« L’intérêt économique des PAT est très important » affirme Patrick Coelenbier, président du Sifco

Propos recueillis par Sophie Bourgeois - Réussir Bovins Viande Octobre 2011

Patrick Coelenbier, président du Sifco
« Nous souhaitons que la décision française soit prise en harmonie avec la décision de l’Union européenne. »

Les protéines animales transformées (PAT) refont parler d’elles depuis cet été. Une décision européenne se prépare.

Le Sifco, un syndicat né en 1996

Le Syndicat des industries françaises des coproduits animaux a été fondé en 1996. Les entreprises membres du Sifco sont actuellement au nombre de douze. Elles intègrent les équarrisseurs (catégorie 1 et 2) les transformateurs de sous-produits animaux (catégorie 3 ou alimentaire) et les abattoirs ayant intégré cette deuxième transformation. www.sifco.fr

Pourquoi les protéines animales transformées (PAT) font-elles un retour si remarqué sur le devant de la scène en France ?

Patrick Coelenbier - A l’origine se trouve la feuille de route de la Commission européenne pour les encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST), qui envisage la modification de certaines mesures, dans le cadre du succès de la lutte contre ces maladies en Europe. La première date de 2005 et une seconde a été publiée en juillet 2010. Parmi les mesures à l’étude, il y a la levée du « feed ban » - interdiction totale d’utiliser les protéines animales transformées en alimentation animale - qui date de 2001. L’intention de la Commission est de passer d’un schéma sécuritaire à un schéma fondé sur l’analyse des risques. Le retour des PAT ne pourra se faire que si les moyens scientifiques le permettent dans les conditions édictées par la Commission.

Quelles sont les PAT qu’il est question d’introduire dans l’alimentation animale ? Dans quelles conditions ?

P. C. - Il s’agit de protéines animales transformées (PAT) de catégorie 3, issues exclusivement d’animaux dont nous consommons la viande, et qui n’ont plus rien à voir avec ce que l’on appelait dans les années 1990 « farines animales ».
 La Commission envisage uniquement le cas des PAT issues d’espèces non susceptibles d’être atteintes d’EST, c’est-à-dire les non ruminants (porcs, volailles et poissons). Il serait interdit de pratiquer du « recyclage intra-espèce ». Par exemple, des PAT issues de porc ne pourraient être utilisées que pour l’alimentation des volailles ou des poissons.
 Des pré-requis très exigeants sont posés par la Commision européenne. Les sites de traitements des coproduits, de transport, de fabrication de l’alimentation animale devraient être dédiés à une seule espèce animale. Un marquage au GTH(1) des coproduits à risques (catégories 1 et 2) serait réalisé pour pouvoir contrôler leur absence dans les PAT de catégorie 3. Et un test, actuellement en cours d’évaluation, serait réalisé pour vérifier l’espèce d’origine des PAT au niveau des transformateurs de sous-produits animaux et des fabricants d’aliment.
 

(1) glycéro tri héptaoate

Quel est le processus juridique d’une telle décision ?

P. C. - La Commission prévoit d’établir un règlement, et non une directive, qui serait donc applicable sans délai dans tous les pays de l’UE s’il venait à être finalisé. Une décision de la Commission pourrait intervenir fin 2011, pour une mise en place fin 2012.
 Le gouvernement français a saisi pour avis l’Anses, pour l’aspect sanitaire, et le Conseil national de l’alimentation (CNA), pour l’aspect sociétal. Le CNA s’est d’ores et déjà dans un pré-avis, montré favorable à une application pour le secteur de l’alimentation des poissons dans un premier temps. Celui-ci a l’avantage d’être déjà organisé en sites dédiés, ce qui n’est pas le cas général pour l’instant, pour l’alimentation animale des porcs et volailles.
 
 

La filière viande bovine a-t’elle quelque chose à gagner ou à perdre de cette possible évolution règlementaire ?

P. C. - Il n’est pas question pour l’instant des PAT de catégorie 3 d’origine bovine. C’est d’ailleurs une question qui pourrait se poser, car une partie d’entre elles est valorisée en pet food mais de façon peu satisfaisante au regard de leur valeur économique. Par contre, l’introduction des PAT de non ruminants en alimentation animale serait un facteur  d’amélioration de la compétitivité des secteurs de l’élevage, de l’abattage et de l’alimentation pour porcs et volailles. L’intérêt économique des PAT dans les formulations, surtout dans un contexte de tension des prix des matières premières, est très important. Cela aurait aussi un effet sensible pour réduire la dépendance protéique de notre pays.
 
 

Si elles sont autorisées, ces PAT seront-elles effectivement utilisées en France ?

P. C. - La décision qui sera prise par la grande distribution concernant la place des PAT dans l’alimentation des porcs, volailles et poissons sera déterminante. Les graisses par exemple sont autorisées mais ne sont quasiment pas utilisées en alimentation animale.
 En France, ce sont à peu près 200 000 tonnes de PAT de porcs et de volailles qui pourraient être valorisées en alimentation animale. Le seul souhait que le Sifco puisse formuler est que la décision française soit en harmonie avec la décision de l’Union européenne, afin d’éviter les distorsions de concurrence. 
 

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