L’industrie des viandes n’est pas optismiste

François d'Sophie Bourgeois - Réussir Bovins Viande Novembre 2012

L’industrie des viandes n’est pas optismiste
Jean-Paul Bigard : « Les filières viandes françaises sont aujourd’hui en grand danger de déclin irréversible. » © S. Bourgeois

Abattage-transformation. Avec un prix des animaux très élevé dans toutes les espèces et une tension forte avec la distribution, les entreprises du secteur des viandes sont prises dans un effet ciseau très défavorable.

Réunis en assemblée générale début octobre, les industriels de la viande ont insisté sur la force de la crise qu’ils traversent. L’observatoire des prix et des marges reflète la chute des marges entre 2011 et 2012 en même temps que la baisse des volumes d’activité. « Le pronostic vital de certains sites d’entreprises d’abattage-transformation est engagé, a prévenu Jean-Paul Bigard, président du Sniv-SNCP, qui a comparé la situation du secteur à celle de l’industrie automobile – celui-ci ayant toutefois l’avantage d’être beaucoup mieux écouté par les politiques.
Le Sniv-SNCP demande d’ailleurs une révision d’urgence de la LME (loi de modernisation économique) qu’il juge trop favorable aux enseignes très puissantes et très concentrées, et actuellement obsédées par l’hyper-concurrence entre elles. « La LME permet actuellement à une enseigne d’imposer ses conditions d’achat au détriment des conditions générales de vente du fournisseur », a-t’il expliqué. Il demande aussi de la compétitivité pour les entreprises, en reparlant de l’utilisation des protéines animales transformées de porcs et volailles, de la réglementation sanitaire française, du dumping social des abattoirs allemands, de la taxe d’abattage-équarrissage.

Risque de déconsommation des viandes

Le président du Sniv-SNCP a brossé un tableau plus large du secteur de la viande tout aussi sombre. « Les filières viandes françaises sont aujourd’hui en grand danger de déclin irréversible », a-t’il entamé dans son rapport d’orientation. En 2014, les éleveurs de plus de 50 ans seront majoritaires et seul un éleveur sur cinq aura moins de 40 ans. En 30 ans, la France a perdu 20 % de son cheptel bovin. Et la situation de flambée durable des prix des matières premières végétales amène le secteur de l’élevage à la rupture.
« Le second risque est celui de la déconsommation des viandes », a-t’il poursuivi. Face à la conjoncture difficile, il se dessine deux marchés. Celui de la viande haut de gamme que l’on consomme le week-end et puis la demande quotidienne pour des steaks hachés dans le congélateur. « Ce serait économiquement très risqué de retrancher une filière dans un seul de ces segments, de ne conserver que le haut de gamme et donner, de fait, le marché de grande consommation à nos concurrents européens. » Pour faire face à la baisse de consommation conjoncturelle, il faut écouter les clients. Le Sniv-SNCP a mis en place une plate-forme conversationnelle avec l’institut de sondage Opinion Way pour organiser le dialogue et analyser le discours citoyen au sein d’un panel. Et contre la baisse de consommation structurelle qui prend racine dans l’ensemble des attaques contre la viande, le Sniv-SNCP a affiché sa volonté d’agir.
« Nous avons restructuré nos entreprises et nous sommes convaincus qu’il y a une autre voie que celle de la gestion de la décroissance », a affirmé Jean-Paul Bigard. Cela passe par de l’innovation produits et de nouveaux process, le maintien d’un grand professionnalisme dans les entreprises, beaucoup de rigueur et de responsabilité.

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