Italie : Les engraisseurs transalpins ont retrouvé un peu d'oxygène

Bernard Griffoul

Même si les engraisseurs italiens ont retrouvé une meilleure rentabilité de leurs ateliers, la production et la consommation marquent le pas.

Lors du colloque Interveb qui s'est tenu durant le Space, Nils Beaumond, spécialiste du
marché italien à Interbev, a brossé un tableau de la filière viande bovine transalpine en cette
année 2008 : « La production nationale et la demande marquent le pas. La filière n'est pas
très dynamique. Dans les abattoirs, la concentration se poursuit avec la disparition des
petites structures. » Les livraisons de broutards français ont chuté de 8 % en 2007 par
rapport à l'année précédente et l'année 2008 devrait connaître un nouveau recul de 12 %.
La suspension des mouvements d'animaux au printemps ne sera pas compensée. Ce trou
de deux mois a été atténué par un ajustement de la durée d'engraissement. Cette année
donc, seulement 770 000 broutards auront traversé les Alpes contre 950 000 deux ans plus
tôt. La plupart des autres pays fournisseurs de maigre ont également vu leurs exportations
baisser. Suite à la crise de ce printemps, des petits ateliers d'engraissement ont
définitivement cessé leur activité, occasionnant la perte de 5 à 8 % des places. « L'impact
de la fièvre catarrhale est fort et sera sans doute durable », prévoit Nils Beaumond.

Jeunes bovins à l'engraissement en Italie. La réduction des mises en atelier a permis de « tenir » le prix de la viande. (DR)

Jeunes bovins à l'engraissement en Italie. La réduction des mises en atelier a permis de « tenir » le prix de la viande. (DR)

Une meilleure rentabilité

Cependant, là n'est pas le seul souci de la filière italienne. On a longtemps craint que la mise
en application de la directive nitrates, annoncée depuis dix-sept ans, contraigne les
engraisseurs à réduire leur activité. L'Italie a obtenu qu'une nouvelle classification, différente
selon les régions, soit reconnue. Les éleveurs auront deux ans pour s'adapter. « L'impact
sera probablement faible sur l'engraissement des jeunes bovins, mais il vient se rajouter
aux autres risques », estime Nils Beaumond
Autre question récurrente : vu les prix qu'a connus le maïs ces derniers mois, ne va-t-il pas
être destiné à d'autres usages que l'engraissement ? Près de 90 % du maïs produit dans la
plaine du Pô est dédié à l'alimentation animale. Mais les besoins de l'Italie, qui est déficitaire,
s'accroissent à cause du bioéthanol. La péninsule va donc en importer davantage et être de
plus en plus tributaire de l'évolution des cours mondiaux. On a vu combien la hausse du
prix du maïs, conjuguée à une baisse du prix de la viande, a détérioré la rentabilité des
ateliers en 2007. Depuis cet été, les engraisseurs ont retrouvé un peu d'oxygène avec un
prix du jeune bovin qui atteint les 4 euros le kilo carcasse et un maïs qui a accusé un net
recul. D'où leur propension à acheter le broutard à un prix correct malgré toutes les
péripéties qui embrouillent le marché.


Nils Beaumond : « La volatilité du prix du maigre et du prix du jeune bovin n'est jamais bonne parce qu'elle entraîne une perte de références et rend difficile les décisions. » (B. Griffoul)

Nils Beaumond : « La volatilité du prix du maigre et du prix du jeune bovin n'est jamais bonne parce qu'elle entraîne une perte de références et rend difficile les décisions. » (B. Griffoul)

 

Assouplissement des cahiers des charges

La bonne tenue du prix de la viande bovine en Italie, malgré la stagnation de la
consommation, s'explique par la réduction des mises en atelier. Cependant, la confiance
des consommateurs italiens, affectés par une baisse du pouvoir d'achat encore plus
sévère qu'en France, est au plus bas. Les grandes surfaces, comme Coopitalia, prévoient
un « scénario consommation très critique » pour les deux ans à venir. Il est d'ailleurs des
signes qui ne trompent pas. La part de marché de la volaille augmente et les viandes
premiers prix prennent de l'importance. « Le contexte morose a infléchi la montée en
puissance des filières sous cahiers des charges et les distributeurs cherchent à éviter un
engagement trop rigide avec l'approvisionnement », explique Nils Beaumond. Les
distributeurs se tournent également de plus en plus vers les « viandes du monde ». L'Italie
importe 35 % de la viande consommée mais, hormis le pic de 2006, les volumes restent
stables d'une année sur l'autre. Pour l'instant donc, il n'y a pas péril en la demeure quant à
la demande en broutards. « Le véritable enjeu est donc la place qui sera réservée à la
viande bovine, parmi les autres viandes, chez le distributeur et dans la consommation. »

Source Réussir Bovins Viande Novembre 2008

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