Cédric Mandin, responsable du groupe « Viande Bovine » à Jeunes Agriculteurs* : On veut davantage de vision sur l'avenir de notre métier »

Propos recueillis par François d'Alteroche.

Jeunes Agriculteurs a organisé début novembre une session « Viande Bovine » en Saône-et- Loire. Une bonne partie des débats ont été centrés sur l'organisation et la contractualisation de l'offre du fait de la concentration accrue de l'aval.

Pouvez-vous préciser le « comment » et le « pourquoi » de ces sessions annuelles décentralisées ?

Chaque année, au sein de JA, nous organisons une session viande bovine décentralisée
avec trois journées de travail et d'échange sur le terrain dans un département d'élevage
différent d'une année sur l'autre. Cela vient compléter les réunions organisées à Paris et
nous permet surtout de prendre un peu plus de temps pour discuter, prendre du recul et
essayer de se détacher de l'actualité, même si ce fut difficile cette année.
Ce qui intéresse le plus les jeunes éleveurs dans le cadre de ces sessions, c'est le volet
prospective. On voudrait avoir davantage de vision sur l'avenir de notre métier. Comme
nous sommes en pleine révision de la PAC avec de grosses évolutions du côté de l'aval,
j'avais invité Jean-Claude Guesdon, responsable du service économie de l'Institut de
l'élevage, à nous faire à la fois un état des lieux de la situation pour notre secteur mais aussi
un peu de prospective sur les volumes à venir. Guy Hermouet, vice-président de la
Fédération nationale bovine était aussi parmi nous. Jeunes Agriculteurs est très impliqué
sur le dossier engraissement sur lequel travaille actuellement la Fédération nationale
bovine.







Cédric Mandin : « Les jeunes sont inquiets, ils se posent beaucoup de questions sur l'avenir de leur métier car ils ont besoin de perspectives claires pour établir des projets. » (La Vendée agricole)

Cédric Mandin : « Les jeunes sont inquiets, ils se posent beaucoup de questions sur l'avenir de leur métier car ils ont besoin de perspectives claires pour établir des projets. » (La Vendée agricole)

Que vous ont inspiré les récentes restructurations du secteur de l'abattage ?

On est face à un constat. À nous maintenant de véritablement mettre en oeuvre ce que l'on
a pu prôner dans nos rapports d'orientation. C'est-à-dire regrouper l'offre pour avoir une
certaine force vis-à-vis du principal acheteur face auquel nous sommes sûrs de ne pas
peser si nous allons discuter de manière atomisée et dispersée. Il est quand même
aberrant d'avoir plusieurs organisations de producteurs travaillant dans le même secteur
avec le même type d'animaux vendus pour une bonne partie au même opérateur et de
constater que ces mêmes OP ne sont pas capables de se concerter sur un tarif avant
d'aller négocier les unes après les autres le prix de vente de leur marchandise !

Avez-vous rediscuté de l'iniquité dans la répartition des marges lors de votre session en Saône-et-Loire ?

Bien sûr, nous en avons parlé. Mais il faut reconnaître que cela nous a surtout occupé en
juin au moment des manifestations envers la grande distribution. Le site internet mis en
place par JA (www.quisegaveleplus.com) avait alors eu quelque 100 000 visites
mensuelles, mais depuis ce chiffre est retombé à environ 10 000 visites/mois.
Les récentes assignations devant les tribunaux des principales enseignes de la grande
distribution sont une première réponse. Mais surtout, il est important de maintenir la
pression pour que les pouvoirs publics continuent à faire leur travail d'enquête et de
contrôle afin d'aller dans le sens d'une répartition plus équitable des marges au sein de la
filière. L'observatoire des prix et marges vient juste de démarrer pour le secteur de la
viande bovine. Quand on voit le prix du steack haché, dont la mise en rayon est quand
même peu coûteuse, on se dit qu'il y a de gros progrès à faire.





Est ce que les incertitudes sur l'après 2013 freinent beaucoup de projets d'installation ?

Si l'on raisonne à l'échelle d'une vie, 2013 c'est demain ! Mais c'est à mon avis davantage la
morosité à laquelle est actuellement confronté l'élevage qui retarde ou décale les projets
d'installation. La viande bovine est une production où l'on reprend énormément de capitaux
pour un faible niveau de rentabilité, donc les moindres à-coups sur le plan de la conjoncture
sont très durs à supporter. En Vendée, mon département d'origine, certes on continue à
installer des jeunes mais moins. C'est très net. Des aspects comme la contractualisation
pour l'engraissement peuvent inciter à s'installer. Mais une marge sécurisée doit être un
élément essentiel de cette contractualisation.

*Cédric Mandin est installé à Sainte-Cécile, en Vendée dans le cadre d'un Gaec à cinq
associés (père, oncle, frère et un tiers) sur un élevage de 250 Charolaises en système
naisseur-engraisseur. Il est à la tête du groupe viande bovine de JA depuis juin 2008 et mettra
fin à cette responsabilité en juin 2010 compte tenu de la limite d'âge.

Source Réussir Bovins Viande Décembre 2009

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