Blocage des ateliers Bigard : le bilan un an après

Patricia Olivieri

Un an après le coup de force des éleveurs, les effets concrets de la feuille de route interprofessionnelle et notamment de la stratégie export se font concrètement sentir.

 

Il est des anniversaires plus faciles à fêter que d’autres. Alors que partout en France on célébrait le 11 novembre la fin de la Grande guerre, les éleveurs de bovins viande auraient pu souffler la première bougie de la fin d’un conflit économique engagé le 7 novembre 2010 avec le leader industriel du marché français : Bigard, dont neuf des principaux sites avaient été bloqués avant qu’une feuille de route ne soit validée au sein de l’interprofesssion. Une levée des blocages qui avait alors laissé à certains un goût amer d’inachevé. Sous l’égide du ministre de l’Agriculture, la filière avait pourtant convenu d’œuvrer à une transparence des transactions commerciales, à la refonte du système de cotations, au renforcement de l’export, à la redynamisation des produits VBF (viande bovine française) et à la contractualisation. Un train de mesures destiné pour la Fédération nationale bovine à activer une hausse des cours nécessaire pour compenser celle des coûts de production.

Blocage des ateliers Bigard : le bilan un an après

Le second effet export

Un an après, où en est-on ? “Dans une conjoncture globalement meilleure, répond Dominique Langlois, président d’Interbev (interprofession). Les prix du jeune bovin (JB) sont remontés, notamment depuis l’ouverture de la Turquie cet automne et la dynamisation des exportations vers un certain nombre de pays. On est dans une bonne voie même si les producteurs espèraient sans doute plus et même si beaucoup de choses restent à finaliser et des barrières sanitaires à lever vers le Japon, la Chine, la Malaisie...”.  De fait, après une période atone, le prix du JB français (classé U, entrée abattoir) a atteint un niveau historique à 3,99 €/kg carcasse début novembre (et plus de 4,30 € pour le JB italien charolais catégorie 1 à Modène). Soit un différentiel de + 13 % (de l’ordre de + 65 à + 70 cts €/kg) par rapport à la même période 2010. Des cours fouettés par la demande de la Turquie qui, selon les opérateurs français, aurait acquis au moins 25 000 bovins entre septembre et octobre. Sur le marché des femelles, le sourire est aussi de mise avec l’appel d’air créé par la demande de JB à l’export qui tire les prix vers le haut : 3,25 €/kg carcasse pour les vaches R (entrée abattoir) début novembre, soit près de 10 % de plus qu’il y a un an. Quant au marché du broutard, il s’est exporté sur les neuf premiers mois de l’année 10 % de plus de veaux que sur la même période 2010. Et malgré la stabilité des envois en direction du partenaire historique transalpin et une offre plus étoffée ces dernières semaines du fait de la décharge des herbages, les cours restent supérieurs de 6 % (2,72 €/kg les veaux limousins U de 300 kg fin octobre) à ceux de l’automne 2010 du fait d’une pression moindre sur les prix, liés aux cours élevés des JB.

Pourquoi se priver ?

L’effet levier de l’export pays tiers a donc joué à plein donnant raison à des éleveurs dont d’aucuns ont souvent raillé l’inculture économique... D’autant que cette dynamique s’est accompagnée - non sans soubresauts - de la naissance du Gef, le groupement pour l’export français viande, bétail et génétique, que vient de rallier Coop de France. “Un outil indispensable”, insiste Dominique Langlois, pour qui l’enjeu est de “relancer la croissance de l’élevage français et d’accompagner l’ensemble de la filière pour pénétrer durablement les marchés les plus importants”. Maghreb, Turquie... ces “pays tiers” si actifs cet automne sont-ils juste des marchés d’opportunité ou de réels débouchés pérennes ? “Pouvez-vous me donner l’évolution du cours du pétrole ou celle du dollar dans un mois ?”, répond Laurent Trémoulet, responsable de la Société d’exploitation du parc à bestiaux (Sepab), leader européen du transit et du stockage de bétail, installé au port de Sète. “Ce que je sais par contre c’est que la forte augmentation du nombre de marchés ouverts est une vraie chance pour nos éleveurs, qui sont ainsi mieux armés pour faire face à de prochaines crises”. “Heureusement que ces marchés sont là !”, conforte Dominique Langlois. “Ce qui s’est passé sur la Turquie est une très bonne chose, ça a permis de dégager des animaux, de faire augmenter les cours et de déverrouiller le marché, mais ce sont des marchés complémentaires du marché italien qu’on ne peut jeter en pâture comme on le fait un peu trop aujourd’hui”, nuance Frédéric Largarde, d’Eurofrance, tout en reconnaissant que les ateliers italiens sont désormais pleins à 80 % toute l’année et n’ont donc la place de rentrer que du renouvellement. Un argument de plus pour continuer de tisser la toile d’une diversification des débouchés des bovins français et garnir un peu plus le gâteau d’anniversaire des éleveurs jusqu’alors bien sec...

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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