Daniel Courval, président de la section viande bovine de la FDSEA du Calvados* : La PMTVA couplée rend service aux abatteurs »

Propos recueillis par Sophie Bourgeois

Daniel Courval, président de la section viande bovine de la FDSEA du Calvados* : La PMTVA couplée rend service aux abatteurs »

La position de la FRSEA de Normandie est différente de celles de nombreuses fédérations des autres régions sur l'intérêt du maintien du couplage de la PMTVA après 2013.

En quoi un découplage de la PMTVA après 2013 permettrait-il de dynamiser le marché ?

Daniel Courval - Notre réflexion sur la PMTVA entre dans le cadre de celle sur les relations entre éleveurs et abatteurs. Dans notre région, l'élevage laitier est solide et les abatteurs peuvent compter sur la stabilité des volumes d'animaux issus de cette filière. Avec le système actuel de la PMTVA, ils disposent en plus d'une garantie sur les volumes d'animaux issus du troupeau allaitant qui leur seront apportés. Nous estimons que 90 à 95 % des besoins des abatteurs qui travaillent dans la région sont ainsi couverts. De ce fait, le marché est atone. Il n'y a plus de stocks nulle part en Europe et la con-sommation de viande bovine est stable. C'est le manque de volumes qui peut obliger à remonter les cotations. Si la PMTVA était découplée, une certaine décapitalisation entraînerait un encombrement du marché. Mais au bout de six à douze mois, un appel d'air ne manquerait pas de se faire sentir.

Le découplage de la PMTVA pourrait-il avoir d'autres intérêts ?

D. C. - La PMTVA telle qu'elle fonctionne aujourd'hui est une contrainte importante. Elle prive les éleveurs de toute souplesse sur l'organisation de leur élevage. Son montant, bien que couplé à 75 %, est de 200 euros par vache, et aucun éleveur n'a les moyens de se passer d'une telle somme étant donnée la situation actuelle des exploitations viande bovine. La PMTVA représente le fondement autour duquel le système d'élevage se construit avec un niveau de DPU souvent autour de 100 euros par hectare. Et elle représente une obligation de production. Les éleveurs se sentent pieds et poings liés.
En Normandie par exemple, le caractère allaitant empêche des éleveurs d'aller aussi rapidement qu'ils le souhaiteraient vers des troupeaux de race pure. Et puis il faut prendre acte de l'usure des éleveurs.
Après quatre ans de crise, la conjonction du manque de fourrages, extrêmement rare dans notre région cette année, avec le niveau des prix de l'alimentation du bétail, complètement déconnecté du niveau de rentabilité d'un élevage allaitant, les a profondément affecté.

Comment maintenir un système d'aide sécurisant pour l'élevage allaitant avec une PMTVA découplée ?

D. C. - D'abord, si la PMTVA est découplée, seuls les éleveurs dont le système est en dysfonctionnement seraient amenés à se séparer de leurs vaches allaitantes. Nous avons pu observer ce type d'évolution au niveau régional chez les engraisseurs de jeunes bovins quand la PSBM a été découplée. Un nouveau soutien à l'herbe ciblé pour les vaches ayant un veau serait absolument nécessaire en cas de découplage. Il faudrait aussi imaginer un soutien pour les « bovins à l'herbe » assez souple, qui permettrait aux engraisseurs de boeufs ou génisses à l'herbe de choisir selon la conjoncture ce qu'ils ont intérêt à produire.
Quoi qu'il en soit, les systèmes herbagers même bien soutenus par des aides restent extrêmement fragiles.

Si les éleveurs français veulent le maintien du couplage, pensez-vous probable qu'ils l'obtiennent ?

D. C. - Même si elle demeure couplée, il serait certainement profitable à tous que les règles de fonctionnement de la PMTVA soient rafraîchies après 2013. Les références datent de 1992. Elles vont avoir vingt ans ! Il va bien falloir s'en affranchir. Toutes les vaches ne sont pas primées. Il faudrait aussi réfléchir au moyen de mieux rationaliser l'usage des droits PMTVA.
Un certain nombre d'entre eux en Normandie comme probablement ailleurs sont éparpillés, détenus souvent par des éleveurs retraités. Il faudrait professionnaliser l'accès aux droits.

* Daniel Courval est éleveur de Charolais dans la vallée de l'Orne, dans le Calvados.

Source Réussir Bovins Viande Avril 2011

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