Immersion au sein d’une filière bovine allemande décomplexée

UAR (L'Union Agricole et Rurale) 15

Fin octobre, l’interprofession Interbev a mené un voyage d’études outre-Rhin. Le pragmatisme et la cohésion de la filière allemande ont frappé les représentants auvergnats.

Immersion au sein d’une filière bovine allemande décomplexée

 

D’abattoirs en élevages, en passant par une rencontre avec des responsables syndicaux du DBV, l’équivalent allemand de la FNSEA, le voyage organisé du 22 au 25 octobre en Rhénanie du Nord-Westphalie et en Bavière par Interbev (Interprofession bovine nationale) a permis à une vingtaine de professionnels français de toucher du doigt les différences majeures entre les filières allemande et hexagonale. Bruno Dufayet, président de la section bovine de la FDSEA 15, et son homologue de l’UDSEA du Puy-de-Dôme, Jean-Paul Thénot, accompagnés de Joël Espagnol, président de la Fédération française des marchands de bestiaux pour l’Auvergne, étaient du voyage.

Qu’est ce qui vous a le plus marqué dans la production bovine allemande ? Bruno Dufayet, administrateur Interbev : “On fait le même métier mais on n’a pas du tout la même approche, notamment par rapport aux réformes européennes. Eux cherchent toujours à s’adapter même si c’est aux détriments du nombre d’agriculteurs ou au sacrifice d’une production. On l’a vu avec le choix du découplage des aides lors de la précédente réforme de la Pac : au final, la production bovine allemande n’a pas baissé mais le nombre d’éleveurs a été divisé par deux. On le voit aujourd’hui à nouveau avec les discussions sur la réforme à venir : ce qui ressort de nos échanges avec le BVD, c’est que l’Allemagne a fait le choix politique de ne plus défendre la production bovine mais plutôt de valider l’idée du découplage total entraînant du coup un transfert des productions les moins rémunératrices vers les plus rémunératrices, en clair des productions animales vers les végétales. À l’inverse, nous on essaie de se battre pour garder nos acquis et surtout garder le maximum d’éleveurs.”

 

Quid de la rémunération des éleveurs ?

B. D. : “Ce qui est notable avant tout, c’est qu’une fois que des décisions sont prises, tous les acteurs de la filière vont dans le même sens, du producteur jusqu’au distributeur, voire même au consommateur. Depuis deux ans par exemple, la filière a mis en avant les viandes d’animaux nés, abattus, transformés en Allemagne. Les distributeurs ont apporté une plus-value de 20 centimes à l’éleveur par rapport au marché export vers l’Italie. Autre constat : la rémunération de chaque maillon de la chaîne est correcte, puisque l’éleveur touche 4,50 € du kilo pour un veau de 200 à 340 kg. Le prix du taurillon fini est d’environ 4,15 - 4,20 € le kg carcasse. Ce prix correspond chez nous - selon les experts français présents sur place - à des carcasses classées R, aujourd’hui valorisées à 3,70 € dans l’Hexagone. Ce qui n’empêche pas qu’au final, le prix consommateur soit légèrement inférieur à celui en vigueur en France, en raison de coûts salariaux - et en particulier d’abattage - inférieurs. On peut également penser que la marge des opérateurs de l’aval est moindre que celle pratiquée chez nous.”

C’est donc le modèle à suivre ?

B. D. : “Oui, en termes d’organisation de la filière. Ce qui frappe surtout c’est le respect mutuel entre les différents acteurs - qu’ils soient, à l’aval, privés ou coopératifs d’ailleurs - sans pour autant qu’il y a ait de véritable contractualisation établie. La filière allemande passe du temps sur l’analyse, l’adaptation des marchés alors que de notre côté, nous éleveurs français, le passons davantage à faire pression sur l’aval pour une juste répartition des marges. Par contre, ce qu’on a pu relever, c’est que face à la crise économique mondiale, les Allemands ont choisi de se replier sur eux-mêmes, et qu’ils sont aussi très libéraux dans l’âme. Pour eux, c’est le marché qui fait loi. “On n’est pas là pour faire du social, on est là pour faire de l’économie”, nous ont dit nos interlocuteurs du BVD qui affiche un taux de syndicalisation record de 95 % !”

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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