La cysticercose ou ladrerie bovine Une zoonose sous haute surveillance

Dr Didier GUERIN

La cysticercose ou ladrerie bovine Une zoonose sous haute surveillance

« Le ver solitaire » => La cysticercose ou ladrerie bovine est due à la présence de larves de cestodes dans la musculature. Ces larves appartiennent à l'espèce Tænia saginata, qui, à l'état adulte, est parasite de l'intestin grêle de l'homme (Tænia saginata est souvent dénommé « ver solitaire »).Maladie connue depuis longtemps, mais toujours présente, la cysticercose ou ladrerie bovine fait l’objet d’un dépistage codifié afin de rompre le cycle de contamination bovin (ou porc) – homme.

L'Homme s'infeste en consommant de la viande crue ou peu cuite renfermant des cysticerques. En 3 mois, la forme adulte de Tænia saginata est formée dans l'intestin grêle. 5 à 10 anneaux mobiles du tænia sont expulsés chaque jour. Dans le milieu extérieur, les anneaux sont lysés et libèrent les œufs (environ 80 000 par anneau, soit plus de 150 millions par an) qui sont très résistants dans le milieu extérieur, ainsi qu’aux agents physiques et chimiques. Après ingestion par un bovidé, les embryons libérés traversent la muqueuse intestinale. Ils sont disséminés dans tout l'organisme par voie sanguine et lymphatique. Ils se localisent dans certains muscles pour former en 3 à 4 mois des vésicules de 6 à 8 mm : les larves cysticerques (Cysticercus bovis). Leur durée de vie est en moyenne de 20 à 30 mois, puis elles se calcifient. Le même hôte peut héberger de nombreux cysticerques à plusieurs stades d’évolution.

Un cycle bovin – homme

La contamination des bovins se fait par ingestion d’œufs de Tænia saginata libérés en très grand nombre dans l'environnement à partir de personnes hébergeant des vers solitaires. Les œufs éclosent dans le tube digestif des bovins et libèrent de petites larves qui vont se localiser dans les muscles avec des zones d'élection : myocarde, muscles masticateurs, langue, paroi musculeuse de l'œsophage ou diaphragme. Chaque larve prend la forme d'un grain de riz (2 x 6-8 mm), de coloration rosée, disposé entre les fibres musculaires. Ce type de larve, appelé cysticerque, est formé en 3 mois après ingestion de l'œuf de Tænia saginata. La présence de cysticerques n'a pas de répercussion, ni sur l'état général, ni sur la croissance des jeunes bovins. L'éleveur ne s'en rend donc pas compte.

Une zoonose, le tæniasis, un « ver solitaire » de 5 à 10 m de long

L'Homme s'infeste en consommant de la viande crue ou peu cuite. En 3 mois, la forme adulte de Tænia saginata est formée dans l'intestin grêle. Elle atteindra la taille de 5 à 10 mètres. Des segments de 1 cm sont éliminés par voie anale. Chaque segment contient des milliers d'œufs très résistants et directement infestants pour les bovins. Ces œufs peuvent souiller la pâture, le fourrage ou l'eau de boisson. Le nombre de tæniasis humains avoisinerait les 100.000 cas annuels. Ces renseignements constituent un élément privilégié dans le cadre de l'information sur la chaîne alimentaire (ICA) relative à la cysticercose (voir article du 20 mars). Lors de mise en évidence de cas groupés de cysticercose bovine, une enquête peut être diligentée dans l'exploitation d'origine.

Les informations relatives à 4.564.065 bovins abattus en France en 2010 dans 181 abattoirs ont permis d’estimer la prévalence apparente de la cysticercose quel que soit son stade de développement à 0,142 % et celle de la cysticercose à cysticerques vivants à 0,013 %. En tenant compte de la sensibilité de détection à l’abattoir d’un animal atteint de cysticercose, la prévalence réelle de la cysticercose a pu être estimée à 1,23 % et celle de la cysticercose à cysticerques vivants à 0,113 % (source : ANSES/DGAL). Pour plus d’informations, consultez le bulletin épidémiologique, santé animale et alimentation n°63.

Un dispositif général de lutte basée sur la rupture du cycle

La lutte contre la cysticercose des bovins est liée à la suppression de l'infestation humaine et au contrôle sanitaire des viandes. Elle nécessite le dépistage et le traitement des personnes parasitées. Elle consiste aussi à protéger les bovins de la contamination par des œufs de Tænia saginata, en limitant l’accès aux prairies à risques et la distribution de fourrages potentiellement contaminés (pâtures avec dispersion du contenu de fosses d‘aisance, maïs près des voies ferrées ou des routes très fréquentées), en évitant l’abreuvement des animaux avec des eaux infestées... Des pics d'infestation des bovins sont observés à la saison de chasse et à celle du ramassage des champignons, ou le long de certaines voies ferrées. II n'existe aucun traitement de cette maladie.

Un arbre de décision pour les viandes ladres prévu par arrêté

La recherche de la cysticercose à l'abattoir est réalisée systématiquement sur les bovins. L'inspection post-mortem s’effectue selon le règlement n°854/2004/CE avec examen visuel, palpations et, éventuellement, incisions sur les lieux d’élection des cysticerques :

  • Masséters externes (deux incisions parallèles à la mandibule de chaque côté), sauf pour les bovins de moins de 6 semaines.
  • Masséters internes sauf pour les bovins de moins de 6 semaines.
  • Langue (examen visuel et palpations).
  • Œsophage (examen visuel et palpations).
  • Cœur (examen visuel et palpations, une incision longitudinale).
  • Diaphragme (examen visuel).

Une carcasse atteinte de cysticercose est celle dans laquelle est décelé un cysticerque vivant ou en voie de dégénérescence, ou une lésion calcifiée qu'il n'est pas possible de rapporter avec certitude à une autre cause que la cysticercose. La découverte de telles lésions entraîne obligatoirement la consigne des viandes, c'est-à-dire de la carcasse et des abats rouges (cœur, langue, œsophage, tête), puis un examen approfondi (immédiat ou après réfrigération dans le local de consigne).

Un examen approfondi « renforcé » lors de suspicion

Cet examen approfondi de la carcasse repose sur des contrôles visuels, des palpations et des incisions obligatoires, ainsi que d'éventuelles incisions complémentaires. L'examen approfondi a pour but d'apprécier le niveau d'infestation de la carcasse (discrète ou massive) et de rechercher des cysticerques vivants car ils sont infestants. Il comprend en particulier un examen visuel approfondi des lieux d'élection (masséters, langue, œsophage, cœur), ainsi que des hampes et de l'onglet. Le cœur, lieu d'élection préférentiel de la cysticercose et site de détection particulièrement efficace des larves, fait l'objet de sections en quatre parties au moins de façon à multiplier les surfaces d'examen. L'examen approfondi comprend également le contrôle visuel de toutes les surfaces musculaires visibles, notamment à proximité des insertions osseuses et des aponévroses.

Un assainissement par le froid ou une saisie totale

Lorsque l'infestation de la carcasse est discrète (inférieure à un cysticerque vivant ou en voie de dégénérescence, ou à une lésion calcifiée par dm²), les organes ou les parties de carcasse porteurs des lésions sont saisis à l'abattoir ou à l'atelier de découpe. Le reste de la carcasse peut être assaini par le froid, à une température inférieure ou égale à 10°C à cœur pendant un minimum de dix jours. En revanche, lorsqu'à été mis en évidence, en quel lieu que ce soit, plus d'une lésion par dm², la carcasse est retirée de la consommation humaine dans sa totalité. Le vétérinaire officiel de l'abattoir s'assure de la transmission à l'exploitant du secteur alimentaire qui a envoyé l'animal, de la présence d'une ou de plusieurs larves de cysticerques dans les viandes. Le motif porté sur le certificat de saisie sera, selon le cas, « cysticercose musculaire généralisée », « cysticercose musculaire localisée, forme dégénérée » ou « cysticercose musculaire localisée, forme vivante » (avec référence au règlement n° 854/2004/CE).

Une implication de GDS Creuse

La découverte de cysticercose sur un bovin à l’abattoir entraine une dépréciation (assainissement par le froid) ou une perte totale (saisie) de la valeur de l’animal. Face à cette situation imprévisible pour l’éleveur, GDS Creuse a intégré l’indemnisation de cette perte dans le cadre de sa mutuelle sanitaire en élevage bovin. Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à contacter votre vétérinaire ou GDS Creuse.

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Commentaires 1

pietin 113

Et en ce qui concerne les cers,sangliers ou autres cheptels sauvages nourris de nos cultures...?

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