Éleveurs du pays vert : la fin du “tout broutard” italien

P. Olivieri

Le groupement bovins d’Altitude, qui a vu sa collecte reculer en 2012-2013 du fait de la décapitalisation des cheptels, incite les éleveurs à réfléchir à de nouveaux positionnements.

Difficile d’échapper à la logique arithmétique qui guide aussi les lois de la (re)production bovine. “On paie la décapitalisation qu’il y a eue depuis 2010 et le gros trou de naissances de février 2012” : le constat de Xavier Bel, secrétaire général du groupe Altitude, sur l’activité des Éleveurs du pays vert (EPV), se veut pragmatique. Et confirmé par la baisse du nombre d’IA(1) réalisées par la branche génétique de l’Union (- 4 %). Concrètement, sur l’exercice écoulé (1er octobre 2012 - 30 septembre 2013) qui sera présenté jeudi 20 février à Yolet à l’assemblée générale de la section 1 d’EPV, l’effectif bovin collecté est en repli de 3 % qu’il s’agisse de broutards (37 000 têtes) ou de bovins de boucherie (20 000 veaux, JB, vaches, génisses). Sur l’ensemble de son périmètre, EPV a enregistré 80 000 têtes en bovins, 20 000 en ovins.

Fin novembre, le groupement a organisé une visite de Covial pour ses adhérents engagés dans la filière génisses primeur.

S’essayer à l’engraissement

Lots de consolation : de bonnes performances sur le marché des veaux fermiers (4 600 veaux sous la mère) après les investissements réalisés sur l’abattoir de Lubersac et sur le marché des reproducteurs, en hausse de 10 % avec 6 000 têtes. “Un développement lié à la meilleure santé financière des élevages allaitants”, relève Xavier Bel. “Sur les reproducteurs, ce sont principalement des débouchés nationaux, la part d’export est relativement faible hormis quelques opérations avec la Roumanie, le Kazakstan...”, précise Julien Fau, président du groupement. Dans ces conditions, comment rebondir sur les marchés historiques de l’union coopérative, le broutard et le gras ? “Nous exportons 80 % du maigre de nos adhérents, vers l’Italie principalement ; or on voit que les Italiens engraissent moins. Ils importaient traditionnellement 1 million de veaux ; l’an dernier, ils sont descendus à 800 000 et ça va sans doute baisser encore, analyse Xavier Bel. On s’en sort parce que des marchés nouveaux viennent un peu désengorger les effectifs... On a fait un peu de Maghreb, un peu d’Espagne.” Mais pour Julien Fau, quand bien même l’interprofession et le ministère de l’Agriculture ont fait de l’essor de ces marchés tiers une priorité stratégique pour la filière française, la question de leur pérennité “reste entière”. D’où à ses yeux l’intérêt de s’être rapprochés de Deltagro, premier exportateur français de maigre avec 200 000 têtes. “Ça nous permet d’être présents à toutes les périodes de l’année, sur tous les marchés, y compris sur ces marchés d’opportunité”, fait-il valoir. Au-delà, les Éleveurs du pays vert estiment “qu’il va sans doute falloir se mettre à engraisser davantage pour une meilleure valorisation de ces animaux même si ça fait déjà des années qu’on le dit”. “Il ne s’agit pas de tout engraisser mais chaque éleveur doit être attentif aux filières qui se mettent en place et s’essayer à finir un lot par exemple”, développe Xavier Bel.

Un steak haché racial haut de gamme

Un message que tous deux poussent aussi sur les animaux de boucherie : “Dans toutes les races, nous sommes engagés dans des démarches de qualité et nous incitons nos adhérents à s’y inscrire et à s’organiser pour les alimenter tout au long de l’année. Cette planification est indispensable pour faire coller les sorties d’animaux avec les besoins des marchés”, souligne Julien Fau. EQC (Carrefour), contrat historique Monoprix, filière Terres et saveurs de Casino (avec les babynettes rebaptisées “génisses primeur”), BFA, Blason prestige, Label rouge salers... : “Nous avons un outil de transformation, Covial, qui permet d’approvisionner toutes ces filières et d’atteindre un équilibre matière en valorisant les avants en steak haché”, rappelle Julien Fau. Un atelier qui, depuis début février, fournit aussi la filière Reflets de France (Carrefour) en steaks hachés haut de gamme racial salers et aubrac. “Ça démarre seulement mais on pense que ça va marcher”, conclut Xavier Bel.

(1) Inséminations animales.

(2) 1 300 dont 600 dans le Cantal. 

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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