Visite des producteurs en GMS : “Ce n’est que le début de la mobilisation”

Patricia OLIVIERI

Une cinquantaine de producteurs sont allés à la rencontre des responsables des grandes surfaces aurillacoises pour obtenir leur soutien afin de revaloriser le prix du lait.

Ce n’est pas encore le marasme qu’a connu en 2009 la production laitière, mais pour les adhérents et militants de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs, on n’en est plus très loin. Et dans la campagne, une nouvelle “colère blanche” monte. “La situation est en train de déraper sur le prix du lait qui ne couvre plus les frais des producteurs. Les producteurs qui nous appellent nous font tous part de leurs problèmes de trésorerie”, a confirmé mardi matin Joël Piganiol, secrétaire général de la FDSEA, fédération qui avait appelé avec les JA à une première mobilisation via une tournée des GMS (grandes et moyennes surfaces) aurillacoises.

Les producteurs ont exposé leurs arguments à Joseph Chauvet, propriétaire du Centre Leclerc.

Quelques centimes en rayon, un grand pas pour l’éleveur

Objectif : interpeller la grande distribution sur ces surcoûts de production et leurs impacts sur la santé financière des éleveurs laitiers du département et recueillir l’engagement des responsables locaux des GMS à soutenir une revalorisation du prix à la consommation des produits laitiers. Et la section laitière de la FDSEA comme le groupe lait des JA ont fait les comptes : pour couvrir les 30 euros la tonne de charges supplémentaires supportées en 2012 par les producteurs et atteindre un prix du lait de 340 €/ 1 000 l (au lieu des 310-320 actuellement pratiqués par les entreprises laitières(1)), il suffirait de quelques centimes de plus dans les rayons : 2 cts € sur un litre de lait UHT, 6 cts € pour 200 g d’emmental râpé, 1,3 ct sur un pack de quatre yaourts nature... Pas de quoi dégrader le pouvoir d’achat des ménages français. “Les GMS doivent accepter ces hausses et les entreprises les reverser intégralement aux producteurs de lait, seul maillon de la filière à ne pas avoir accès au marché pour répercuter sa hausse de charges”, a fait valoir Chantal Cor, responsable de la section laitière - entourée d’une cinquantaine de producteurs - à Joseph Chauvet, propriétaire du Leclerc d’Aurillac. Une enseigne qui a eu la primeur de cette action syndicale en raison d’une promotion en vigueur dans son rayon fromages : un cantal AOP entre-deux vendu 7,89 € le kilo. “On serait curieux de savoir à quel prix vous l’avez acheté”, a glissé Chantal Cor. La réponse sera donnée quelques minutes plus tard par Joseph Chauvet et son directeur (lire ci-après). Sans vouloir “jeter la pierre aux entreprises”, le patron du magasin a néanmoins indiqué que sur l’année 2012, l’enseigne Leclerc au niveau national a “laissé passer une hausse d’un peu plus de 1 % tous produits laitiers confondus”. “En même temps, on constate fin 2012 que le prix payé aux producteurs a diminué. Donc le débat est toujours ouvert”, a relevé Joseph Chauvet. Des propos qui ont amené un rectificatif de la part des responsables syndicaux, Chantal Cor précisant que sur l’année 2012, le prix du lait avait été sensiblement égal à celui de 2011. Quant à Michel Lacoste, il a estimé que “1 %, ce n’est pas un effort énorme pour la grande distribution d’autant que c’est 1 % sur le prix d’achat, pas sur le prix à la consommation, ça couvre à peine l’inflation”. Et rappelé que si, effectivement, la part du prix du lait dans certains produits laitiers est marginale, pour d’autres, notamment les fromages, elle est substantielle.

GMS, entreprises et État : tous responsables

Malgré cette mise au point, Joseph Chauvet a signé le courrier déjà paraphé par les JA et la FDSEA appelant à cette hausse de 30 €/ 1 000 litres du prix du lait ainsi qu’à une mobilisation des pouvoirs publics afin de replacer l’interprofession laitière au cœur des discussions économiques de la filière. Car, comme l’a rappelé Joël Piganiol, depuis janvier, les interprofessions n’ont plus mandat pour fixer des indicateurs de prix officiellement reconnus. Les entreprises, dans le cadre supposé de discussions avec leurs producteurs et leurs organisations, ayant désormais toute latitude à composer leur propre fiche de paie. Après avoir recueilli semblable engagement auprès des magasins aurillacois Simply Market et Géant, les syndicats ont clairement indiqué que cette opération n’était que le premier acte de la mobilisation des producteurs cantaliens, qui s’inscrit d’ailleurs dans le cadre d’une démarche nationale de la FNPL(2), et annoncé leur intention d’interpeller les entreprises et les pouvoirs publics. “Ce n’est que le début de la mobilisation, nous allons être plus offensifs”, ont prévenu Joël Piganiol et Jérôme Merle, son homologue des JA, qui programment de rendre visite aux autres magasins de la grande distribution dans le département.

(1) Voire moins de 300 € pour une coopérative locale. (2) Fédération nationale des producteurs de lait.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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