Au fond du trou, les éleveurs exigent des engagements fermes sur les prix

Au fond du trou, les éleveurs exigent des engagements fermes sur les prix
L'abattoir SocopaViandes près de La Ferté Bernard bloqué début mai par les éleveurs bovins de la FDSEA72 (Source Twitter)

Les éleveurs qui bloquent depuis dimanche des abattoirs à travers la France attendent des "engagements fermes" et immédiats sur la revalorisation des prix de viande bovine lors de la réunion de la filière au ministère de l'Agriculture mercredi.

A la veille de cet important rendez-vous, alors que plus de la moitié des  capacités d'abattage nationales sont paralysées par le mouvement de près de 4.000 éleveurs, qui se relaient en permanence, Stéphane Le Foll a promis de faire "des propositions". "On est face à une sujet majeur", a martelé le ministre devant les députés mardi après-midi, jugeant que "si ça continue comme ça, on court le risque de voir la filière bovine se réduire, rabougrir". Première urgence, les prix: "La viande a besoin de rémunérer ses éleveurs", prévient le ministre, qui en appelle à la grande distribution pour qu'elle répercute au consommateur la revalorisation des prix payés aux producteurs plutôt que se livrer à une guerre des prix sur leur dos. Le ministre souhaite aussi un effort de valorisation de l'origine et del'étiquette "Viande de France" dans les rayons des supermarchés. Parallèlement, loin de s'essouffler, les blocages se sont encore étendus mardi. En fin de journée, la FNSEA a indiqué qu'un 18e abattoir était bloqué par les éleveurs, situé à Venarey-les-Laumes (Côte d'Or).
Actuellement un éleveur bovin gagne moins de 1.000 euros par mois, rappelle la fédération nationale bovine (FNB) à l'origine du mouvement depuis dimanche, avec la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs. Ils ont reçu mardi le soutien de la Confédération Paysanne, qui partage rarement pourtant les combats de la FNSEA. C'est que la détresse le dispute à la colère, note Xavier Beulin, le patron de la FNSEA, qui s'est rendu mardi à l'abattoir de Vitry-le-François (Marne), bloqué depuis trois jours par une cinquantaine d'éleveurs.
Dans un entretien à l'AFP, M. Beulin se dit "frappé par la grande détermination des éleveurs, au moins équivalente à leur détresse": "Il n'y a pas d'agressivité, mais une grande dureté: tout le monde est conscient de l'importance de la réunion de demain." Avec un kilo à la carcasse payé de 3 euros à 3,40 euros, "les prix d'achat ne couvrent même pas les coûts de revient", insiste-t-il. "Nous voulons sortir (du ministère) avec des engagements fermes; que chaque opérateur, abatteur, transformateur, distributeur, s'engage à une revalorisation des prix, que les grandes enseignes acceptent aussi de rehausser leurs tarifs d'achat."   

Espèce en voie de disparition

   Pour bien exposer l'implication de l'ensemble des acteurs, les éleveurs qui ciblent d'ordinaire les rayons viande des supermarchés ont choisi cette fois de viser les industriels: "Ils se battent entre eux, sur notre dos, pour arracher des marchés à la grande distribution", explique le président de la FNB Jean-Pierre Fleury. Il s'agit donc, poursuit-il, en perturbant leur activité, d'amener les industriels à reconnaître les difficultés des éleveurs, afin qu'ils s'engagent à fixer leurs propres prix "plutôt que de se les laisser dicter" par la grande distribution qui les entraîne dans sa guerre des prix. Au ministre "de faire pression sur les opérateurs" insiste Xavier Beulin, qui qualifie la situation de "gravissime" alors que "beaucoup d'exploitations sont en négatif": "L'espèce en voie de disparition, ce sont les éleveurs", juge-t-il.
Faute de résultats, s'inquiète le patron de la FNSEA, le mouvement risque de durer, anarchique et potentiellement "dangereux". "Les gars y sont prêts", assure-t-il, même si leur mobilisation en pleine période de travaux agricoles leur coûte, alors qu'ils devraient être aux foins. Tout en exprimant sa "totale solidarité" avec les éleveurs, Philippe Mangin, président de Coop de France (plus de 2.700 coopératives agricoles) prévient que "l'actuel blocage des abattoirs va représenter une lourde perte d'exploitation pour la filière". Pour sortir du conflit, il a appelé mardi les coopératives adhérentes à demander un "effort immédiat à leurs clients de revalorisation des prix".

Source AFP

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Commentaires 10

@dob

La France en crise, j'ai pas l'impression qu'il y a du chômage, puisqu'on vend toujours des voitures, les grande surface sont pleines et on vend toujours des voitures. Et pourtant il y a une désindustrialisation et un chômage de masse, mais pour 20 à 30% de la population ce n'est pas un problème.
Le coup des tracteurs et des bâtiments (qui compensent des paysans, l'argument serait juste si la population agricole ce maintenait, or elle diminue, cela fait plus d'un siècle qu'on compense des hommes par des machines et de l'organisation (le temps nous dira si tout ces investissements seront solder à l'échéance de l'emprunt).
Mais c'est comme pour l'automobile on ne voit que les voitures neuves, alors que globalement le parc automobile Français est plus vieux que dans les années 80 et que les 2 grandes périodes de constructions pavillonnaires sont dans les années 60 puis 80.
C'est pas parce qu'un dictateur Africain peut ce payer un Jet, que l'ensemble des Africains font preuves de mauvaise volonté et pourrait eux aussi s'acheter un Jet, mais l'homme ne voit que ce qu'il veut voir...

bisounours

Rare sont les coop ou groupement de producteur,qui font gagner 4 sous à leurs adhérents.
Je vois , hélas , des structures qui ramassent chaque année de l'argent public , depuis plus de 30 ans (pour leurs camions , leurs investissements , ou payer leurs techniciens )et qui paient les animaux le même prix que le petit négociant du coin,qui lui n'a rien couté en argent public!
Et les négociants qui font chez nous les 70% du volume !

l'argent public aurait une efficience bien meilleure , s'il pouvait former tout les administrateurs dans les quelques coopératives qui sont restées fidèle à la défense des intérêts de leurs coopérateurs (ex:dans le jura ou laguiole , avec des prix du lait à plus 500 euro/T)

dob

au fond du trou : moins je vois toujours des tracteurs neufs, des bâtiments qui poussent comme des champignons... c'est pas du tout vrai pour tout le monde.

peta

5 centimes !!!! wahou !

nico

Parce que tu appels ça de l'art, Lart. Si pour toi passer du temps à Paris sert à défendre l'Agriculture, et bien il y en a qui ont du temps à perdre. Si défendre l'agriculture doit passer par tout étatiser les marchés, d'avoir un ministre conciliateur dans une négociation, de dire que quand l'aliment est cher c'est de la faute des céréaliers, que de dire à l'état que nos coûts de productions sont élevés alors que le marché du machinisme agricole est le plus gros par exploitation DANS LE MONDE (je suis allé au salon se l'herbe et on ne m'a parlé que de machine ou de plantes fourragères récoltables à la machine) et nous faire avaler la pilule par coup de subventions. Pas mal comme stratégies! Alors ne votez pas à droite ou bien même d'extrême droite et votez Mélanchon.
Quand on veut travailler sur un marché de masse et bien c'est vouloir jouer dans la cour des grands. Et bien à ce moment là on assume ou bien on va chercher de plus petits marchés mais plus stables. Commence juste pour essayer de vendre tes bêtes à ta GMS du coin avec un prix fixe tout le long de l'année, et tu verra la relation à ton métier sera d'autant plus agréable que d'aller à Paris. Sauf si tu aimes le pouvoir. A ce moment là on ne peut rien faire pour toi. Pour les conseil d'administration je suis dans une banque privé, j'abats mes animaux dans un abattoir privé et je vends en direct à un privé. Et ma foi ça va très bien.

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