France Bovins Croissance : Des conseils plus pointus et une diversification des services

François d'Alteroche

Avec la démarche « L'essentiel » France Bovins Croissance propose un socle commun de services pour tous les élevages quel que soit le département. Une démarche qui va dans le sens d'une attente des éleveurs soucieux de bénéficier d'un conseil neutre, non lié à un intérêt commercial.

L'activité des organismes Bovins Croissance ne se résume pas au seul fait de peser et pointer des animaux. « Bovins Croissance, c'est avant tout des hommes qui apportent des services à leurs adhérents. Outre leur valorisation directe (bilan de lots, ratios…), ces informations permettent aux techniciens de conseiller les adhérents dans la conduite de leur troupeau, en particulier dans les domaines de la sélection, de la génétique, de la reproduction ou de l'alimentation », indique le dernier rapport d'activité de France Bovins Croissance. « Notre difficulté est que suivant les départements, à part la collecte de données (pesée et pointages), les services apportés aux éleveurs par leurs techniciens sont souvent très divers », précise Alex Seyrolle, éleveur dans le Cantal et administrateur de France Bovins Croissance. Dans certains départements, ils portent sur les seuls aspects génétiques, d'autres intègrent l'alimentation et différents autres volets techniques allant même parfois jusqu'à une aide pour les déclarations PAC ! « Mais la vision de l'éleveur sélectionneur qui subit le contrôle de performance plus qu'il ne l'utilise dans le seul but d'avoir son troupeau inscrit au livre généalogique est devenue archiminoritaire. Comme tous les éleveurs, les sélectionneurs sont avant tout des producteurs de viande qui ont la volonté d'être très ‘techniques' dans la conduite de leur troupeau », souligne Yves Jehanno responsable Bovins Croissance Allier, soucieux de corriger une vision un peu caricaturale qui est parfois véhiculée sur les éleveurs sélectionneurs du centre de la France et plus particulièrement ceux de la zone Charolaise.

Pointage de broutards dans un élevage du Puy de Dôme. Les éleveurs sont généralement en attente de données techniques pointues pour améliorer les performances de leurs élevages. (F. d'Alteroche)

Pointage de broutards dans un élevage du Puy de Dôme. Les éleveurs sont généralement en attente de données techniques pointues pour améliorer les performances de leurs élevages. (F. d'Alteroche)

Un socle commun

Pour chercher à harmoniser les services proposés dans les différents départements, France Bovins Croissance a donc souhaité mettre en avant une démarche correspondant à un socle de base apportant partout la même gamme de services. Ce service a pour nom « L'essentiel ».
Même s'il y a eu de nombreuses évolutions qui vont dans le sens d'une homogénéisation des services apportés, les départements du Grand Ouest de la France ont longtemps eu un discours plus « technique » avec une offre de conseils plus complète à la différence du Centre de la France et plus globalement des départements des principaux berceaux de races où cette part du conseil était un peu moins développée. « Pour que la démarche « L'essentiel » soit adaptable à tous les départements, nous voulions y intégrer les principaux aspects techniques qui contribuent aux résultats économiques d'un système allaitant : alimentation, génétique, contention, sanitaire », précise Alex Seyrolle. Derrière cette réflexion, l'objectif est d'apporter des conseils techniques pointus et d'aller bien au-delà de la simple pesée pour laquelle un éleveur peut d'ailleurs très bien se débrouiller seul.
Muscler ce volet sur le suivi technique du troupeau est aussi une nécessité face à de jeunes éleveurs de mieux en mieux formés et donc plus exigeants sur le contenu du service qui peut leur être apporté. « Dans notre département, la plupart des jeunes agriculteurs ont un niveau BTS. Avant de s'installer, ils ont souvent complété leur expérience par plusieurs années de travail en tant que salarié. S'ils acceptent le fait de payer pour adhérer à Bovins Croissance, ils veulent aussi des résultats. Ils considèrent cette adhésion comme un investissement. Il doit donc se traduire par une amélioration des performances des animaux. C'est d'autant plus vrai avec la conjoncture actuelle qui oblige à resserrer tous les boulons pour limiter les charges », estime Vincent Poupin, de Bovins Croissance Vendée.

« La grosse différence entre les éleveurs laitiers et allaitants, c'est que nous n'avons pas un tank à lait pour juger au quotidien la pertinence des différents conseils qui nous sont proposés. Nous ne pouvons évaluer leur réel intérêt qu'au moment de la pesée de nos animaux », souligne Guy Hermouet, éleveur vendéen, vice-président de la FNB et adhérent de longue date à Bovins Croissance. « Si on veut être crédible, dans la mesure où nos préconisations ont été respectées, lors de la pesée suivante, on doit retomber sur ce qui avait été annoncé pour les performances des animaux », ajoute Vincent Poupin.

Neutre sur le plan commercial

A l'heure où les marges se rétrécissent et où la conduite des troupeaux se doit d'être pointue pour dégager un semblant de résultat, proposer un conseil technique de haut niveau mais totalement neutre sur le plan commercial constitue la meilleure des portes d'entrée dans les exploitations. Le fait que les techniciens Bovins Croissance n'aient rien d'autre à vendre que la qualité de leurs prestations est jugé déterminant. « En tant qu'éleveurs, nous voulons que le conseil apporté par nos techniciens ne soit pas motivé par un quelconque intérêt commercial lié à la vente d'un intrant. Je suis très attaché à cet aspect », souligne Jean-Paul Guibert, éleveur vendéen et premier vice-président de France Bovins Croissance.
C'est tout particulièrement vrai sur le volet alimentation et rationnement où la conjonction du coût des matières premières et du prix des animaux fait que les éleveurs sont demandeurs d'un service de rationnement précis.
« Dans les élevages allaitants, il y a encore bien des marges de progrès à réaliser sur l'alimentation, que ce soit pour l'engraissement, les rations hivernales des animaux d'élevage et la conduite du pâturage. Nous sommes un peu à la traîne derrière bien des éleveurs laitiers », estime Alex Seyrolle, pour qui le contexte actuel va faire évoluer la situation. « Je pense que la crise et le renchérissement du coût des rations va nous conduire à développer cette activité de service liée au rationnement, et pas uniquement pour faire de l'engraissement », confirme Yves Jehanno, responsable Bovins Croissance Allier.

« Aujourd'hui, on voit encore parfois des éleveurs disposant d'une mélangeuse qui ont une même et unique ration tout au long de l'hiver pour l'ensemble de leurs vaches allaitantes dans un objectif de simplification de l'affouragement. Pourtant, avec des vêlages qui s'étalent de novembre à mars, les besoins alimentaires de leurs animaux sont très différents. Simplifier l'affouragement leur revient alors très cher ! »
Pour Yves Jehanno, cette nécessité de mieux chiffrer le coût de l'alimentation et d'optimiser le rapport qualité/prix des rations passe aussi par un meilleur service d'analyses des fourrages à l'image de ce qui est fait dans la plupart des élevages laitiers. En allaitant, les rations sont trop souvent raisonnées à partir de valeurs prises dans des tables et non sur la valeur alimentaire réelle des fourrages utilisés.
« D'une année sur l'autre, les conditions climatiques et de récolte font qu'il peut y avoir de grosses variations de la composition d'un fourrage sur une même exploitation. Par exemple cet hiver, les fourrages sont très bons dans tout l'Est de l'Allier avec des stocks confortables. Dans certaines exploitations, cela conduit à une suralimentation et à des vaches suitées très en état. Il y aurait de belles économies à faire. Surtout cette année ! Dans l'esprit de nombreux agriculteurs, ce qui est produit sur les exploitations n'est pas très coûteux. Ils ne cherchent donc pas forcément à l'économiser, surtout lorsqu'il s'agit des fourrages. »

Le prix du conseil

Reste qu'apporter du conseil a forcément un prix. « Au- jourd'hui dans les exploitations, la nutrition est souvent le fait des technico-commerciaux en aliment du bétail. Ils peuvent être d'excellents nutritionnistes, mais leurs conseils sont loin d'être neutres sur le plan commercial », ajoute Yves Jehanno. De plus, le conseil du technico-commercial qui vend l'aliment peut sembler gratuit puisque à l'inverse de la prestation du technicien bovins Croissance, l'éleveur n'en voit pas la facture. « Il n'a donc pas la sensation de payer le service d'établissement de la ration qu'il va pourtant évidemment payer indirectement via les kilos d'aliments qu'il achète ! », souligne Alex Seyrolle.

Ratio ramené au kilo de viande vive

Derrière ce volet alimentation, les aspects liés à la génétique et à la conduite du troupeau (tri des animaux, analyse des performances de productivité numérique…) sont les autres volets pour lesquels il y a une grande attente de la part des éleveurs. « Chaque année, on passe environ une demie-journée avec chaque adhérent au moment de la remise des résultats techniques de l'année précédente. On commente ensemble les niveaux de croissance des différentes catégories d'animaux, on fait des bilans de production par taureau, le bilan de la campagne de vêlages, les IVV, les bilans de mortalité. On tache d'approfondir l'ensemble des données collectées », explique Yves Jehanno.
Pour les années à venir, l'objectif sera d'être toujours plus pointu sur les aspects économiques liés aux coûts de production. « Cela pourrait être par exemple d'analyser le coût alimentaire ramené à l'UGB ou au kilo de viande vive produite, ou bien encore les différents frais d'élevage ramené à ce même kilo de viande vive. On peut aussi imaginer mieux chiffrer la durée de présence improductive des vaches sur une exploitation entre la date de leur dernier vêlage et leur départ pour l'abattoir. Puis situer les performances de chaque élevage par rapport à des chiffres moyens afin de donner des points de repère aux éleveurs », suggère Vincent Poupin. « Aujourd'hui on compare les élevages sur le plan de la génétique et des performances pondérales des animaux, mais on ne les compare pas d'un point de vue rentabilité. Je pense que la prochaine étape vers laquelle doivent évoluer nos services pour mieux répondre aux attentes de nos adhérents, sera d'aller dans cette direction. »

Source Réussir Bovins Viande Mars 2011

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