Episode de diarrhées néonatales : Apparition d'un épisode de diarrhées néonatales. Quelles mesures à mettre en place en urgence

Dr Didier GUERIN

Episode de diarrhées néonatales : Apparition d'un épisode de diarrhées néonatales. Quelles mesures à mettre en place en urgence

Face à l'apparition d'un épisode de diarrhées néonatales dans un élevage, des mesures sanitaires sont à mettre en place afin d'en limiter son importance.

Lors de période de vêlages plus ou moins avancée, apparaissent dans certains élevages des épisodes de diarrhées néonatales. Ceux-ci laissent, le plus souvent, démunis les éleveurs, car, se considérant devant une situation inéluctable qu'il va falloir subir jusqu'à la fin de la période hivernale. Or, la connaissance des mécanismes impliqués, alliée aux résultats obtenus dans le cadre du plan départemental “ diarrhées néonatales ” de GDS Creuse, permet de définir une méthodologie d'action au niveau du troupeau pouvant limiter significativement l'impact de ce type d'épidémie.

Un équilibre défenses immunitaires / agents infectieux à rechercher

L'avenir du veau se joue dans les 1ères heures qui suivent sa naissance. Dans l'utérus, le foetus se trouve sous haute protection, à l'abri des agents infectieux. A la naissance, un envahissement brutal de son tube digestif par les micro-organismes se réalise alors qu'il est totalement dépourvu de défenses immunitaires. Ces éléments expliquent la nécessité, pour le veau, de naître dans un milieu le moins contaminé possible par les agents pathogènes et d'absorber correctement le colostrum afin de se constituer son capital immunitaire. L'apparition de maladie est fonction de l'équilibre entre les défenses présentes (qualité du transfert immunitaire) et la pression d'infection (importance du niveau de contamination de l'environnement) qui varient au cours de la saison.

Une évolution défavorable au cours de la saison de vêlage

Au fur et à mesure de la saison de vêlages, surtout en période hivernale, on observe, le plus souvent, deux phénomènes qui vont favoriser le développement du nombre et de la gravité des diarrhées :
D'une part, une baisse de la qualité du colostrum liée, notamment, à la qualité de l'alimentation hivernale qui peut s'avérer insuffisante en certains éléments. Cela implique une baisse du niveau de défenses immunitaires du veau.
D'autre part, une augmentation de la contamination du milieu. Les veaux s'avèrent d'excellents relais multiplicateurs et vont multiplier par quelques milliers à quelques milliards le nombre d'agents pathogènes présents.
Ces éléments expliquent pourquoi, dans un élevage confronté à un épisode de diarrhées, la saison débute avec pas ou peu de diarrhées qui touchent un nombre réduit de veaux et guérissent facilement. Au fur et à mesure de l'avancement de la saison, le nombre et la gravité des diarrhées augmentent progressivement. C'est la dynamique de contamination.

Les actions urgentes à mettre en place lors de présence d'un épisode diarrhéique

1. Identifier et quantifier la problématique
L'apparition de diarrhées vient d'un déséquilibre agents infectieux/défenses immunitaires. Cela implique de quantifier chaque facteur afin de déterminer les actions prioritaires à initier :
Evaluer le niveau de transfert immunitaire : dans les élevages confrontés à des diarrhées néonatales, 25 à 60% des veaux présentent un défaut de transfert immunitaire. Une prise de sang réalisée sur 5 veaux âgés de 2 à 6 jours permettra de connaître la quantité et la qualité du colostrum absorbé. Cette saison, cette analyse est prise en charge à 100% par GDS Creuse (voir article du 15 janvier 2010).
Identifier les agents infectieux présents : afin de connaître les agents déterminants, un prélèvement de fèces sera réalisé sur 2 à 3 veaux en début de maladie et n'ayant subi aucun traitement.

2. Augmenter les défenses immunitaires
L'augmentation du potentiel de défenses du veau (nécessité fonction des résultats de l'évaluation du transfert immunitaire) passe par l'apport supplémentaire de colostrum qui peut être complété par une vaccination (choix du vaccin fonction des analyses de fèces, délai d'action minimal de 15 jours) qui permet l'obtention d'anticorps spécifiques mais qui n'augmente pas le niveau d'anticorps de façon substantielle. Cela implique que lors de qualité insuffisante du colostrum (moins de 60 g/l), la vache étant alors incapable d'augmenter, dans l'immédiat, la concentration de son colostrum en anticorps, ce n'est pas la vaccination qui sera la plus utile mais un colostrum de complément administré systématiquement à tous les veaux à la naissance.
3. Limiter la pression infectieuse
Afin que les veaux naissants ne se retrouvent pas dans un milieu hyper contaminé, les vaches non-vêlées seront regroupées et mises dans des cases nettoyées et désinfectées ou dans des lieux n'ayant pas été confrontés à cette problématique depuis plus de 6 mois (notamment pour les élevages en plein air). Pour limiter toute nouvelle dynamique de contamination, tout éventuel nouveau veau diarrhéique sera isolé dès les 1ers symptômes.

Dans un 2ème temps, préparer l'avenir avec une démarche diagnostique de troupeau

L'apparition d'épisodes diarrhéiques dans un élevage découle de la présence de facteurs favorisants permettant le développement de ces phénomènes épidémiques. Une prévention inscrite dans la durée nécessite la détermination de ces facteurs de risques dans l'élevage considéré afin d'adapter la lutte et la prévention. Cela implique que si l'on veut gérer durablement cette problématique, on passe par une phase de bilan sanitaire approfondi dans son élevage : cela correspond à la mise en place, en relation avec son vétérinaire traitant, du “ plan diarrhées ” de GDS Creuse (voir articles pages 14 et 15 du GDS Creuse Mémo n°9).

En conclusion, d'abord une application stricte des mesures sanitaires

Les diarrhées néonatales sont des phénomènes infectieux épidémiques se développant en présence de facteurs favorisants. L'application stricte de mesures sanitaires permet de limiter l'amplification du phénomène. Les éventuelles mesures médicales (vaccination, chimioprévention…) ne seront efficaces que si elles viennent en complément de ces mesures sanitaires adéquates. Dans le cadre de notre plan “ diarrhées néonatales ”, nous avons pu observer l'efficacité des mesures préconisées pour gérer l'urgence dans un 1er temps, puis prévenir dans la durée dans un 2ème temps. Rappelons que tout élevage soumis à une problématique de diarrhées (plus de 15% de veaux atteints) dispose aujourd'hui de moyens de prévention et de lutte adaptés. Pour tout renseignement complémentaire, contactez votre vétérinaire ou GDS Creuse.

Source Groupement de Défense Sanitaire de la Creuse

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