En pleines turbulences économique et sanitaire : L'Europe de la viande bovine au bord de l'asphyxie

Bernard Griffoul

« Définir les contours de l'élevage allaitant européen de demain ». Les organisateurs du
colloque Interbev qui s'est tenu lors du Sommet de l'élevage s'étaient fixé un objectif
ambitieux. Trop sans doute, tant les turbulences sont vives et l'avenir difficile à décrypter.
Certes, à moyen et long terme, la croissance démographique et le boom économique des
pays émergents devraient tirer la demande mondiale en produits carnés vers le haut. Mais,
dans l'immédiat, que d'incertitudes. La crise financière et économique va-t-elle toucher la
consommation de viande ? Les prix des matières premières vont-ils durablement refluer ?
Que va-t-il sortir du bilan de santé de la PAC ? Les négociateurs de l'OMC ont-ils dit leur
dernier mot après le récent échec ? Et bien sûr, quid de la fièvre catarrhale, crise
économique avant tout, qui désorganise le commerce des animaux. La FCO, qui s'est
imposée comme le sujet du jour lors de ce colloque, actualité oblige.

L'évolution de la consommation, liée à la crise économico-financière, déstabilise la filière bovine mais la crise consécutive à la FCO nécessite les mesures les plus urgentes. (www.leitenberger.fr)

L'évolution de la consommation, liée à la crise économico-financière, déstabilise la filière bovine mais la crise consécutive à la FCO nécessite les mesures les plus urgentes. (www.leitenberger.fr)

Des moucherons fainéants ?

Lors de la table ronde, Jean-Claude Crassat, président de la commission import-export de
la Fédération française des commerçants en bestiaux (FFCB), a donné le ton de
l'exaspération qui a gagné le monde de l'élevage : « Nous, les opérateurs, comme nos amis
éleveurs, on en a marre, marre de cette gestion qui est faite n'importe comment. Nous
allons avoir beaucoup d'entreprises en difficulté. Je suis persuadé que si on avait laissé la
maladie s'étendre normalement, à cent kilomètres près, on en serait au même point ». Et le
négociant de fustiger les aberrations que provoquent les restrictions de mouvements
d'animaux, l'arbitraire des « frontières » sanitaires qui paralyse le commerce, les coûts que
génèrent toutes ces contraintes, la difficulté d'obtenir des certificats sanitaires pour les pays
tiers… Il s'étonne aussi que le sérotype 8 soit si bien contenu en Italie : il en a d'ailleurs
récemment « félicité », sur le ton de l'humour, des responsables du ministère italien de la
Santé : « Soit vous avez affaire à des moucherons fainéants qui ne veulent pas sortir, soit
ils sont très malins et ils sortent sans que vous les voyiez. »

Rouvrir les échanges

François Tomei, représentant des abatteurs italiens (Assocarni), enfonce le clou : « Je
crois que les services vétérinaires italiens ont réussi à contrôler la maladie. Mais ça ne sert
à rien de dépenser autant d'argent pour contrôler une maladie qui n'a rien d'extraordinaire et
qu'on n'arrivera jamais à éliminer. Nous devrions transformer tout le territoire
communautaire en zone de restriction et rouvrir tous les échanges. » « Il est possible de se
tromper mais il est stupide et suicidaire de persister dans ses erreurs, a dénoncé de son
côté, Patrick Bénézit, président du bassin allaitant Grand Massif central. Il faut laisser le
commerce se dérouler et ne pas rajouter de problème au problème. »
Tous les opérateurs de la filière, Français, Italiens et Espagnols, demandent une
harmonisation européenne de la lutte contre la fièvre catarrhale, notamment une « politique
globale de vaccination dans toute l'Europe pour pouvoir vivre avec cette maladie et
permettre la circulation des animaux », a réclamé Ismaël Hernandez, représentant des
engraisseurs espagnols (Asoprovac). L'absence de protocole communautaire uniforme et
les accords bilatéraux qui en découlent créent des distorsions de concurrence qui sont des
« catastrophes commerciales. Nous devons exiger de nos administrations qu'elles trouvent
des réponses communes ».



Les opérateurs français, espagnols et italiens ont exprimé leur désarroi et leur colère face aux pouvoirs publics, nationaux et européens, dans la gestion de la FCO. (www.leitenberger.fr)

Les opérateurs français, espagnols et italiens ont exprimé leur désarroi et leur colère face aux pouvoirs publics, nationaux et européens, dans la gestion de la FCO. (www.leitenberger.fr)

 

Une politique sanitaire plus simple

Le hic, c'est que la Commission européenne ne dit pas autre chose. « Plus jamais ça », a
même risqué Etienne Bonbon, de la DGSanco (Direction de la Santé), sans se rendre
compte du côté provocateur de la formule dans sa bouche. Il a reconnu « le manque de
réactivité » de la politique sanitaire actuelle pour faire face aux maladies émergentes. Une
nouvelle loi de santé animale, fondée sur davantage de prévention et « faisant intervenir
tous les acteurs, avec un clair partage des responsabilités et des coûts », est en
préparation. Une texte qui se voudra « plus simple et compréhensible, applicable et
précisant les modalités de solutions vétérinaires, incluant la vaccination ». Mais, voilà, si les
intentions sont belles, pour faire plus simple, il va falloir en passer par un processus de
négociations et législatif qui « prendra du temps ». Plusieurs années à l'évidence.

Grave problème de rentabilité

En attendant, la crise est là et réclame des mesures d'urgence. Ce que le ministre de
l'Agriculture, Michel Barnier, a semble-t-il entendu. Lors du Sommet de l'élevage, il a en effet
affirmé avoir formulé trois demandes dans ce sens en Conseil européen des ministres. Une
politique de vaccination commune et à caractère obligatoire, le maintien d'un soutien
financier à la vaccination identique à celui de 2008 et enfin la révision de la réglementation
sur les conditions de mouvements des animaux, de sorte à « pouvoir vacciner dans les
zones indemnes, sans pour autant bloquer les flux commerciaux ». Des demandes
appuyées par dix-sept pays, assure-t-il, et assorties de sa « détermination » à les faire
aboutir sous présidence française de l'Union.
Le temps presse. Les intervenants du colloque n'ont eu de cesse de tirer la sonnette
d'alarme sur la gravité de la situation. « La filière est confrontée à un très grave problème de
rentabilité, a insisté Ismaël Hernandez. Les Européens passent d'une crise à l'autre, et à
chaque fois ils subissent une augmentation des coûts de production. Il est essentiel de
redonner un équilibre financier à la filière, sinon la réponse sera celle que l'on voit déjà en
Espagne et en Italie : quand les entreprises ne sont plus rentables, elles arrêtent de
produire. »

Source Réussir Bovins Viande Novembre 2008

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