Attaques anti-viande : Réagir vite, fort et collectivement

Bernard Griffoul

« Sur le terrain, les éleveurs sont abasourdis de toutes ces attaques contre la viande. Dans l'inconscient collectif, l'élevage est habituellement considéré comme quelque chose de positif du point de vue environnemental. Cet acharnement est complètement incompris par le monde agricole », souligne Bernard Malabirade, président d'Intersud, l'interprofession viande de Midi-Pyrénées. On sentait bien monter le bruit de fond depuis ce fameux rapport de la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l'agriculture et l'alimentation) lancé dans l'arène médiatique il y a trois ans sans discernement et qui pointait du doigt la responsabilité de l'élevage, à l'échelle mondiale, dans les émissions de gaz à effet de serre. Mais, depuis cet automne, ces attaques se sont exacerbées et appellent une riposte rapide et vigoureuse.

« Tourbillon permanent »

Ce phénomène est différent des crises sanitaires qu'a connues l'élevage bovin et qui survenaient brutalement. Aujourd'hui, nous avons à faire à un véritable « tourbillon permanent », analyse Marc Pagès, directeur de Fil rouge (Fédération des viandes label rouge) et responsable du secteur gros bovins à Interbev. S'il n'a sans doute pas un effet aussi immédiat sur la consommation de viande que les crises de l'ESB, sur la durée ce mouvement de fond pourrait être tout aussi dévastateur.

Les attaques anti-viande se basent sur des chiffres internationaux qui n'ont rien à voir avec la réalité française, où la viande bovine est produite essentiellement à partir d'herbe. (P. Cronenberger)

Les attaques anti-viande se basent sur des chiffres internationaux qui n'ont rien à voir avec la réalité française, où la viande bovine est produite essentiellement à partir d'herbe. (P. Cronenberger)

 

Une journée sans viande

Cette recrudescence des attaques a démarré en octobre avec le livre à charge du journaliste Fabrice Nicolino, « Bidoche : l'industrie de la viande menace le monde ». Une offensive sans nuance, ne serait-ce que dans son titre péjoratif, qui a été perçue par le monde de l'élevage comme une volonté particulièrement injuste de nuire. Mais cette thèse a été très largement répercutée dans les médias. Un autre coup, très médiatisé également, a été porté en marge de la conférence sur le climat de Copenhague par le chanteur anglais Paul McCartney et par Rajendra Pachauri, président du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Tous deux sont connus comme de fervents militants en faveur du végétarisme. L'ex-Beatles et le prix Nobel de la Paix ont demandé aux maires de France et aux parlementaires européens d'instaurer une journée hebdomadaire sans viande, chaque lundi, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. « C'est un premier pas pour permettre aux gens de s'y faire », a ajouté McCartney. Cet appel est à prendre au sérieux car des villes, comme Gand en Belgique ou Sao Paulo au Brésil, ont déjà institué avec l'appui des autorités municipales ce type de journée. Des campagnes sont menées dans ce sens au Royaume-Uni et dans plusieurs pays.

Plus près de nous, les collectivités territoriales se sont engagées dans la réduction de l'empreinte carbone de leurs services (démarches Agenda 21). L'une des pistes proposées par les consultants pour y parvenir consiste à réduire la quantité de viande de boeuf et de veau servie dans les cantines. « C'est facile, c'est tendance, s'offusque Marc Pagès. Le gros souci dans ce dossier, c'est que tous ces cabinets conseils qui se sont montés pour faire du business préfèrent conseiller à leurs clients de baisser la quantité de viande dans les cantines, pour améliorer le côté « vert », plutôt que d'attaquer le sujet à la source. Nous voyons aussi des banques et des assurances qui préfèrent supprimer une ration de viande au menu de leur restauration d'entreprise plutôt que de réduire la consommation de papier. » D'autant plus ennuyeux que les consultants reprennent les chiffres émis par la FAO pour établir leurs propositions. « Nous sommes sur une base internationale de calcul qui est complètement faussée au détriment de notre type d'élevage, regrette Bernard Malabirade. La comptabilité écologique intègre les bovins en termes d'émissions de gaz à effet de serre, mais les prairies sont prises en compte en termes de stockage de carbone au bénéfice du pays et non au profit de la production de viande bovine. Nous avons besoin d'une révision de ces bases de calcul. »

Moins de viande plutôt que moins de papier

Ces attaques appellent une réponse massive et collective, estime Marc Pagès : « Elles auront un impact sur la filière si on ne réagit pas de façon forte. Mais, si les instances nationales doivent prendre leur part, elles ne sont pas les seules concernées. Nous sommes face à un mouvement de fond qui doit déclencher des réponses très collectives de l'ensemble des personnes concernées dans la filière, éleveurs, abatteurs, bouchers… Les anti-viandes sont nettement plus mobilisés pour taper sur la viande que nos troupes pour se défendre. Si chaque personne concernée allait sur les blogs, intervenait dans les émissions de radio, se mobilisait auprès des conseils régionaux… afin d'expliquer que réduire la consommation de viande pour sauver la planète est une aberration, le phénomène pourrait se renverser. Le message doit venir de partout. Il ne faut pas simplement attendre des réponses du national. »

Source Réussir Bovins Viande Janvier 2010

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