Fédération des marchés de bétail vif : Anticiper l'offre peut remédier à la baisse des apports

François d'Alteroche

La baisse des apports s'est accentuée l'an dernier sur les marchés de bétail vif. L'évolution est cependant différente entre les marchés de gré à gré et les marchés au cadran.

Dans les années quatre-vingt, plus de quatre millions d'animaux étaient apportés chaque
année toutes espèces confondues sur les différents marchés adhérents à la Fédération
française des marchés de bétail vif (FMBV). Ce chiffre est passé à 1,645 million de têtes l'an
dernier avec une érosion de 12,7 % entre 2007 et 2006. Un bien mauvais résultat d'abord lié
aux restrictions de transport des animaux suite à la fièvre catarrhale ovine, mais également à
une évolution numérique du troupeau français orientée à la baisse tant pour les bovins que
surtout pour les ovins.

Cependant, des chiffres en hausse sur certains marchés attestent que la tendance globale
à la baisse n'est ni une généralité ni une fatalité. La FMBV s'interroge donc pour savoir
comment renverser la vapeur et inciter les utilisateurs réguliers des marchés à apporter
davantage d'animaux. Ce thème de discussion a servi de fil conducteur à une table ronde
organisée à l'occasion de la dernière assemblée générale de la FMBV, qui a eu lieu fin mai à
Mauriac, dans le Cantal. « En permettant une libre confrontation de l'offre et de la demande,
les cotations réalisées chaque semaine sur les marchés sont la « bourse » du bétail vivant.
Largement reprises dans les différents journaux agricoles et de plus en plus fréquemment
consultées sur notre site internet (NDLR : www.fmbv.asso.fr) elles donnent chaque
semaine une référence à tous les opérateurs de la filière, de l'amont à l'aval », soulignait
Gilles Rousseau, président de la FMBV.
Mais ces chiffres ne pourront continuer à être représentatifs que s'ils se rapportent à un
nombre statistiquement suffisant d'animaux afin de poursuivre la diffusion de références de
prix réellement significatives. Pour la FMBV, il faut donc inciter éleveurs et négociants à
amener davantage d'animaux sur ces marchés.





Au marché de Laissac (Aveyron), les restrictions de transport de l'an dernier ont tout particulièrement affecté les marchés très concernés par le bétail maigre. (F. d'Alteroche)

Au marché de Laissac (Aveyron), les restrictions de transport de l'an dernier ont tout particulièrement affecté les marchés très concernés par le bétail maigre. (F. d'Alteroche)

 

L'exemple de la Sicafome

En dehors du contexte un peu particulier lié aux restrictions de transport faisant suite à la
fièvre catarrhale, l'analyse comparée de l'évolution du nombre d'animaux apportés sur les
marchés au cadran et sur les marchés de gré à gré met clairement en évidence la bonne
capacité des premiers à maintenir leurs apports, voire même à les faire progresser. C'est
en particulier le cas de la Société d'intérêt collectif agricole des foires organisées de
Moulins-Engilbert (Sicafome), dans la Nièvre. Mis sur les rails en 1983, ce marché affiche
depuis une belle réussite. 77 725 animaux (dont 54 652 bovins) y ont été commercialisés
l'an dernier. Un chiffre stable sur 2006 mais qui aurait vraisemblablement progressé sans
les péripéties sanitaires du moment. La question est donc de savoir quel est le petit « plus »
qui explique ce résultat. Une réponse a été apportée par Bernard Gauthier, éleveur dans la
Nièvre et président de ce marché. Après en avoir fait son historique, il s'est surtout attaché
à en décrire ses points forts, considérés comme les clés du succès de ce marché. Pour
les apporteurs, elles se résument avant tout dans la sécurité, la rapidité de paiement et la
transparence des transactions.

Pour les acheteurs, le fait de pouvoir connaître à l'avance quel sera le volume de l'offre à
quelques têtes près dans les principales catégories d'animaux proposées est un « plus »
apprécié. « Le nombre et la catégorie des animaux tels qu'ils nous ont été annoncés par les
apporteurs est communiqué aux acheteurs intéressés dès le vendredi soir pour un marché
qui démarre le mardi matin », expliquait Bernard Gauthier. Pour arriver à inciter les éleveurs
à faire assez précisément état de leur prévisionnel d'apport, les responsables de ce
marché au cadran ont choisi de jouer sur la seule corde sensible véritablement efficace, à
savoir le portefeuille. Ainsi, les apporteurs ayant annoncé la présence de leurs animaux
dans les délais impartis peuvent, une fois leur bétail vendu, bénéficier d'un paiement
comptant avec virement le vendredi qui suit le mardi de la vente. Ceux qui n'ont pas
annoncé leurs animaux sont réglés à 14 jours.
Avec plus de 1500 bovins apportés certains mardis, pour près d'une centaine d'acheteurs
régulièrement présents, la Sicafome affiche une belle réussite. Elle va d'ailleurs ouvrir
prochainement une seconde salle des ventes pour remédier à des ventes qui, effectifs
obligent, traînent parfois un peu en longueur.



Ce sont ces mêmes points forts qui ont conduit à la mise en place du marché au cadran
d'Ussel, en Corrèze, dont le fonctionnement est sensiblement identique à celui de Moulins-
Engilbert, avec des volumes d'apports encore bien inférieurs (12 273 bovins l'an dernier). «
Si on a des éleveurs qui amènent des animaux sur ce marché, c'est bien parce qu'ils y
trouvent leur compte en bénéficiant de toute la transparence permise par ce type d'outil.
Sont affichés en temps réel le poids, le classement, le numéro d'identification, le prix au kilo
et à la tête. Je sais pas ce qu'on peut faire de plus en matière de transparence ? »,
s'interrogeait Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine, et s'exprimant
alors davantage en tant que président de la chambre d'agriculture de la Corrèze, laquelle a
contribué avec plusieurs responsables professionnels à la mise en place du marché
d'Ussel. « Certains négociants nous disent que le marché au cadran leur a enlevé de
l'activité et qu'ils préféraient acheter en ferme. D'autres trouvent ces outils extraordinaires
car ils leur permettent de gagner du temps et des kilomètres. »

Connaissance anticipée de l'offre

De l'aveu de Jean-Claude Crassat, président de la commission export à la Fédération
française des commerçants en bestiaux (FFCB), l'un des « plus » des marchés au cadran
réside également dans les services proposés pour les déplacements, et chargements des
lots d'animaux avec les équipes de bouviers présentes lors de la vente. Mais c'est d'abord
cette connaissance anticipée du volume de l'offre qu'il serait bon d'appliquer aux marchés
de gré à gré. « On a besoin de savoir à l'avance le nombre d'animaux qui seront présentés
pour ne pas avoir à déplacer de camions pour rien, sinon ce sont des frais
supplémentaires. On vient trop souvent sur les marchés uniquement avec l'objectif de
compléter certains lots qui pour l'essentiel de leurs volumes relèvent d'achat en ferme. »
Une vision des choses approuvée par Louis-Marie Lepoureau, abatteur et représentant de
la Fédération nationale de l'industrie et du commerce en gros des viandes (FNICGV). «
Nous avons besoin d'un approvisionnement 52 semaines sur 52. On ne peut pas se
permettre d'envoyer un camion sur un marché si on est pas certain de pouvoir à l'avance y
trouver la marchandise dont on a besoin. »

Source Réussir Bovins viande Juin 2008

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