Japon : faire de l’archipel une terre de conquête pour la viande française

Sophie Giraud-Chatenet

À l’invitation des ministères de l’Agriculture et des Affaires étrangères, des journalistes japonais ont visité, récemment, plusieurs fermes triées sur le volet dans le Cantal et l’Allier.

 Discussion entre les journalistes japonais et les éleveurs du Gaec Montagnier, à Isserpent, dans l’Allier.

Il y a des jours comme ça où tout ne se passe pas comme prévu. À bien y réfléchir, cela arrive plus souvent que… prévu justement. Nous voilà donc résolus à faire avec, ou sans, comme ces journalistes japonais en visite en France à l’invitation du ministère des Affaires étrangères, privés de soleil et copieusement arrosés par un déferlement de cumulo-nimbus, lors de leur récente excursion auvergnate. Au programme de leur visite pluvieuse donc : la découverte de deux estives cantaliennes, celles de Jean-Marie Fabre à Lavigerie et d’Alain Mathieu au Col d’Aulac, dans un environnement à couper le souffle, particulièrement apprécié par les six reporters. Le lendemain, direction le nord et l’Allier, pour une nouvelle escapade agricole, avec, au menu, toujours l’élevage français présenté dans son écrin d’excellence : la prairie. Sur les hauteurs de la montagne bourbonnaise, les associés du Gaec Montagnier ont expliqué la manière dont ils élèvent leurs quelque 300 bêtes, suscitant de nombreuses questions sur l’alimentation, les conditions d’élevage… À l’écart du groupe, Dominique Gigan sourit et acquiesce. Chargé de mission pour l’Asie de l’Est au ministère de l’Agriculture, il est l’un des organisateurs de ce voyage de presse et a tout intérêt que le message délivré ici colle avec les attentes des Japonais, pourtant pas évidentes à saisir d’emblée.

Décortiquer les attentes

Depuis février, le Japon a levé l’embargo sur les jeunes bovins de moins de 30 mois provenant de la France, en vigueur depuis la crise de la vache folle de 2001. Même si l’équilibre est fragile, le Japon étant intransigeant sur le plan sanitaire et en matière de sécurité alimentaire, la France veut croire que sa viande bovine peut se faire une place dans les assiettes nippones. “Avant l’embargo, nous étions présents. Aujourd’hui, il s’agit de reconstruire un réseau commercial”, explique Dominique Gigan. Au pays du bœuf de Kobé, produit de luxe que seuls les plus fortunés peuvent déguster (lire ci-contre), la tâche n’est pas mince. “Il est clair que le marché japonais de la viande bovine est très occupé par le Canada, l’Australie et les États-Unis”, poursuit le chargé de mission. Dans un pays qui compte 120 millions d’habitants, la France peut-elle espérer grapiller des parts d’un gâteau de plus en plus large ? Le marché de la viande bovine est, en effet, en forte expansion là-bas, contrairement à l’Europe. Chaque année, l’archipel importe 500 000 tonnes de viande bovine, soit plus de 60 % du volume consommé dans le pays. En mars, des opérateurs français étaient présents au Foodex de Tokyo, un salon de l’agroalimentaire international version XXL. Des contacts intéressants ont été pris. “Pour l’instant, la viande française rentre surtout sur le marché japonais via le réseau des hôtels-restaurants”, rappelle Dominique Gigan. Le cœur de cible, celle qu’on a coutume chez nous de nommer “la ménagère de moins de 50 ans”, reste à conquérir avec une difficulté de taille : les desiderata du consommateur lambda sont encore un peu flous. On sait les Japonais amateurs de viande tendre et persillée, un persillé dont la viande française s’est un peu départie pour répondre aux attentes sociétales de viande plus maigre. Par ailleurs, “peu de ménages disposent d’un four pour faire cuire le rôti et au Japon, on mange avec des baguettes”, insiste Dominique Gigan. Pour surmonter tous ces obstacles, le ministère de l’Agriculture a choisi de dégainer la cartouche “naturelle” de l’élevage à la française. Si l’image de grandes étendues d’herbe a séduit les journalistes japonais travaillant tous pour les plus importants médias du pays, il est clair que le seul argument des conditions d’élevage ne suffira pas.

Marketing

De l’aveu de Yasuhiro Matsuzaki, rédacteur en chef adjoint du Weekly Toyo Keizai, principal hebdomadaire économique japonais, “la différence se fera surtout sur le marketing”. Selon lui, “il est difficile pour un consommateur japonais de distinguer clairement le goût de la viande. La manière de vendre la viande, son prix, le circuit de distribution sont essentiels”. Être présent au bon endroit, au bon moment, avec le bon produit, l’équation semble complexe à résoudre. Pour Jean-Luc Livrozet, président d’Interbev Auvergne, certains produits français bien spécifiques peuvent avoir leur place au Japon. Le Parfait de charolais commercialisé par l’entreprise Convivial de Creuzier-le-Vieux, dans l’Allier, pourrait être de ceux-là. Jean Meunier, le PDG, y croit. Les contacts qu’il a pris au dernier Sirha (salon mondial de l’hôtellerie et de la restauration) de Lyon se sont avérés fructueux et il pourrait très prochainement, si les autorisations d’exporter le permettent, envoyer ses Parfaits de charolais, assemblage de viande bovine charolaise tranchée en feuilles ultra fines, au Japon.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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