des coopératives Centraliment, Volcalis et les Éleveurs du pays vert le 19 mars. Ainsi, sur une échelle de temps excessivement réduite, à savoir entre 2001 et 2008, 14 régions chromosomiques (gènes) intéressantes ont été identifiées sur le génome des bovins (laitiers) grâce à 45 marqueurs. Ces régions correspondent à huit caractères (dont la production laitière, les taux TB et TP : taux butyrique et protéique...). Mieux, comme l'a relevé J. Espinasse “des progrès énormes ont été réalisés en quelques semaines” : on est ainsi passé de 1 152 marqueurs au total en mai 2008 à 1 800 par chromosome un mois après. Des chiffres dont la portée peut paraître encore floue pour la très grande majorité des éleveurs, peu coutumiers des travaux de recherche génétique, mais que le directeur du groupe coopératif a traduit simplement : ces techniques pourraient en effet permettre de ramener d'ici peu à 2-3 ans la durée actuelle - de huit ans - nécessaire pour évaluer les qualités d'un taureau destiné à la reproduction. Historiquement, et jusque dans les années 50, on se basait sur les caractères des géniteurs pour définir les qualités de leurs descendants. Au milieu du siècle dernier, cette méthode a laissé la place à la sélection sur descendance qui permet aujourd'hui encore de contrôler la bonne transmission des caractères jugés intéressants sur les fils ou filles des taureaux destinés à une carrière de reproducteurs “améliorateurs”. Une technique de sélection fiable mais qui a atteint ses limites. À savoir : la nécessité pour retenir dix taureaux de mettre environ 100 descendants en test, l'attente nécessaire entre la procréation et la mise en service, sans compter les coûts : repérage, entretien, production, contrôles...

D'ici quelques années, une sélection sur embryons

Tout cela ne pourrait être bientôt plus qu'un lointain souvenir pour les races laitières grâce à la technique des marqueurs qui se traduit concrètement par le génotypage des pères et mères à taureaux porteurs et à celui de leurs descendants. “On pourra même un jour tester directement les embryons”, avance Jacques Espinasse qui met en avant les avantages multiples de la génomique : accélération du processus de sélection et d'indexation, multiplication du nombre de candidats fiables, sélection possible sur de nouveaux caractères... Tout en restant pragmatique : “Le coût du génotypage d'une race donnée s'élève à un million d'euros (sans compter “l'entretien”, c'est-à-dire le génotypage des descendants), a ainsi précisé le directeur d'Altitude qui a aussi indiqué que le coefficient de détermination d'un jeune taureau génotypé, c'est-à-dire la probabilité de transmission d'un caractère, ne dépassait pas 55 %, contre 77 % pour ceux mis en service actuellement via la sélection par descendance. Selon lui, il faudra donc encore contrôler un peu plus afin de limiter les aléas de transmission. “Il y aura donc des arbitrages à faire entre moindre fiabilité et accélération du potentiel de sélection, entre rapidité et importance du progrès génétique et coût de mise en oeuvre, a conclu Jacques Espinasse. Il y aura sans doute aussi des arbitrages internes dans le monde des structures raciales, notamment en bovins viande, où la génomique n'est pas encore lancée et les bases de données bien plus modestes. Le débat national portera sur le choix d'une recherche génomique sur chaque race ou sur celui de la mise en commun les travaux pour en diminuer les coûts.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source union du cantal

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