Exportations bovines vers les pays tiers : Quelle place donner à ces nouveaux débouchés ?

Cyrielle Delisle

Les pays tiers ouvrent aujourd'hui leurs frontières et offrent ainsi de nouvelles perspectives à la filière viande bovine. Qu'en est-il vraiment de ces nouveaux marchés ?

Confrontés à des difficultés d'affouragement, certains éleveurs choisissent de se débarrasser d'une partie de leurs animaux. Face à ce phénomène, beaucoup attendent une solution au travers de l'export à destination des pays tiers. Mais où en est-on réellement ? Pour Bertrand Oudin, directeur des études chez Blézat Consulting, « La France a une opportunité à saisir dans l'export. Mais pour cela, la filière a besoin d'instaurer des débats plus sains. Or, à chaque fois, les esprits s'échauffent, conséquence de la faible valeur ajoutée du secteur de la viande bovine. » Ce spécialiste a présenté lors de l'assemblée générale de l'Urgo (l'Union régionale des groupements de producteurs de l'Ouest) à Rennes, les conclusions de l'étude menée à la demande de FranceAgriMer sur les exportations de bovins vivants et de viande bovine.

Sur les trois premiers mois de 2011, 1300 broutards de races à viande ont été exportés vers le Maroc (photo) et la Tunisie. (M.-A. Carré)

Sur les trois premiers mois de 2011, 1300 broutards de races à viande ont été exportés vers le Maroc (photo) et la Tunisie. (M.-A. Carré)

Confirmation des tendances à la hausse

L'année 2010 a vu ses exportations françaises vers les pays tiers multipliées par 3,5. Cette tendance haussière constatée en 2010, s'est confirmée au premier trimestre 2011. La dynamique internationale se poursuit. « On note même une accélération qui s'explique par la forte demande des pays du pourtour méditerranéen et la levée d'embargos. Entre le premier trimestre 2010 et 2011, une augmentation en valeur de 15 % est observée. La hausse atteint 6 % concernant les exportations vers l'UE et 218 % vers les pays tiers. Certes, ces dernières ventes restent peu significatives (136 millions d'euros) au regard des exportations intra-communautaires (2,16 mil- liards d'euros), mais elles sont tout de même un motif de satisfaction et peuvent permettre d'équilibrer le marché », note Jean Philippe Dop, chef du service appui aux exportateurs, à la direction ‘International' de FranceAgriMer. La progression est forte, mais le niveau de départ est très bas. Que ce soit en vif ou en viande, une chose est sûre, « on s'éloigne de l'effet ESB. Des marchés se rouvrent progressivement. L'Europe et la France peuvent à nouveau être présentes sur les marchés mondiaux. Notamment grâce à la Turquie qui a rouvert ses frontières en octobre 2010, pour la viande », explique Nils Beaumond d'Interbev.

La Turquie a offert une ‘bulle d'air' inattendue. Elle représente sur les pays tiers la première destination pour la viande bovine française (principalement des quartiers arrières et des avants non désossés réfrigérés). Sur le premier trimestre 2011, la vente de viande fraîche a déjà atteint 30 millions d'euros contre 12 pour l'année 2010. « Le marché turc s'est ouvert, pour faire baisser le prix de la viande sur le marché national. Et même si le tarif douanier a augmenté deux fois cette année (à 45 % puis 60 %), cette destination reste rentable », commente Nils Beaumond. Des élections ont eu lieu en juin. Elles pourraient peut-être changer la donne dans un sens ou un autre, selon les décisions prises par le gouvernement. Pour l'instant, un embargo ESB subsiste sur le marché du vivant (reproducteurs et broutards). Cette restriction n'est pas justifiée sur un plan sanitaire. Elle résulte de pressions politiques, liées à la position française sur l'entrée dans l'Europe de la Turquie. D'autres états membres avec le même niveau ESB, peuvent expédier des animaux vivants. « Le vivant représente un marché très important dans lequel nous espérons rentrer. La demande porte sur des animaux légers (250 à 300 kg). Depuis le début de l'année, l'Uruguay, principal concurrent, amarre 2 à 3 bateaux par mois de 4 000 à 5 000 têtes », constate Jean-Claude Crassat, président de la commission import-export de la Fédération nationale des commerçants en bestiaux.

 

Liban et Maghreb

Le Liban représente la seconde porte de sortie, mais en vif. Le pays est demandeur d'animaux gras ou semi-finis, à la fois laitier et allaitant. Sur le premier trimestre 2011, c'est plus de 10 000 têtes qui ont été envoyées, soit presque 3 fois plus qu'en 2010. La France se positionne comme leader européen avec 23 % de parts de ce marché en 2010 et second au niveau mondial, derrière l'Uruguay. « Ce marché reste fragile car concurrencé par l'Amérique du Sud qui fournit des zébus plus légers et par la corne de l'Afrique (Ethiopie, Somalie et Djibouti) intéressée d'exporter des zébus via Djibouti », continue Jean-Philippe Dop.
Le Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie) représente une véritable opportunité car ces pays dont le niveau de vie et la population augmentent, ont la volonté de maintenir un élevage local. Ils importent également des animaux d'Europe en raison d'une disponibilité en fourrages accrue cette année et d'un engouement pour l'engraissement. « Ces pays souhaitent des broutards de races à viande. Sur les trois premiers mois de 2011, 3000 têtes ont été expédiées en Algérie (12 000 têtes sur l'ensemble de l'année 2010), 1300 têtes en direction du Maroc et de la Tunisie. Concernant ce dernier pays, nous subissons notamment la concurrence de l'Uruguay qui envoie des animaux Hereford assez hétérogènes mais avec l'avantage du prix », commente Nils Beaumond. En Algérie, la demande est clairement là et les pouvoirs publics suivent. Après avoir disparus, les quotas tarifaires ont été rétablis. Mais nous bénéficions à nouveau de droits de douane préférentiels.

 

 

Source Réussir Bovins-Viande Juillet-Août 2011

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