En reproducteurs, des opportunités difficiles à saisir à l’exportation

Cyrielle Delisle - Réussir Bovins Viande Novembre 2011

Départ de vaches limousines vers la Mongolie. (France Limousin sélection)
Le départ des limousines vers la Mongolie. Mi-septembre, un peu plus de 200 bêtes ont été expédiées par la société Interlim.

Certains pays ouvrent aujourd’hui leurs frontières et offrent ainsi de nouvelles perspectives à la génétique française. Mais la concurrence est rude et l’essai parfois difficile à transformer.

Comparativement à la viande ou au bétail destiné à l’abattage ou à l’engraissement, le marché des animaux reproducteurs reste un marché de niche. Il totalisait en 2010, 60 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit moins de 1 % de la totalité des exportations agroalimentaires. Pour autant, en dehors des habituelles destinations vers nos voisins européens (Irlande, Grande-Bretagne, Espagne, Suisse, Italie…) de nouvelles possibilités existent. Alors, qui sont ces pays demandeurs de reproducteurs ?

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Quatre grandes zones

Le marché de la reproduction peut être découpé en quatre grandes zones.

1 - La première, baptisée BRIC, abréviation de Brésil, Russie, Inde et Chine concerne des pays très différents. « Le Brésil est un marché à reconquérir. Avant la crise de l’ESB, des échanges existaient. Tout reste à faire en génétique laitière comme pour les races à viande. La Chine reste difficile d’accès, mais des possibilités sont envisageables, notamment pour reconstituer un cheptel allaitant », constate Stéphane Patin, directeur de Races de France pour France Génétique Élevage.
Autre destination, la Russie. Une attention particulière est à porter sur ce pays. « On est présent en Russie depuis quelques années. La concurrence y est rude et parfois déloyale. Les États-Unis et le Canada, principaux concurrents, exportent également des animaux d’élevage ‘Charolais’ à des prix inférieurs », explique Stéphane Patin. Ce sont des animaux issus de croisements d’absorption avec de l’Angus ou de la Hereford avec des caractéristiques et des aptitudes parfois très éloignées des animaux français. L’Australie est également bien présente sur ce marché. En Russie, les intervenants français sont confrontés au puissant lobbying des opérateurs commerciaux anglo-saxons qui ne manquent pas d’arguments pour dénigrer les animaux venus de France tout en mettant en avant leurs deux principales races avec une politique commerciale très agressive. Il est donc indispensable de prouver que les races françaises s’adaptent tout aussi bien au climat de ces régions. Autres difficultés, les certificats à obtenir et la vaccination FCO.

2 - La seconde zone s’apparente à la Communauté des États indépendants (CEI). On retrouve l’Ukraine, la Biélorussie, le Kazakhstan et la Mongolie. Dans ce dernier pays, la société Interlim a exporté mi-septembre un peu plus de 200 génisses et taureaux principalement Limousins. Le Kazakhstan a lui aussi de grandes ambitions pour développer sa production de viande bovine. « Ce gouvernement soutient le projet. Il a d’ailleurs lancé un programme d’incitation à l’investissement dans les élevages. En cinq ans, il est prévu d’importer 70 000 reproducteurs de race à viande pour conforter et améliorer le troupeau déjà existant. Nos concurrents, l’Amérique et le Canada, sont déjà positionnés depuis longtemps avec l’Angus et la Hereford. À nous de nous organiser pour répondre en partie à cette opportunité. L’Europe de l’Est constitue un débouché potentiel important, mais encore peu représentatif pour le nombre de bêtes envoyées », note Stéphane Patin.

3 - Viennent ensuite les pays du pourtour méditerranéen. Les exportations vers la Turquie et le Liban concernent uniquement le marché de la viande qu’il s’agisse de carcasse ou de taurillons finis expédiés vivants prêts à être abattus. Par contre, le Maroc offre des opportunités pour les reproducteurs et pas seulement pour des génisses laitières. Actuellement l’Égypte est surtout intéressée par des taurillons finis. Elle pourrait aussi élargir sa demande à de la génétique.

4 - Il existe aussi une demande qui émerge dans les Balkans et les Carpates (Arménie, Géorgie, Ouzbékistan, Roumanie…).

Un essai difficile à transformer

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Mais partout, le constat est rude. Si l’essai est parfois marqué, il est toujours très difficile à transformer. « Notre génétique est plus chère que celle de nos concurrents. Il faut donc être en mesure d’expliquer le niveau des performances qu’elle permet d’atteindre et la meilleure rentabilité qui en résulte. Ou éventuellement se tourner, comme le font les États-Unis vers un argumentaire basé sur l’utilisation en croisement. La génétique française représente bien évidemment un réel atout pour développer la production dans ces pays. Mais pour améliorer nos parts de marché sur ce créneau, nous avons besoin d’organisation. Il faut chasser en meute ! », poursuit Stéphane Patin. La création du Groupement export français (lire page 6) pourra peut-être apporter des solutions face à certaines barrières, notamment administratives. Le produit à promouvoir est par ailleurs complexe que ce soit d’un point de vue sanitaire (obtention des certificats), politique ou logistique (coût).
La diversité de l’offre allaitante française peut aussi constituer un inconvénient.
« Dans les conférences visant à présenter les possibilités offertes par les bovins français, quand nos concurrents présentent une race voire deux (Hereford, Angus), les Français doivent en présenter, avec le même temps de parole, pas loin d’une dizaine pour être exhaustif. Il est donc plus difficile d’en faire une promotion convaincante. On peut comprendre aussi que nos interlocuteurs s’y perdent un peu », commente Stéphane Patin. L’étiquette France Terre d’Élevage — regroupement d’Interbev et France Génétique élevage (FGE) — créée en 2011, est née pour répondre à ce besoin d’informations du client sur l’offre française. Cet affichage commun FGE - Interbev sur l’international peut contribuer à simplifier l’image de l’offre. « Une possibilité serait d’adapter l’offre en fonction de la bonne adéquation entre race et milieu », poursuit Stéphane Patin. 

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