Hausse des prix en Amérique du Sud : Un effet par ricochet en Europe avec l'ouverture de nouveaux marchés

François d'Alteroche

La hausse des prix du bétail en Amérique du Sud fait évoluer la donne sur les marchés des pays du pourtour méditerranéen.

Des prix qui grimpent pour les producteurs brésiliens. Une offre en recul en Argentine. Une demande toujours bien présente dans les différents pays méditerranéens. Même s'il faut demeurer particulièrement prudent sur la suite des événements, les derniers jours de décembre laissaient entrapercevoir des perspectives plus favorables pour les producteurs de viande bovine. La dernière assemblée générale de la Fédération française des commerçants en bestiaux qui a eu lieu mi-décembre a permis à différents intervenants de débattre de ces sujets. « Notre volonté est d'avoir un débat prospectif. Nous ne sommes pas là pour commenter ce qui s'est passé en France ces dernières semaines », avertissait en préambule Jean-Charles Catteau, l'animateur de la table ronde.

Retour des pays tiers

C'est ce retour des débouchés sur les pays tiers et en particulier ceux du pourtour méditerranéen qui suscite moult commentaires. Le scénario est à première vue banal. La hausse soudaine du prix des animaux en Amérique du Sud l'an dernier incite les clients de ces pays à regarder dans d'autres directions. Longtemps acheteur de taurillons en Europe quand les restitutions sur les bovins de boucherie exportés vivants existaient encore, le Liban avait eu tôt fait de réorienter ses achats vers le Brésil dès leur suppression. Mais le renchérissement des zébus brésiliens a incité les importateurs libanais à retrouver le chemin de l'Europe.
Du côté du bétail maigre et de la viande, le scénario est sensiblement le même. Après les pays du Maghreb depuis deux ans pour des broutards, la réouverture cet automne du marché turc pour la viande permet là aussi d'élargir les débouchés de l'élevage français. Bien entendu, l'Italie demeure de très loin notre principal client pour le maigre et la viande, et la Grèce reste incontournable pour la viande. Mais ces nouveaux débouchés jouent en faveur d'une tension sur les prix même si mi-décembre elle n'était encore vraiment perceptible que sur les seuls JB.

La question que tout le monde se pose est de savoir si cet élargissement du portefeuille client est vraiment durable pour l'élevage européen. « En Amérique du Sud, la tension actuelle sur les prix va se poursuivre. L'Argentine ne pourra pas récupérer son potentiel de production et donc d'exportation avant au moins 7 à 10 ans. Actuellement, nous avons une contraction de l'offre aux Etats-Unis, mais elle résulte d'un phénomène assez cyclique. Vient s'ajouter la Russie qui n'est pas encore parvenue à reconstruire sa production bovine », expliquait Jean-Luc Mériaux, secrétaire général de l'Union européenne du commerce du bétail et de la viande. Pour ce spécialiste, la contraction de l'offre liée à la réduction du nombre de « moules à veaux » dans la plupart des pays de l'Union européenne est un scénario qui concerne plusieurs autres grands bassins de production répartis dans différentes régions du monde. La question est de savoir si ce phénomène devient véritablement structurel ou s'il n'est que ponctuel. « Aujourd'hui, la réponse irait plutôt dans le sens d'une tendance structurelle. » La production de viande bovine est une industrie lourde. A l'inverse de la volaille, le cycle de production est long à mettre en place.

Marché turc

Même s'il offre quelques belles opportunités depuis la fin d'automne, certaines réserves ont été émises pour le marché turc. « La Turquie est montée en puissance cette année. Aujourd'hui on entend dire que la viande y part par camions entiers. Il faut saisir ces opportunités. Mais l'exportation vers ce pays ne doit pas être une variable d'ajustement face à un contexte de crise. Que va-t'il se passer si dans 6 mois, les Turcs prétextent je ne sais quel argument sanitaire pour privilégier les viandes venues d'un pays dont la politique est jugée plus favorable que celle de la France à son entrée dans l'Union européenne ? », s'interrogeait Yves Berger, délégué général d'Interbev.
« C'est un marché qui reste assez aléatoire, mais qui n'est pas nouveau », convenait Jean-Luc Mériaux. « La Turquie était le troisième débouché de l'Union européenne avant la crise de l'ESB. C'est donc une réouverture de marché et non un nouveau marché. Le déficit de ce pays est estimé à environ 200 000 tonnes par an. La volonté de relancer une filière d'engraissement et d'abattage-transformation locale pourrait aussi à terme se traduire par davantage d'importations de bovins vivants. Actuellement la France ne peut pas y exporter d'animaux maigres. Ils viennent d'ouvrir la frontière aux animaux venus d'Autriche, de Hongrie et des États baltes. Mais dans ces pays, il y a peu de bétail disponible. »

Tension sur le JB

Pour les éleveurs français, en dehors des tensions sur le prix des JB, l'émergence de ces nouveaux débouchés ne se traduisait pas pour autant mi-décembre par une nette amélioration de la conjoncture. « Il faut très rapidement retrouver une situation plus saine et profiter de l'opportunité d'une croissance de la consommation mondiale. Il y a de vraies perspectives pour nos productions », argumentait Bernard Malabirade, éleveur dans le Gers et représentant de la Fédération nationale bo- vine.
« Même si dans l'Union européenne on a globalement une baisse de la consommation, au niveau mondial il y a une tendance haussière de la consommation mais aussi des prix, comme ce fut le cas avec les céréales, il y a quelques mois. L'ensemble de la filière doit en profiter », soulignait Dominique Guineheux, cadre du groupe Bigard et qui s'exprimait avec sa casquette de président de la commission internationale d'Interbev.

Source Réussir Bovins Viande Janvier 2011

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