La crise européenne plombe les exportations argentines

Camille Coulon - Réussir Bovins Viande Décembre 2012

La crise européenne plombe  les exportations argentines
Les différents muscles destinés à l’exportation sont conditionnés sous vide et les muscles d’un même animal peuvent prendre plusieurs destinations suivant les débouchés. © C. Coulon

En Argentine, la société Gorina abat environ 1200 bovins par jour et exporte vers une cinquantaine de pays. Tour d’horizon du marché mondial en compagnie de la direction.

Gorina, second abattoir du pays pour le volume

L’entreprise Gorina existe depuis 40 ans, mais a changé de mains en 1999. Depuis cette date, sa performance sur les marchés d’exportation reflète parfaitement celle du pays : forte augmentation des volumes et diversification des débouchés jusqu’en 2005, quand Gorina a expédié vers l’étranger près de 40 000 tonnes contre 10 000 t, seulement cinq ans plus tôt, puis baisse régulière de ses envois jusqu’à aujourd’hui.

Les entreprises d’abattage argentines aiment rester discrètes sur leurs activités. Pouvoir interroger in situ les gérants du second plus grand abattoir de bovins de ce pays aura demandé des mois de patience. La bonne volonté l’a finalement emporté sur la politique de « profil bas » qui règne dans le milieu. Une discrétion qui s’explique en partie, par le fait que c’est le gouvernement qui décide encore qui peut et ne peut pas exporter du bœuf, au-delà du contingent Hilton traditionnellement réparti par les autorités publiques entre une douzaine d’exportateurs. Les abatteurs ne camouflent rien mais le sujet est sensible.
L’abattoir de Gorina est situé à La Plata, à 55 kilomètres au sud de Buenos Aires. Ici sont abattus une moyenne de 1 200 animaux par jour, dont la viande est destinée pour partie à l’étranger, pour partie au marché intérieur. Quelque 700 salariés travaillent sur ce site. « En Argentine, seul le groupe Swift, propriété du brésilien JBS, numéro un mondial du bœuf, transforme de plus gros volumes, renseigne Rodolfo Acerbi, chargé du bien-être animal chez Gorina. Contrairement à Swift et aux deux abattoirs que Cargill vient de vendre à des capitaux nationaux, notre situation financière est saine. La direction est réduite à neuf administrateurs et nous avons su épargner durant les bonnes années, comme  en 2005. »

Manque d’animaux finis et un prix très élevés

La conjoncture actuelle pour le dernier maillon de la filière n’est pas bonne. Les disponibilités en animaux finis sont jugées insuffisantes et corollaire logique à cette raréfaction de l’offre, leur prix n’a jamais été aussi élevé. De plus, la crise économique européenne plombe les achats des importateurs du Vieux continent. Ce débouché historique garantissait à une époque une bonne rentabilité de cette activité d’exportation. Qui plus est, pour freiner la hausse des prix sur le marché intérieur, le gouvernement restreint toujours les permis d’embarquement vers l’étranger.

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Rodolfo Acerbi, chargé du bien-être animal chez Gorina : « Notre espoir à court terme est de fournir cet immense marché qu’est la Chine en viandes fraîches. » © C. Coulon

Rodolfo Acerbi soupire en évoquant la crise européenne tout en admettant que les Allemands, qui achètent 85 % des envois réalisés dans le cadre du contingent Hilton, restent friands des filets, faux-filets, tranches et noix d’entrecôte emballés sous vide et rangés par trois morceaux dans de jolies boîtes en carton. Le plus gros client de Gorina est la chaîne allemande de restaurants grill Block House. Osons la comparaison : le bœuf est en Argentine ce que sont en France le champagne et sa valeur ajoutée. Il suffit de voir ces boîtes soigneusement empilées dans une chambre froide pour s’en convaincre. Juste à côté, une autre pile de cartons à la présentation nettement moins sofistiquée renferme cependant la même marchandise, mais cette fois-ci destinée au Chili. Ces morceaux de choix valent actuellement en Europe 12 400 euros par tonne payés par l’importateur allemand. Un tarif qui laisse encore une marge confortable pour l’exportateur. Mais les abatteurs argentins ne misent pas seulement sur la viande pour faire de la marge, les différents coproduits issus des bovins ont également toute leur importance et en particulier les peaux.
Malheureusement, la crise économique qui touche l’Italie a fait chuter de moitié le prix du cuir de haut de gamme. Tous les débouchés ne sont pas fermés pour autant. S’il est bien connu que les Allemands apprécient grillades de bœuf d’Argentine et grosses berlines, ces derniers ignorent parfois que le revêtement des sièges de leur bolide provient souvent d’animaux dont ils ont pu se délecter quelques mois ou années plus tôt. La remarque vaut pour Porsche comme pour Ferrari et d’autres constructeurs d’automobile de luxe, qui utilisent fréquemment le cuir des bouvillons de la Pampa.

La Chine, nouvel eldorado auquel rêvent les Argentins

Mais plus que la vieille Europe, le nouvel Eldorado auquel rêvent les Argentins est la Chine. « Notre espoir à court terme est de fournir cet immense marché en viandes fraîches », explique Rodolfo Acerbi. Et ce dernier parle en connaissance de cause. En 1991, il a initié la première visite protocolaire de Buenos Aires à Pékin pour accéder à ce marché, alors qu’il était le jeune directeur du service international de l’autorité sanitaire argentine. Plus de vingt ans ont passé avant le premier envoi effectif : trois tonnes expédiées par avion vers Shangaï, en début d’année, pour l’hôtellerie de luxe. En attendant mieux, Hong Hong est depuis longtemps la principale destination étrangère des abats d’animaux argentins avec 30 000 tonnes envoyées bon an mal an.
En revanche, « les viandes cuites argentines ne sont plus compétitives sur le marché états-unien », révèle le porte-parole de Gorina. C’est lié au renchérissement des prix du bétail sur pied et à l’inflation. Elle oblige les industriels à constamment réajuster le niveau des salaires de leurs employés. Par ailleurs, Buenos Aires a porté plainte devant l’Organisation mondial du commerce pour accéder à ce marché nord-américain sur le segment des viandes fraîches, laquelle devrait rester lettre morte. « Les producteurs de bœuf nord-américains redoutent la provenance argentine car notre marque pays a une très bonne image auprès des consommateurs américains », glisse tout sourire Juan-Carlos Eiras, représentant des engraisseurs en parc argentin.
« Sur le terrain, les nouvelles technologies de gestion des aliments, comme le silo sac et bien sûr le feed-lot, permettent de conserver les troupeaux sur une même surface en les alimentant toute l’année de façon homogène », souligne Hector Gariglio, responsable qualité chez Gorina. « Les grandes fermes, supérieures à 10 000 hectares, et les petites, de 200 à 250 hectares, sont restées dans le circuit tandis que celles de taille intermédiaire ont généralement disparu, absorbées par la filière grandes cultures, soja en tête. »

Lente reconstitution du cheptel

La pénurie de bétail en Argentine s’explique par la faible rentabilité de l’élevage allaitant par rapport aux cultures et par les sécheresses prolongées des dernières années. Le cheptel national estimé autour de 50 millions de têtes toutes catégories confondues ne devrait retrouver son niveau historique de 55 millions de têtes que vers 2017, avec une reconstitution progressive de l’ordre d’un million de veaux par an environ, selon l’avis partagé des spécialistes qui soulignent que le pays pourrait facilement accueillir 65 millions de spécimens. Les animaux seraient toujours majoritairement engraissés à l’herbe malgré l’expansion des systèmes d’engraissement intensif en parc.

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