De la chicorée dans les parcelles les plus séchantes

Cyrielle Delisle

De la chicorée dans les parcelles les plus séchantes
La chicorée s'adapte bien aux terres légères, séchantes. Elle demande une pression de pâturage importante pour une valorisation optimale. - © P. Vergiat/Chambre d'agriculture de la Loire

Riche en minéraux, la chicorée est aussi une fourragère résistante aux conditions séchantes. Depuis 2013, elle a trouvé sa place dans le système pâturant de Christophe Chaize, éleveur dans la Loire.

De la chicorée dans les parcelles les plus séchantes
Infographie Réussir

Chiffres clés

75 ha dont 12 ha de céréales orge/blé, 8 ha de prairies temporaires et 55 ha de prairies permanentes.
7 ha de pâture avec chicorée
55 vêlages en novembre/décembre

« J'ai implanté mon premier hectare de chicorée en 2013. C'est en discutant avec mes anciens collègues du service production fourragère de la chambre d'agriculture que j'ai découvert cette plante. Elle s'est bien adaptée à mon exploitation. Depuis, j'ai cherché davantage d'informations à son sujet et la production a pris de l'importance », explique Christophe Chaize, éleveur de Charolaises à Pouilly les Nonains, dans la Loire. L'exploitation compte désormais sept hectares de prairies multiespèces avec de la chicorée.

Cette plante originaire de Nouvelle-Zélande est cultivée depuis de nombreuses années en Angleterre et dans les pays où le pâturage représente une part importante de l'alimentation des animaux. « Elle se développe en France, en bovins lait et viande, en ovins et en caprins. Aujourd'hui, tous les semenciers la commercialisent et développent des gammes spécifiques prairies et mélange. Selon des essais canadiens, la chicorée dispose d'une bonne valeur alimentaire, avec 25 % de protéines brutes (contre 20 % pour une prairie type ray-grass anglais/trèfle blanc) et est riche en éléments minéraux (potassium, calcium, fer, sodium, bore, zinc...). Elle est intéressante pour toutes les catégories d'animaux et non-météorisante. De plus, consommée au bon stade, son appétence et sa digestibilité sont bonnes », note Pierre Vergiat, conseiller spécialisé prairies à la chambre d'agriculture de la Loire.

Des effets anthelminthiques lui sont attribués, bien que non documentés. « C'est très compliqué à vérifier. De plus, la chicorée est souvent conduite en mélange. On peut alors se demander si cela suffit pour obtenir un niveau de protection suffisant », souligne Pierre Vergiat. Toutefois, sa richesse en tannin offre une meilleure valorisation des protéines dans l'intestin.

Un enracinement profond, gage de sa résistance

L'exploitant sursème la chicorée dans les prairies permanentes, à raison de deux kilos par hectare, avec du trèfle et du plantain. Il utilise un semoir à céréales et dépose la graine de chicorée à la surface. Il effectue ensuite un passage de rouleau et essaie d'implanter la fourragère juste avant une pluie annoncée. « C'est une plante plutôt agressive, bien adaptée au sursemis. Jusqu'à présent, je l'implantais à l'automne. Cette année, j'ai essayé de la semer au printemps. Toutefois, les conditions météorologiques pluvieuses ont compliqué les choses. Les animaux sortis tôt par obligation ont dégradé les parcelles », poursuit l'exploitant.

La première année, il est nécessaire " d'attendre le stade trois-quatre feuilles de la chicorée avant le premier pâturage, afin de lui laisser le temps de s'implanter pour éviter que les bêtes arrachent son pivot. Bien enracinée, elle dispose d'une bonne résistance à la sécheresse et au gel. Son système de pivot améliore également la structure agronomique des sols », précise le conseiller. La chicorée a été implantée dans les parcelles les plus séchantes de l'exploitation pour améliorer la pérennité des prairies multiespèces. « L'année dernière, année de sécheresse, seule la chicorée a poussé », observe Christophe Chaize.

De la chicorée dans les parcelles les plus séchantes

Assurer une pression de pâturage suffisante

« C'est une plante très bien adaptée à mon système de pâturage tournant. Les bêtes reviennent sur les pâtures entre 19 et 21 jours au printemps, entre 24 et 28 jours l'été avec des chargements instantanés importants de l'ordre de 55 à 65 UGB par hectare. De ce fait, la chicorée ne monte jamais à graines », ajoute Christophe Chaize.

Pour bénéficier des atouts de la chicorée, un pâturage intensif est indispensable. « En effet, si la feuille n'est pas consommée, elle monte en tige et n'est pas prise par les bovins. Il est donc nécessaire de la faucher, d'où l'intérêt d'une conduite en mélange. Pour augmenter sa pérennité, la laisser fleurir une fois par an (comme une luzerne) avant de la broyer semble judicieux », explique Pierre Vergiat, avant d'ajouter : « c'est une plante bi-annuelle. Or, des essais au lycée agricole du Valentin, à Valence dans la Drôme, laissent penser qu'elle se ressème, en raison de sa présence depuis trois ans ».

De la chicorée dans les parcelles les plus séchantes

Les parcelles implantées avec de la chicorée sont réservées aux broutards mâles et à leurs mères, l'éleveur souhaitant vendre les mâles à 500 kilos fin août. Au pré, les bêtes disposent d'un nourrisseur avec un complément riche en fibres (60 %) pour tamponner la richesse en eau de la chicorée. « C'est une plante très appétente. Je laisse les animaux deux jours sur des petits paddocks. Toutes les chicorées sont mangées. » L'éleveur met son fumier composté sur ses pâtures.

« Cette année, j'ai décidé d'enrubanner une partie de la production de chicorée afin de valoriser sa valeur azotée. On dispose de très peu de données dans le domaine. En raison de la faible teneur en matière sèche de cette plante (10 %) et de sa richesse en minéraux, le pâturage est privilégié », note Christophe Chaize. Conduite en mélange, « ensilage ou enrubannage peuvent s'envisager. La chicorée se comporte d'ailleurs très bien avec de la fétuque élevée, du ray-grass anglais, du dactyle et du trèfle blanc. En terrain humide sans excès, un mélange fléole, trèfle blanc et chicorée est intéressant. En terrain sain, on peut associer ray-grass anglais, trèfle blanc, chicorée, et privilégier en terrain séchant dactyle, ray-grass anglais, lotier, trèfle blanc et chicorée. Avec ses repousses d'automne, la chicorée a une belle carte à jouer avec l'enjeu du changement climatique », conclut Pierre Vergiat.

Source Réussir Bovins Viande

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