Consommation de viande : Crise et CO2 mettent le boeuf sur le gril

François d'Alteroche

La crise économique, les nouvelles dépenses des ménages et l'impact supposé et surtout très médiatisé du rôle des bovins sur l'évolution du climat sont les nouvelles menaces qui se sont depuis peu ajoutées à l'évolution des habitudes alimentaires pour faire diminuer les niveaux de consommation de viande bovine.

Tout au long de ces quinze dernières années, la consommation de viande bovine avait affiché une relative stabilité. Elle faisait suite à la lente érosion initiée au début des années quatre-vingt qui elle-même succédait depuis le début des années cinquante, à trente ans de croissance ininterrompue des volumes ingérés.
Sans négliger le rôle des différentes crises sanitaires et des mises en garde médicales vis-à-vis d'une consommation excessive de viande rouge, les pertes progressives de parts de marché ont jusqu'à présent été très liées au changement des habitudes de consommation.
De gré ou de force, les Français sont devenus des citadins. Au fil des générations, ils ont peu à peu perdu contact avec leurs racines rurales et ignorent généralement comment sont produits les aliments qu'ils achètent. Ils prennent aussi de moins en moins le temps de préparer leurs repas, mangent de plus en plus à l'extérieur et recherchent donc des produits adaptés à ces nouveaux modes de vie. Les habitudes alimentaires des jeunes générations n'ont souvent strictement rien à voir avec celles de leurs grands-parents. A ceci s'est longtemps ajoutée une moindre diversification de l'offre en viande bovine dans les rayons de la grande distribution avec des linéaires jugés trop « froids » et pas assez attractifs.

Face aux autres gros émetteurs de CO2 que sont le transport, l'industrie et la production d'énergie, l'élevage bovin est devenu un bouc émissaire dans le contexte du réchauffement climatique. (F d'A)

Face aux autres gros émetteurs de CO2 que sont le transport, l'industrie et la production d'énergie, l'élevage bovin est devenu un bouc émissaire dans le contexte du réchauffement climatique. (F d'A)

L'avantage du prix relatif du porc et de la volaille a fait le reste sans oublier que les viandes issues de ces espèces ont longtemps eu plusieurs longueurs d'avance pour susciter curiosité et envie via le marketing et les produits innovants.
Depuis bientôt deux ans, la crise économique est venue se surajouter à ces phénomènes. Certes, tous les Français sont encore bien loin d'être à la rue, mais le pouvoir d'achat de toute une frange de la population a été fortement touché ces 18 derniers mois. Et entre le téléphone portable, le budget vacances ou les entrecôtes pour le barbecue du week-end, c'est souvent les deux premières solutions qui emportent les faveurs des consommateurs trop désargentés. Comme si tout cela ne suffisait pas, les ruminants sont devenus depuis quelques mois la cible de violentes attaques dans le cadre de la lutte contre les émissions de gaz à effets de serre. Leurs détracteurs les accusent désormais d'être en partie responsable du réchauffement climatique compte tenu du rôle supposé de leurs flatulences et de leurs éructations dans ce phénomène. « Quand les vaches pètent, le climat trinque… L'élevage contribue beaucoup au réchauffement climatique… Les vaches émettent plus de gaz à effet de serre que les voitures… » Il suffit de taper quelques mots clés sur un moteur de recherche sur internet pour voir s'afficher un nombre considérable d'affirmations de ce style bien peu favorables au développement de la consommation de viande bovine.

Les organisations de l'élevage se sont naturellement émues de ces attaques à répétition. « Toutes les activités humaines contribuent aux gaz à effet de serre : transport 27 %, industrie 21 %, logement 20 % agriculture 19 % et énergie 13 % », soulignent Pierre Chevalier et Denis Sibille, respectivement président de la Fédération nationale bovine et de l'interprofession bovine dans une tribune diffusée par le Centre d'information des viandes où ils dénoncent point par point les campagnes médiatiques qui finissent par faire de la filière bovine un « bouc émissaire ». Le gros appétit des ruminants pour les fourrages reste pourtant le meilleur moyen de valoriser les surfaces en herbe qui occupent 45 % des surfaces agricoles françaises. Autant de territoires qui sinon seraient voués à la friche ou au labourage. L'élevage bovin et ovin est donc un formidable atout en matière de défense de l'environnement. Il suffit d'observer la diversité et la qualité des paysages de toutes nos régions d'élevage pour le démontrer. Que seraient les vertes collines du Charollais, les vastes estives de l'Aubrac et du Cézallier, ou la douceur du bocage normand sans les multiples générations de bovins qui ont contribué à sculpter ces paysages ! Mettre de la viande de ruminant dans son assiette peut donc aussi être considéré comme un acte citoyen. Reste à faire passer le message…

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Bovins Viande de septembre 2009. (RBV n°163, p. 46 à 62)

Source Réussir Bovins Viande Septembre 2009

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