Economie de la filière : Sensible détérioration du revenu des éleveurs en 2007

François d'Alteroche

Le tassement du revenu des producteurs de viande bovine en 2007 est la conséquence de la baisse du prix des animaux, couplée à la hausse des charges. Cette dernière tendance persiste.

Avec d'un côté le prix des animaux qui diminue, et de l'autre celui des différentes charges qui ne cesse de grimper, l'année 2007 s'est sans surprise traduite par une évolution du revenu à la baisse pour la plupart des producteurs de viande bovine. Pour mieux détailler ces évolutions, les réseaux d'élevage des Pays de la Loire et des Deux-Sèvres analysent tous les ans les résultats économiques à système technique constant pour différents cas type d'exploitation. Ils sont calculés à partir des travaux de suivi réalisés par les réseaux de fermes de référence et permettent ainsi de mesurer l'impact à la fois du prix de vente des différentes catégories d'animaux, mais aussi du prix d'achat des différents intrants sur les résultats des systèmes de production pris en compte.

La production de davantage d'aliments énergétiques (maïs, céréales à paille) sur l'exploitation est un moyen de réduire les coûts alimentaires et de conserver l'engraissement. (F. d'Alteroche)

La production de davantage d'aliments énergétiques (maïs, céréales à paille) sur l'exploitation est un moyen de réduire les coûts alimentaires et de conserver l'engraissement. (F. d'Alteroche)

Prix de l'aliment et de la paille

« En 2007 il y a beaucoup de disparités, certains élevages sont plus soumis que d'autres à la hausse du prix des concentrés et de la paille » expliquait Jean-Michel Henry, ingénieur référence à la chambre d'agriculture de la Sarthe à l'occasion d'une journée « viande bovine » récemment organisée dans le Maine-et-Loire.
Les évolutions de revenu ont été présentées pour trois systèmes d'exploitation sachant que d'autres cas types sont également pris en compte afin de mieux visualiser toute la diversité des systèmes d'exploitation existant dans ces départements.
Le revenu du système naisseur intensif — avec 70 vêlages sur 70 hectares de SAU dont 54 d'herbe, vente des mâles en broutards et engraissement de toutes les femelles — baisse de prés de 18 % en un an. Cette chute fait suite à plusieurs années de progression lente mais régulière du revenu depuis la dernière crise de l'ESB. La baisse de 126 euros du prix moyen de vente des broutards explique une grosse part de ce mauvais résultat, accentué par la hausse des différentes charges.

L'an dernier, la progression du coût du concentré a beaucoup influé sur le coût alimentaire des animaux. Cette augmentation a varié de 11,50 euros/UGB pour le système naisseur intensif (70 vêlages sur 70 ha dont 54 d'herbe) à 22 euros/UGB pour le naisseur extensif (60 vêlages sur 80 ha avec 100 % herbe).
L'évolution de revenu est également très nettement orientée à la baisse pour les systèmes naisseurs engraisseurs avec un prix du JB qui a globalement suivi l'an dernier la même tendance que celui du broutard. De plus, cette baisse est associée à un tassement du prix des vaches et surtout à une hausse de 32 % des charges de concentrés, sans oublier le soudain renchérissement de la paille pour laquelle ces élevages ne sont pas autonomes. « En 2007 la baisse du prix de vente des animaux et la hausse des charges animales entraînent une diminution de 24 à 28 % du revenu de ces systèmes par rapport à 2006. »
L'impact de la hausse des matières premières est particulièrement net pour ces systèmes de production. En un an, le coût alimentaire a progressé de 24 à 49 euros/UGB pour les différents systèmes naisseurs engraisseur étudiés par ce réseau d'élevage.

Le plus des cultures de vente

Au final, ce sont les engraisseurs spécialisés — associant la conduite d'un atelier d'engraissement de JB à des cultures de vente — qui ont l'an dernier le mieux tiré leur épingle du jeu, d'autant plus qu'ils consacrent une part importante de leur SAU à ces mêmes cultures de vente.
D'une façon générale, le degré de sensibilité de ces différents systèmes de production face à l'accroissement du prix des matières premières, a donc été très dépendant de leur degré d'autonomie par rapport aux concentrés et à la paille. Les naisseurs engraisseurs extensifs achetant tout le concentré et toute la paille ont été très pénalisés, tandis que les engraisseurs utilisant une partie des céréales produites sur leur exploitation le sont nettement moins.
Pour gommer l'impact de la seule hausse du prix des matières premières alimentaires pour 2007, le réseau d'élevage des Pays de la Loire et des Deux-Sèvres estime, dans le cas d'un naisseur intensif, qu'il aurait fallu que les broutards puissent en moyenne sur l'année être vendus 11,35 € supplémentaires. Pour un système naisseur engraisseur, la revalorisation de l'ensemble des animaux finis (femelles et JB) aurait dû être de 0,11 €/kg de carcasse.

Des inquiétudes pour 2008

Pour l'année en cours, il est encore bien entendu prématuré de faire des simulations pour savoir comment va évoluer le revenu. La poursuite de la hausse des coûts alimentaires tout au long du premier trimestre 2008, alors que le prix de la viande n'évolue guère, laisse cependant planer quelques inquiétudes.
Comme l'a souligné Jean-Michel Henry, qu'il s'agisse d'animaux maigres ou finis, le niveau de revalorisation du prix du bétail évoqué ci-dessus n'est déjà plus d'actualité. Le prix des céréales et des tourteaux nécessaires à la finition du bétail a poursuivi son évolution à la hausse ces dernières semaines. Les revalorisations précédemment calculées pour le prix des animaux devraient donc elles-mêmes être revalorisées de 50 à 60 % pour correspondre plus exactement à l'actualité !

Face à cette inflation du coût de l'alimentation des bovins et à la persistance annoncée d'une conjoncture au beau fixe pour les céréales et oléagineux, si les évolutions des tarifs pour l'alimentation animale ne se traduisent pas par une augmentation du prix des animaux finis, le risque est de voir les engraisseurs spécialisés réduire, voire même pour certains cesser leur activité d'engraissement pour accroître la part du tonnage de leurs céréales vendues en l'état.

 

 

 

 

 

Source Réussir Bovins Viande Avril 2008

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