Gestion des strongles. Le rendez-vous de printemps

Dr Didier GUERIN

Gestion des strongles. Le rendez-vous de printemps

Le plan « strongles » au printemps => Une gestion adaptée des strongles dans les deux premières années de vie des bovins est primordiale, le printemps représente une période stratégique d’action.

Gestion des strongles. Le rendez-vous de printemps

Pour être efficace vis à vis du risque « strongles », avec les outils agronomiques et médicaux, deux rendez-vous sont incontournables : le printemps, pour définir la stratégie à adopter pour le pâturage et l’automne, pour tirer le bilan de la saison passée et mettre en place, si nécessaire, un traitement antiparasitaire. Un rendez-vous facultatif peut advenir en été lors d’apparition d’un épisode parasitaire clinique ou si des évènements non-prévus ont modifié l’exposition des animaux aux parasites. Pour une vision plus globale sur le plan de maîtrise du parasitisme dans votre troupeau, vous pouvez consulter le chapitre parasitisme dans le menu déroulant de la « boîte à outils bovins » sur notre site.

Une gestion primordiale des strongles dans les deux 1ères années de vie des bovins

Une gestion adaptée des strongles dans les deux premières années de vie des bovins s’avère primordiale. Les jeunes sont très sensibles à ces parasites en raison d’une immunité absente ou insuffisante et de leur grande capacité de multiplication. Ils représentent une parasitose majeure pour les jeunes ruminants élevés sur prairie. Tout retard de croissance enregistré pendant cette période ne sera jamais totalement compensé. Les séquelles seront d’autant plus importantes que les animaux sont jeunes. Cela se traduira par un moindre développement musculosquelettique.

La date de naissance influe fondamentalement l’épidémiologie des strongles

La charge parasitaire sur des veaux sans traitement antiparasitaire et dans des conditions identiques se trouve fondamentalement différente en fonction de leur date de naissance. Elle est fonction de l’importance de la contamination des pâtures qui découle du niveau de recyclage et du niveau de l’immunité de l’animal. Au printemps, le recyclage des larves trans-hibernantes est d’autant plus performant que l’acquisition de la compétence immunitaire est incomplète. Les bovins n’ayant jamais rencontré de strongles permettent la pleine expression du potentiel reproducteur des parasites une fois adultes en leur sein (dès 3 semaines après la mise à l’herbe).

Gestion des strongles. Le rendez-vous de printemps

Le veau pleinement multiplicateur vers l’âge de 3/4 mois

Le veau possède une capacité d’ingestion « suffisante » pour entraîner une contamination vers 3/4 mois, la prise de lait chez le veau allaitant retardant la contamination. Donc, tout veau âgé de 4 mois ou plus à la mise à l’herbe présentera un potentiel de recyclage des strongles maximal du fait d’une capacité d’ingestion suffisante et de l’absence d’immunité vis à vis des strongles. Ces animaux vont présenter rapidement un niveau de contamination élevé et, par contre, acquérir une immunité importante au cours de leur 1ère année de pâturage. A l’inverse, des veaux plus jeunes (nés en fin d’hiver) présentent un potentiel de recyclage beaucoup plus faible, ne seront infestés par les strongles de manière significative qu’à l’automne mais ne bénéficieront que d’une immunité en début d’acquisition.

Les outils pour son plan antiparasitaire : rotations de pâtures et antiparasitaires

Le programme de lutte et de prévention contre les strongles est fonction des objectifs de croissance (quel niveau d’acceptation de parasitisme) et de besoin d’acquisition d’immunité (animaux destinés à l’engraissement ou à la reproduction).

Les rotations de pâtures limitent le recyclage des larves de strongles et donc la contamination. Ainsi pour des bovins nés en fin d’hiver, lors de leur 2ème année de pâturage, le risque strongylose est de 70 % sur une seule parcelle, 40 % sur deux et 30 % sur trois à condition que le retour sur la 1ère parcelle soit supérieur à 3 semaines.

En matière d’antiparasitaire, le choix intègre l’action directe sur l’animal, et aussi, par la durée de son action, son impact sur le recyclage parasitaire, donc sur la contamination des pâtures et, ainsi, son action indirecte sur la charge parasitaire de l’animal.

Une utilisation préventive des antiparasitaires à la mise à l’herbe…

L’utilisation préventive a pour but de retarder la contamination de la pâture, donc des animaux, par destruction des larves ingérées et ainsi limiter le recyclage parasitaire. Cela nécessite un traitement des bovins à la mise à l’herbe ou dans les trois semaines maximum après la mise à l’herbe avec un anthelminthique avec une rémanence (durée d’action) suffisante comme les bolus ou les programmes endectocides et un passage des mêmes animaux sur les mêmes parcelles. La charge parasitaire des bovins sera alors limitée, en deçà du seuil d’implication zootechnique et suffisante pour l’installation de l’immunité. Par contre, le traitement de fin de saison de pâture sera inexistant ou limité afin de ne pas entraver la mise en place de cette immunité.

… ou préventive et curative en cours de saison… 

L’utilisation préventive et curative sera utilisée en cours de saison de pâturage avec une action de destruction des parasites présents et une prévention de contamination par la limitation du recyclage parasitaire grâce à la rémanence du médicament utilisé dans le cadre d’un changement de pâture. Cela peut être le cas de veaux d’automne après leur sevrage ou de génisses de 2ème année lors de changement de cycle de pâturage au mois de juin (passage sur des prairies de fauche déprimées au printemps).

… ou une intervention curative lors de mauvaise maîtrise de la prévention

Enfin, l’intervention curative se réalise lors d’apparition de phénomène subclinique ou clinique de parasitisme lors de mauvaise maîtrise de la prévention parasitaire car toute atteinte parasitaire visible est synonyme de pertes zootechniques. Les benzimidazoles peuvent être indiqués à condition que ce soit à l’entrée en stabulation ou lors de passage sur une prairie saine (parcelle n’ayant pas été pâturée depuis l’automne précédant). Dans le cas contraire (bovins laissés sur la même pâture ou passés sur une parcelle non-saine), le recours à des anthelminthiques rémanents (ivermectines) est nécessaire.

L’approche différente veau d’automne/veau d’hiver nécessaire

En 1ère année de pâture, pour les veaux avec une capacité de recyclage à la mise à l’herbe (veau de 4 mois et plus), il sera mis en place une approche préventive à la mise à l’herbe ou préventive et curative lors du sevrage s’il intervient dans les 3 mois après cette mise à l’herbe. Pour les veaux de vêlages de fin d’hiver, un traitement curatif au sevrage est suffisant. En 2ème année de pâture, les animaux nés en fin d’année présentent une immunité en fin d’acquisition (s’il y a eu contact suffisant et pas d’excès de traitement, notamment en fin de saison de pâture). Un traitement préventif avec une rémanence de moyenne durée (endectocides pour-on par exemple) sera suffisant. A l’inverse, les bovins de début d’année ont une immunité en début d’acquisition, ils nécessiteront une approche préventive à la mise à l’herbe (type bolus par exemple) ou préventive – curative au mois de juin.

Un rendez-vous avant la mise à l’herbe pour une démarche raisonnée (ni trop, ni trop peu) intégrant les outils agronomiques puis les traitements

Dans un plan antiparasitaire spécifique à votre élevage, avant chaque mise à l’herbe, vous déterminerez, en relation avec votre vétérinaire, la stratégie à adopter. Si le parasitisme en stabulation se satisfait de la diagnose des parasites présents et de la mise en évidence de facteurs d’élevage favorisants, les infestations parasitaires de pâturage nécessitent d’appréhender la dynamique d’infestation de l’animal et de la pâture en maîtrisant les trois variables que sont l’hôte, le parasite et l’environnement. Le plan intégrera dans son raisonnement le chargement, les rotations de pâtures, la durée de pâturage, la complémentation, les traitements… C’est une étape incontournable de notre concept « Le sanitaire… j’adhère ! ».

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