À la recherche de nouveaux producteurs

Éva DZ

Malgré une hausse des volumes labellisés, l’association est à la recherche de nouveaux producteurs afin de satisfaire les points de vente.

Comme d’autres filières de qualité, l’association Fleur d’Aubrac qui porte l’IGP du même nom, doit aujourd’hui gérer un différentiel de prix plus étroit avec le conventionnel, suite à l’augmentation du prix de la viande depuis quelques mois. Comme l’a expliqué son président, Vincent Granier, lors de l’assemblée générale de l’association, lundi 22 juillet à Laguiole : “Aujour- d’hui, les producteurs doivent regarder sur le long terme et pas d’une année sur l’autre en fonction des secousses du marché. Ils doivent prendre conscience de l’importance de nos filières organisées entre tous les acteurs, éleveurs, abatteurs et bouchers.” Il insiste : “La gestion de la grille de prix n’est pas simple, il faut prendre en compte les préoccupations de l’ensemble de la filière et dans la mesure où il manque quelques dix génisses par semaine, ce n’est déjà pas si mal.” Avant de poursuivre : “Notre filière a le mérite d’apporter la diversification sur nos exploitations à travers le croisement et l’engraissement, en évitant d’être tributaire d’une monoproduction du broutard.”

Vincent Granier, président et Jérôme Pignol, animateur.

Jouer la carte du long terme

De plus, la filière Fleur d’Aubrac concentre de nombreux atouts dont une demande soutenue de la part de ses clients, essen- tiellement bouchers traditionnels. Et c’est justement là le problème ! En effet, malgré une hausse constante des volumes labellisés (100 % des volumes sont labellisés), la filière manque de production. “Notre progression a été presque trop rapide”, note l’animateur Jérôme Pignol. Ainsi, en cinq ans, de 2007 à 2012, les volumes produits en Fleur d’Aubrac ont augmenté de 27 % et de 6 % entre 2012 et 2011. Mais en 2012, la filière n’a pas pu honorer l’ensemble des commandes alors qu’une cinquantaine de génisses Fleur d’Aubrac auraient pu être commercialisées. Les manques sont surtout flagrants en janvier/ février et en décembre. “Malgré une bonne complémentarité entre les trois zones (Aveyron, Cantal, Lozère) dans l’étalement de la production, nous n’arrivons pas à satisfaire la demande”, regrettent les responsables de l’association. La coopérative des bouchers (Cobo) sud représente près de 65 % des volumes de vente de Fleur d’Aubrac en 2012, soit +17 % sur trois ans avec des pointes à 27 animaux/semaine. Languedoc Lozère Viande est aussi un partenaire avec 26 % des volumes de vente, soit +16 % en trois ans. Ils sont suivis par Arcadie Sud-Ouest (6 % des volumes), l’hôtel restaurant L’Aubrac à Laguiole, maison Brouzes-Favier, les génisses Fleur d’Aubrac destinées au restaurant sont issues de l’exploitation familiale. Côté organisations de producteurs, Bovi PC a rejoint la filière en 2009 en approvisionnant un à trois Fleur d’Aubrac par semaine par le biais de 18 éleveurs naisseurs engraisseurs. Mais 91 % des volumes sont fournis par les adhérents de Cemac-Cobévial (181 éleveurs naisseurs-engraisseurs). En 2012, les deux OP ont collecté 1 535 génisses Fleur d’Aubrac, soit 7,7 Fleur d’Aubrac par élevage en moyenne. “Nous notons une légère augmentation de la production commercialisée par élevage depuis 2009 : un peu plus d’animaux sont produits par élevage par an en moyenne (5,6 Fleur d’Aubrac par élevage en 2009 contre 7,7 aujourd’hui)”, détaillent les responsables de la filière. Le nombre d’éleveurs qualifiés se stabilise autour de 200 et l’association incite les OP à qualifier davantage de producteurs : “L’augmentation de la valorisation des génisses depuis deux ans doit permettre aux OP d’attirer de nouveaux éleveurs. La hausse des coûts de production est largement compensée par la hausse du prix des génisses”, argumentent ses représentants. En effet, le prix moyen en Fleur d’Aubrac est sur une pente ascendante depuis 2010 (+0,84 euro/kg entre 2010 et 2013, soit +21 % du prix moyen aux éleveurs). Et l’association s’appuie sur l’indice Ipampa de la viande bovine. “La hausse des coûts de production a été pleinement intégrée par les responsables de la filière. Des augmentations de prix ont été actées chaque fois qu’il fut nécessaire”, détaillent Vincent Granier et Jérôme Pignol, qui notent une forte demande sur les filières tracées et de qualité. Et face à la conjoncture actuelle du marché de la viande et du cours des génisses conventionnelles à la cotation grand sud, l’association a adopté une nouvelle grille depuis le 15 juillet en hausse de 0,10 euro/kg carcasse. “Toutes les hausses de prix que nous avons âprement discutées avec les acteurs de la filière doivent impérativement permettre de maintenir et développer les volumes de production de génisses Fleur d’Aubrac car la plus-value sur l’engraissement Fleur d’Aubrac s’est nettement améliorée depuis 18 mois”, expliquent les responsables de l’association, chiffres à l’appui. Ainsi, une Fleur d’Aubrac a gagné 350 euros en moyenne depuis le 1er janvier 2012 soit + 20 % environ et dans le même temps, les coûts de production ont progressé d’à peine 5 % environ. Et la valeur des génisses s’améliore puisque 89 % d’entre elles sont classées U en 2012.

Fragilité préoccupante

L’autre fragilité de la filière touche les abatteurs, grossistes et points de vente qui voient leur marge se réduire et leurs charges progresser. Ils ont beaucoup de difficultés à répercuter la hausse des prix jusqu’aux consommateurs qui mangent aussi moins de viande. Mais le déficit en Fleur d’Aubrac et en viande en général est tel que cette baisse de consommation est pour l’instant peu ressentie. De plus, les consommateurs cherchent davantage la qualité. Et la filière peut compter sur des outils de proximité qui réduisent les coûts. Ainsi, près de 95 % des abattages en Fleur d’Aubrac sont réalisés à Antrenas, un site de proximité qui contribue à la qualité des carcasses. Les éleveurs, de leur côté, tâchent de répondre à la demande des clients en stabilisant le poids moyen des carcasses (autour de 397 kg en 2012). Mais l’inquiétude est là pour la prochaine période d’été, où le commerce est d’ordinaire soutenu, compte tenu du faible nombre de génisses et de la hausse des cours. “Notre développement passera par plus de producteurs”, conclut Vincent Granier.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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