La BVD en Europe : entre maîtrise sanitaire et éradication

Dr Didier GUERIN

La BVD en Europe : entre maîtrise sanitaire et éradication

BVD Days : Les 14 et 15 novembre 2013, le 2ème congrès du cycle européen « BVD Days » était consacré à la sécurisation des mouvements d’animaux face au risque d’introduction et de dissémination du virus de la BVD.

Partout en Europe, des actions sont engagées contre la BVD. Face à cette maladie bovine dont les conséquences peuvent être lourdes pour les élevages atteints, la Fédération Européenne pour la Santé Animale et la Sécurité Sanitaire (FESASS) a engagé un cycle « les BVD Days » pour améliorer la connaissance de la maladie, étudier les possibilités de prévention, de lutte et d'éradication. La FESASS rassemble et représente les éleveurs et leurs organisations de santé animale de France, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Allemagne, Irlande, Italie, Espagne et Portugal. Après celui de Munich en 2012 dédié aux aspects virologie et vaccinologie, le 2ème congrès s’est déroulé les 14 et 15 novembre 2013 à Nantes. Co-organisé par GDS France et GDS Grand Ouest avec l’appui scientifique d'ONIRIS et de l'INRA, il avait pour thème : « La maîtrise de la BVD en Europe : sécuriser les mouvements d'animaux ». Retrouvez les interventions de ce congrès sur : www.bvd-day2013.eu/.

La sécurisation des mouvements d'animaux au centre des échanges

Dans l’Union Européenne, pour un total de bovins de 88 millions, le flux s’élève à près de 4 millions de têtes soit 8 bovins par minute et plus de 120.000 lots soit 1 lot toutes les 4 minutes. Ces échanges sont complexes mais avec une existence de flux bien établis. Plus de 5 % du cheptel franchit une frontière (échanges Union Européenne et pays tiers). Seuls quelques Etats membres sont concernés avec une concurrence importante fortement dépendante du sanitaire induisant des restrictions de mouvement ou des avantages commerciaux. L’importance économique de ce secteur demande de protéger et faciliter les mouvements avec des garanties sanitaires solides, simples, compréhensibles et évolutives dans le temps.

La BVD en Europe : entre maîtrise sanitaire et éradication

La BVD, un impact économique conséquent en élevage laitier, moins important en élevage allaitant… avec quelques cas explosifs !

L'unité de gestion de la santé animale de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Nantes a estimé les effets de la BVD en élevage laitier entre 46 et 83 € par vache suivant que l'effet de cette maladie sur le cheptel est « moyen » ou « marqué ». En allaitant, GDS Bourgogne a fait une estimation à partir d’une modélisation de l’élevage charolais. Il en ressort un coût moyen de la maladie de 13,10 € par reproducteur. Cependant, des cas explosifs peuvent exister lors de conditions épidémiologiques favorables (exposition en début de gestation). Outre l’impact économique, la réflexion doit intégrer les aspects sanitaires et commerciaux tout en relativisant par rapport aux autres priorités sanitaires.

La BVD, un enjeu collectif pour les échanges

Plusieurs pays européens (Autriche, Suisse, Allemagne, Suède, Irlande,…) sont engagés dans une démarche d'éradication du BVD et de certification des bovins. D’autres en sont au stade de réflexion et projettent une mise en place rapide de cette démarche (Belgique). En France, une garantie non-IPI est opérationnelle, plusieurs régions sont orientées vers des plans collectifs. Cela va impacter les échanges puisque des garanties vont être demandées sur les animaux introduits afin d’éviter toute nouvelle contamination.

Une démarche d'éradication du BVD engagée dans plusieurs pays européens

A ce congrès, l’Allemagne, l’Irlande, la Suède et la Suisse ont présenté leurs expériences. Les nécessités suivantes en ressortent : tous les cheptels doivent être concernés d’où un programme obligatoire ; des mesures d’accompagnement, notamment de biosécurité, doivent être définies et mises en place avec rigueur, d’où une implication collective ; une surveillance étroite du statut BVD doit être effectuée pour repérer toute nouvelle contamination, d’où une mobilisation à maintenir. Avec ces conditions, la durée du plan d’éradication se situe autour de 5 ans à laquelle se rajoute la surveillance post-éradication. Les coûts d’éradication de la BVD sont estimés à 45 millions d’euros en Suisse (1,6 millions de bovins), 200 millions d’euros en Allemagne (12,3 millions de bovins) avec un financement Etat/éleveurs. Pour ces différents pays, comparé aux coûts engendrés par la maladie, « le programme d’éradication est rentable et bien accepté ». Ce que traduisait ainsi S. Alenius : « L’éradication de la BVD est facile, il suffit de disposer de suffisamment d’argent et d‘éleveurs motivés ».

En France, une garantie individuelle « BVD : bovin non-IPI » opérationnelle

En France, depuis 2004, dans le cadre du code des échanges, une garantie individuelle « BVD : bovin non-IPI » est opérationnelle. Un bovin non-IPI ne pouvant devenir IPI, cette garantie est attribuée pour la vie de l’animal. Elle représente un moyen commun pour répondre à un besoin de garantie commerciale quelle que soit la situation épidémiologique et l’état d’avancement du plan de lutte. Elle est attribuée à partir de critères analytiques, par filiation ou selon des données épidémiologiques. Elle présente des limites en matière de gestion des infectés transitoires et des gestantes.

La BVD en Europe : entre maîtrise sanitaire et éradication

En Bretagne, un plan régional de maîtrise collective de la BVD depuis 2001

En Bretagne, en 2001, les GDS ont décidé la mise en place d'un plan régional de maîtrise collective de la BVD avec comme objectifs principaux : maîtriser l'incidence clinique en évitant les nouvelles contaminations et la diffusion du virus à partir des élevages infectés ou suspects de l'être avec les 3 étapes suivantes :1 - Evaluer le niveau de contamination de tous les cheptels bovins par analyse de lait de tank en laitier et analyse de sang de mélange de prophylaxie en allaitant avec un classement : catégorie (A, B, C, D, E).2 - Proposer à chaque éleveur un plan adapté à sa situation pour assainir l'élevage si nécessaire et choisir les méthodes de protection.3 - Surveiller les troupeaux présumés indemnes de BVD. Le pourcentage d’élevages en catégorie A est passé de 36,40 en 2001 à 79,95 en 2013. Pour 2014, au moins 95 % des bovins échangés bénéficieront de garantie non-IPI. Depuis 2001, le coût moyen est évalué à 0,80 € par bovin et par an.

Dans le Grand-Est : des plans individuels d’assainissement au plan collectif de réduction de l’incidence vers un programme collectif volontaire obligatoire.

La zone Eurosanitaire est l’association de 17 GDS du Grand Est (Alsace, Lorraine, Franche-Comté, Champagne-Ardenne…). En fonction de leur localisation (voisinage Allemagne, Suisse…), de leur situation épidémiologique, parallèlement à la disponibilité de la technique de la biopsie auriculaire, ils ont décidé en 2011 la mise en place d’un programme collectif de réduction de l’incidence de la BVD avec comme mesure de base, la généralisation du prélèvement biopsie dès la naissance. Leur objectif est « Zéro virémique en 2020 ! ». cela passe par l’obligation de pose de boucles de prélèvement de cartilage pour tous les bovins à partir de 2015 et le dépistage systématique à l’introduction de tout bovin non garanti non-IPI.

Après le code des échanges en 2004, une politique nationale collective BVD à actualiser

En France, il existe une variabilité d’approche en fonction de la production, de l’incidence clinique, de la densité des élevages… Se côtoient l’éradication (Bretagne, Grand-Est), la vaccination généralisée (Bourgogne) ou la maîtrise des points à risques (Limousin/Creuse, cf. article du 26 octobre 2012). Devant l’évolution du contexte national, européen et international et avec la disponibilité de nouveaux outils, GDS France et le réseau des GDS ont constitué un groupe de travail pour actualiser la politique nationale collective de gestion de la BVD. Nous sommes impliqués et vous informerons des évolutions.

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