Toute la filière laitière allemande attend la fin des quotas

Annick Conté - Réussir Lait Janvier 2012

Malgré le dynamisme de la filière, il ne faut pas s’attendre à une explosion de la production laitière allemande. Son développement sera freiné par le biogaz et le manque de main-d’œuvre, d'après une étude de l’Institut de l’élevage.

Moins de DPU pour le lait

Dès 2012, la régionalisation des DPU va commencer à peser lourd sur le revenu des laitiers. C’est dans les régions laitières (dotées des DPU les plus élevées) que les réductions seront les plus importantes. Entre 2005 et 2015, la régionalisation entraînera progressivement, pour les exploitations laitières de 50 à 100 vaches, une perte de 17 % des aides du premier pilier. En 2013, le DPU allemand moyen sera de 344 €/ha avec des écarts de 296 à 366 €/ha selon les Länder.

Le dynamisme de la filière laitière allemande cristallise toutes les attentions depuis deux-trois ans. Il est particulièrement impressionnant dans le Nord du pays où la production progresse au rythme de 3 % par an depuis quelques années. Les grands ateliers de plus de 100 vaches se multiplient et hébergent aujourd’hui un tiers des vaches. « Dans le Nord de l’Allemagne, quand un fils s’installe la norme est de doubler le nombre de vaches de ses parents », rapporte Anne Mottet de l’Institut de l’élevage. Depuis 2007, on assiste à un déplacement des quotas vers le Nord qui connaît par ailleurs un taux de cessations laitières inférieur à la moyenne nationale (3 % par an contre plus de 6 % en France).

Les ateliers de plus de 100 vaches se multiplient au Nord

Les éleveurs des trois Länder du Nord continuent aujourd’hui d’investir pour s’agrandir tandis que les industriels se disent prêts à absorber la hausse de production. « Toute la filière attend la fin des quotas », résume Anne Mottet. Faut-il pour autant craindre une explosion de la production laitière allemande ? « Non, cette croissance devrait se poursuivre dans les prochaines années, mais ne devrait pas s’accélérer, affirme-t-elle. Premier frein : le développement du biogaz princialement dans les zones d’élevage, qui concurrence la production laitière sur les surfaces en maïs ensilage. « Il devrait se poursuivre au même rythme ; la loi sur les énergies renouvelables n’a pas changé la donne. Le biogaz freine le développement de la production laitière mais les cas d’arrêt de production laitière restent limités. » Autre frein important : la difficulté pour ces grandes exploitations familiales à trouver des salariés malgré la main-d’œuvre étrangère et les allègements de charges.
Dans les autres régions laitières, le Sud et l’Est, la production laitière résiste. « La force de l’Allemagne est d’avoir su préserver ses trois systèmes de production », souligne Anne Mottet. Les aides à l’investissement(1), la fiscalité (calcul de la TVA), les modes de succession… ont favorisé le développement des grandes exploitations familiales du Nord tout en permettant le maintien des petites exploitations pluriactives traditionnelles du Sud et des sociétés de grande taille dans l’Est.

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Depuis 2007, les quotas se déplacent vers le nord de l'Allemagne

De petits élevages pluriactifs dans le Sud et de grandes sociétés à l’Est

Malgré une main-d’œuvre vieillissante et des opportunités hors agriculture pour les jeunes, la production reste en effet stable en Bavière et dans le Bade-Würtemberg. Plus d’un tiers du lait allemand est produit dans ses deux Länder du Sud. Cette région n’arrive pas à se détacher d’une image passéiste même si le nombre d’élevages de plus de 50 vaches progresse. Tout le quota libéré par les cessations ne part pas vers le Nord : une partie est récupérée par les zones herbagères. « Le Sud dispose d’atouts importants pour des créneaux marketing autour du sans OGM (2 % du lait allemand), du bien-être animal, ou du lait bio (3 % du lait allemand) », souligne-t-elle.
A l’Est, la production laitière ne perd que très peu de terrain (1 % par an depuis 2009) car « elle joue un rôle social important ». On trouve de grosses structures héritées de la période collectiviste avec une trentaine d’ouvriers : 5 000 ateliers font 22 % de la production allemande. La productivité du travail et la rentabilité sont assez faibles. « Ces sociétés risquent à l’avenir de se voir confrontées à des problèmes de renouvellement de la main-d’œuvre, à un manque de capitaux et à une concurrence accrue avec les grandes cultures ».

Développement des exportations de fromages et de lait conditionné

Résultat, depuis 2006, la production nationale progresse. Et la position de l’Allemagne à l’export s’est renforcée (+17% par rapport à 2006). Elle exporte de plus en plus de fromages (un quart de ses fabrications) surtout des fromages frais et à pâtes pressées cuites. L’Allemagne est devenue le premier producteur de fromages vers pays tiers. L’Italie reste son premier marché devant les Pays-Bas et la Russie, un marché en train de se développer. L’Allemagne exporte aussi de plus en plus de laits conditionnés, notamment vers la France qui représente 15 % du total de ces exportations. Celles-ci sont le fait de deux industriels, Müh (sur un seul site de conditionnement d’un million de tonnes !) et Hochwald. Tous deux cherchent à développer ce marché. « Globalement, le solde du commerce des produits laitiers de l’Allemagne est comparable en volume à celui de la France mais il est inférieur en valeur car il est pénalisé par l’importations de fromages chers de France et d’Italie ». Et Anne Mottet de conclure : « le dynamisme de la filière allemande devrait se poursuivre après 2015, car la hausse de la production s’accompagne d’un développement industriel, d’un contexte politique et financier favorable et d’un encadrement technique performant. »

(1) jusqu’à 35 % des investissements de grands ateliers.

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