Antibiotiques critiques. Une utilisation restreinte depuis le 1er avril

Dr Didier GUERIN

Antibiotiques critiques. Une utilisation restreinte depuis le 1er avril

Prévention de l’antibiorésistance => Selon le décret du 16 mars, entré en vigueur le 1er avril 2016, l’usage à titre préventif des antibiotiques critiques est dorénavant interdit, seuls les usages curatif ou métaphylactique restent autorisés mais sous conditions.

Antibiotiques critiques. Une utilisation restreinte depuis le 1er avril

En France, la lutte contre l'antibiorésistance en médecine vétérinaire fait l'objet d'un plan national (plan Ecoantibio2017) démarré en 2012 et piloté par le Ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt, en concertation étroite avec le Ministère des Affaires sociales et de la Santé et les acteurs professionnels, en particulier les éleveurs et les vétérinaires ( cf. article du 11/01/2013).

Une action à poursuivre

Le plan Ecoantibio2017 prévoit que le recours aux antibiotiques critiques en médecine vétérinaire soit encadré réglementairement. La loi d'avenir pour l'agriculture a apporté la base légale pour définir des mesures d'encadrement. Ce dispositif inédit en médecine vétérinaire s'inscrit dans le sens des recommandations de l'OMS et de l'OIE en matière d'usage responsable des antibiotiques, ainsi que dans les réflexions au niveau européen en matière de lutte contre l'antibiorésistance. Le ministère de l'agriculture a tenu à souligner que l'engagement du couple vétérinaire/éleveur dans le plan Ecoantibio2017 a déjà permis de réduire en 2014 par rapport à 2013 de 12 % l'exposition des animaux aux céphalosporines de 3ème et 4ème générations et de 3,5 % celle aux fluoroquinolones, et ce sans attendre l'entrée en vigueur de cet encadrement réglementaire.

Un objectif de diminution d’utilisation des antibiotiques critiques de 25 %

L’un des objectifs de la loi d’avenir du 13 octobre 2014 est de diminuer de 25 % en trois ans (2014, 2015 et 2016) l’usage des antibiotiques critiques. Pour ce faire, le Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt a publié un décret le 16 mars 2016 relatif à la prescription et à la délivrance des médicaments utilisés en médecine vétérinaire contenant un ou plusieurs antibiotiques critiques avec une entrée en vigueur le 1er avril. En complément, un arrêté fixant la liste des antibiotiques critiques a été publié le 18 mars 2016 (cf. tableau). Les céphalosporines de 3ème et 4ème générations (y compris les intramammaires) et les fluoroquinolones en « oxacine » sont concernées. Pour souligner l’importance de l’enjeu, en cas d’infraction à ces textes, la loi d’avenir a prévu de lourdes sanctions pénales : jusqu’à 150.000 euros d’amende et/ou deux ans de prison.

Antibiotiques critiques. Une utilisation restreinte depuis le 1er avril

Une interdiction d’utilisation pour un usage préventif…

Le décret du 16 mars définit les différentes catégories de traitement :

  • Préventif : tout traitement prophylactique, individuel ou collectif, appliqué à des animaux sains, exposés à un facteur de risque pour une maladie infectieuse.
  • Métaphylactique : tout traitement appliqué aux animaux cliniquement malades et aux autres animaux d’un même groupe qui, bien que cliniquement sains, présentent une forte probabilité d’infection du fait de leur contact étroit avec les animaux malades.
  • Curatif : tout traitement, individuel ou collectif, des seuls animaux présentant les symptômes d’une maladie.

Les antibiotiques critiques sont interdits en médecine vétérinaire pour un usage préventif.

… une prescription possible en l’absence d’un antibiotique critique non-adapté…

Dorénavant, votre vétérinaire ne peut prescrire un traitement curatif ou métaphylactique avec un médicament contenant une ou plusieurs de ces substances qu’en l’absence de médicament ne contenant pas ces substances suffisamment efficace ou adapté pour traiter la maladie diagnostiquée. Il ne peut prescrire un traitement métaphylactique avec un médicament contenant une ou plusieurs de ces substances que s’il suspecte une maladie présentant un taux élevé de mortalité ou de morbidité pour laquelle, en l’absence de traitement précoce, une propagation rapide à l’ensemble des animaux est inévitable.

… avec trois exigences : l’examen clinique, l’identification de la bactérie et l’antibiogramme…

Pour les usages curatif ou métaphylactique, la prescription en médecine vétérinaire d’un antibiotique critique demande maintenant :

  • La réalisation préalable d’un examen clinique effectué par le vétérinaire prescripteur ou d’un examen nécropsique effectué à sa demande, ainsi que d’une analyse du contexte épidémiologique.
  • La réalisation préalable d’un examen complémentaire visant à identifier la bactérie responsable de l’infection à partir d’un échantillon prélevé par le vétérinaire prescripteur ou à sa demande, sur un ou plusieurs animaux vivants ou morts.
  • La réalisation préalable d’un examen complémentaire visant à démontrer la sensibilité de la bactérie identifiée à cet antibiotique (antibiogramme).

Les résultats d’examens et d’analyses mentionnés justifiant une prescription d’antibiotique critique sont à conserver cinq ans par le vétérinaire prescripteur. Les prescriptions d'antibiotiques critiques ne sont valables qu'un mois au plus et ne sont pas renouvelables.

… avec des dérogations lors d’urgence, de même épisode ou d’impossibilité

Des dérogations de prescription d’antibiotiques critiques peuvent intervenir dans les conditions suivantes :

  • Un antibiotique critique peut être prescrit avant connaissance des résultats des examens complémentaires lorsqu’il s’agit d’un cas aigu d’infection bactérienne pour laquelle un traitement avec d’autres familles d’antibiotiques serait insuffisamment efficace. Dans un délai de quatre jours après la prescription, le vétérinaire adapte le traitement en fonction de l’évolution du contexte clinique et épidémiologique et des résultats des examens complémentaires portés à sa connaissance.
  • Le vétérinaire n’est pas tenu de réaliser les examens complémentaires si les résultats d’examens complémentaires effectués depuis moins de trois mois pour le même animal ou des animaux du même stade physiologique présents sur le même site et pour la même affection ont été portés à sa connaissance.
  • L’analyse microbiologique est exigée sous réserve que la localisation de l’infection, le type d’infection ou l’état général du ou des animaux permettent le prélèvement d’échantillon.

« Le sanitaire… j’adhère ! » et le « suivi sanitaire permanent » avec votre vétérinaire

Limiter les pathologies dans son élevage permet de limiter l’utilisation des médicaments dont les antibiotiques, c’est l’objectif de notre concept « Le sanitaire… j’adhère ! » ( cf. article du 09/01/2015). Il associe bilan, analyse, apport de garanties, protection avec les outils disponibles, notamment la « boite à outils GDS Creuse » développée et mise à disposition en relation avec les vétérinaires et les autres partenaires. Il intègre le « suivi sanitaire permanent » (cf. illustration) effectué en étroite collaboration avec votre vétérinaire. De plus, la visite sanitaire bovine 2016 est axée sur l’antibiorésistance ( cf. article du 22/01/2016). Pour adapter vos protocoles de soins, contactez votre vétérinaire.

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