Guy Mérieau* : Nous préparons un plan pour l'engraissement »

Propos recueillis par Sophie Bourgeois

La conjoncture est particulièrement défavorable à l'engraissement des jeunes bovins. Mais la volonté politique de soutenir cette activité fait aujourd'hui l'objet d'un consensus.

Quelles sont les actions sur lesquelles travaille la coopération suite au bilan de santé de la PAC ?

Le cap du bilan de santé de la PAC est passé. Nous préparons maintenant activement un plan pour l'engraissement en France, en collaboration avec la Fédération nationale bovine. Aujourd'hui, il y a un consensus politique, professionnel, pour avancer sur le soutien à l'engraissement en France. Ce qui n'a pas toujours été le cas. De plus, Michel Barnier nous a encouragé à aller dans ce sens à l'occasion de l'assemblée générale de Coop de France à l'automne dernier. Compte tenu de la conjoncture, il est urgent que nous puissions rassurer nos producteurs qui sont dans l'expectative et le plus tôt sera le mieux.

Quel impact peut avoir sur la production de jeunes bovins à venir le déficit de naissances en troupeaux allaitants observé sur le début de l'année 2009 ?

La tension sur le marché du maigre sera forte. Il manque près de 300 000 veaux depuis la campagne de vêlage d'août 2008. Il manquera donc 150 000 mâles sur le marché du broutard cet automne. Si les cours des céréales se maintiennent, même les naisseurs-engraisseurs pourront être tentés dans cette configuration de vendre des broutards et des céréales plutôt que de produire des jeunes bovins, étant donné les difficultés de trésorerie que beaucoup d'entre eux rencontrent.

« Il n'y a rien d'alarmant sur la consommation européenne de viande au premier semestre 2009. Les animaux partent normalement. » (S. Bourgeois)

« Il n'y a rien d'alarmant sur la consommation européenne de viande au premier semestre 2009. Les animaux partent normalement. » (S. Bourgeois)

 

Votre organisation défendra cependant une nouvelle fois la relance de l'engraissement.

La hausse des charges est devenue insupportable pour les systèmes allaitants. Pourtant, les fondamentaux de l'engraissement restent bons. L'Europe est déficitaire en viande bovine, et personne n'a intérêt à ce que ce déficit se creuse. Nous avons le cheptel allaitant le plus important de l'Union européenne, quatre millions de vaches qui, chaque année, font naître à peu près autant de veaux ; l'engraissement apporte de la valeur ajoutée à nos régions d'élevage, et il n'y a plus aucun souci pour placer les jeunes bovins qui disposent aujourd'hui de marchés stables et solvables. Autre élément à ne pas négliger, depuis huit à neuf ans, le nombre de broutards qui partent en Italie baisse chaque année d'environ 20 000 têtes. Cette érosion a commencé avant les difficultés commerciales liées à la FCO, qui ont encore amplifié ce phénomène. Elle tient à une évolution structurelle des ateliers d'engraissement italiens. On remarquera d'ailleurs que les représentants de la filière italienne sont inquiets de cette évolution et se battent pour obtenir une prime à l'abattage de 90 euros pour des jeunes bovins dans le cadre du bilan de santé de la PAC.

Les autres marchés du jeune bovin vont-ils connaître des changements pour les prochaines années ?

Depuis 2001, le nombre de jeunes bovins consommés en France ne cesse d'augmenter. Un jeune bovin sur deux a été consommé en France en 2008. Il s'agit d'abord des jeunes bovins laitiers qui se substituent efficacement aux vaches laitières de réforme, dont le nombre continue à baisser. Mais les animaux de races à viande trouvent aussi leur place. Quant à la consommation européenne, il n'y a rien d'alarmant sur le premier semestre 2009. Malgré les pics de production de printemps, le marché a absorbé la production sans difficulté majeure.

La création du groupe Bigard avec Socopa aura-t-elle une influence sur l'attractivité de l'engraissement pour les éleveurs ?

Elle pourra certainement avoir un aspect facilitateur pour mettre en place des actions d'envergure pour la filière. Il y a de toute façon un intérêt partagé au maintien de l'activité d'élevage et d'engraissement français qui alimente les outils d'abattage.


* président du collège bovin Coop de France – Bétail et viandes . Guy Mérieau est également éleveur en Vendée et président de l'organisation de producteurs vendéenne Cavac, président de Normabev (structure technique interprofessionnelle chargée de l'établissement de relations commerciales basées sur un système de classement et de marquage des gros bovins.)

Source Réussir Bovins Viande Juillet-Août 2009

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