Vent d’optimisme pour la fin des quotas

Mathilde Vionnet

Les éleveurs dépendent de leur collecteur et du prix du lait qu’il veut bien leur donner.
Les éleveurs dépendent de leur collecteur et du prix du lait qu’il veut bien leur donner.

Le congrès de la FNPL a consacré une large part des discussions à la fin des quotas avec l’intervention de plusieurs personnalités européennes. Si la France a des atouts pour affronter la dérégulation du secteur, la filière manque encore de cohésion pour les exprimer pleinement.

C’est dans un climat optimiste, porté par un bon prix du lait et des perspectives intéressantes, notamment sur les marchés mondiaux, que s’est déroulée l’assemblée générale de la fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), les 19 et 20 mars à Pontarlier (Doubs).

Des perspectives à l’export

« Oui, la France veut quitter les quotas laitiers et se projeter vers une autre dynamique », a affirmé Thierry Roquefeuil, président de la FNPL lors de la seconde journée du congrès. L’éleveur a voulu tordre le cou à l’idée selon laquelle la France rechignait à quitter l’économie administrée, et montrer aux attachés agricoles des ambassades de plusieurs pays d’Europe présents dans la salle que les éleveurs tricolores étaient prêts à en découdre sur les marchés mondiaux. « Nos collègues européens sont nombreux à aborder la fin des quotas comme une libération. Nous l’avons également actée. Nous voyons nous aussi les perspectives qu’offre un marché mondial en expansion. Et la France est bien placée pour y participer », assure-t-il.

Et effectivement, « l’Europe est de nouveau conquérante sur les marchés extérieurs », constate Benoit Rouyer, à la tête de la direction économie au Cniel (l’interprofession laitière). Son principal concurrent à l’export, la Nouvelle-Zélande a vu ses coûts de production multipliés par trois en douze ans. Pour les poudres de lait, la France est aujourd’hui compétitive avec l’Océanie.

La France, modèle de demain ?

« Pourquoi le modèle français ne serait-il pas le modèle de demain ? », va même jusqu’à questionner Katerine Lecornu, présidente d’European Dairy Farmers, un groupe d’éleveurs de toute l’Europe. « Ce sont mes collègues qui me le disent : les Irlandais aimeraient pouvoir faire du maïs ensilage, les Danois envient nos bas taux d’endettement, les Allemands nous disent qu’on ne subit pas la concurrence déloyale du biogaz, les Anglais nous envient le soutien des Pouvoirs publics, les Hollandais voudraient notre espace et notre potentiel de développement alors qu’eux sont saturés. On est aussi beaucoup mieux armés que nos collègues pour l’export, ils n’ont pas notre image d’excellence », liste-t-elle.

Si son enthousiasme a séduit une bonne partie des congressistes de la FNPL, certains ont appelé à un peu plus de réalisme : le marché intérieur reste prépondérant et les éleveurs dépendent de leur collecteur et du prix du lait qu’il veut bien leur donner. « Dans l’Ouest, bon nombre d’ateliers ne sont pas saturés et on a des opportunités devant nous. Nous voulons participer à l’exportation, encore faut-il que les industriels veuillent le faire avec nous », résume Pascal Clément, vice-président de la FNPL et président de la section laitière régionale de l’Ouest. « On a besoin de lisibilité », ajoute Marcel Denieul, secrétaire général adjoint de la FNPL. « Aujourd’hui, je ne sais pas quelle est la stratégie de mon entreprise de collecte », explique-t-il. Lui voulait développer sa production laitière. Mais faute de message clair de son collecteur, il a investi sur son atelier porcin.

Un pacte de responsabilité pour la filière lait

Pour essayer de débloquer cette situation, les producteurs de lait proposeront à la rentrée un « pacte de responsabilité » à leurs partenaires industriels et distributeurs, des acteurs avec lesquels les relations commerciales sont exécrables depuis plusieurs années. « La formule est à la mode mais elle a du sens », a justifié Thierry Roquefeuil. « À l’automne au plus tard, je souhaite que nous puissions créer un événement qui formalise les engagements des acteurs laitiers et de nos dirigeants dans un monde sans quota », développe-t-il. « Respectez les contrats, respectez les producteurs », a-t-il lancé à l’adresse des industriels, leur demandant, tout comme à la grande distribution, « un sens de la responsabilité ».

Si les perspectives sont bonnes, il faut encore qu’elles se concrétisent pour les éleveurs. Pour ça, il faut que tous les acteurs aillent dans le même sens. Ce qui est, aujourd’hui, loin d’être le cas.

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