La viande en accusation : et pourtant la filière se décarcasse

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La viande en accusation : et pourtant la filière se décarcasse

Souffrance des animaux d'élevage, surconsommation d'antibiotiques, rappel de steaks hachés contaminés: le secteur de la viande est fréquemment mis en accusation médiatique, malgré les efforts de la filière pour répondre aux attentes des consommateurs.

Hasard du calendrier ou stratégie médiatique? Jeudi, l'association anti-élevage L214 a diffusé une nouvelle vidéo dénonçant les difficiles conditions de vie des porcs de deux élevages bretons liés à la marque de pâté Henaff, le jour où une association concurrente, CIWF, publiait son palmarès annuel du bien-être animal.

D'un côté, des images de porcelets sanguinolents entassés, morts, dans un chariot rouillé, et des gros plans sur des flacons d'antibiotiques, alimentant les inquiétudes sur la qualité réelle de la viande issue de ces élevages. De l'autre, des prix récompensant des groupes agroalimentaires ou des enseignes de la grande distribution comme Franprix, Leader Price, Système U ou Monoprix, pour s'être engagés à arrêter la vente de lapins élevés en cage, ou d'oeufs de poule en cage.

Ouvertement anti-viande, L214, qui multiplie les opérations chocs, a défilé à la mi-juin à Paris pour demander la fermeture de tous les abattoirs, attirant plus de 3.000 personnes vêtues de rouge. En face, CIWF (Compassion in World Farming), née il y a 50 ans en Grande-Bretagne, n'a pas un positionnement aussi radical. Elle lutte contre l'élevage industriel et fait la promotion d'un élevage "plus respectueux des animaux, des hommes et de la planète". Les trophées qu'elle décerne chaque année depuis 10 ans sont destinés à "accompagner" les acteurs de l'agroalimentaire dans leurs démarches "visant à améliorer le bien-être des animaux d'élevage", indique l'association.

Parallèlement aux actions de ces associations, les témoignages sur le monde terrible et secret des abattoirs ou sur les bienfaits supposés d'un mode de vie totalement vegan s'accumulent en librairie, alimentant la suspicion sur la viande. Une impression renforcée par les fréquents rappels de lots de viande contaminés par les bactéries. Jeudi c'était au tour des abattoirs bovins VF (groupe Castel) de rappeler un lot de steak haché.

Érosion de la consommation

Et la consommation de viande, en Europe et en France, subit une érosion certaine, alors qu'elle augmenterait plutôt dans les pays en voie de développement, souligne Philippe Chotteau, économiste à l'Institut de l'élevage (Idele), interrogé par l'AFP. Autre coup pour la filière, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l'agence cancer de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé la viande transformée, essentiellement la charcuterie, dans la catégorie des agents "cancérogènes pour l'homme".

Du coup, toute la filière "viande" en France se sent remise en cause. La filière bovine s'est inquiétée la première. Pendant quatre ans, elle a mené de discrètes discussions avec des associations environnementales pour parvenir à un "pacte" dans lequel elle s'engage à améliorer ses pratiques, mais où les associations reconnaissent le bienfait de son existence pour l'environnement (élevage extensif, prairie, alimentation produite sur place...).

L'interprofession porcine, qui rassemble éleveurs, abatteurs et distributeurs, a pour sa part lancé en juin une démarche appelée "Porc respect et confiance" avec la mise en place d'indicateurs objectifs pour pouvoir évaluer ses pratiques, un réseau de sentinelles parmi les techniciens qui visitent habituellement les élevages, et des travaux de recherche sur les nouvelles pratiques d'élevage.

Au-delà des efforts qu'ils font, les agriculteurs se rendent compte qu'ils doivent aussi communiquer sur leurs bonnes pratiques pour ne pas laisser le champ aux associations abolitionnistes. "Il faut mieux expliquer nos pratiques sinon ce sont ces vilaines images qui restent dans l'oeil du consommateur", confirme à l'AFP Rachel Rivière d'Inaporc. Ainsi, la lutte contre la surconsommation d'antibiotiques dans le domaine animal, menée sous l'égide de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), a enregistré de premiers progrès. Entre 2012 et 2015, l'exposition des animaux aux antibiotiques, toutes espèces animales et toutes familles d'antibiotiques confondues, a chuté de 20,1% par rapport à 2011, selon le ministère de l'Agriculture.

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Commentaires 3

agriculteuse

https://reporterre.net/Faut-il-devenir-vegetarien-pour-sauver-la-planete

Un article qui remet l'élevage à l'honneur et pour la planète et les Hommes, pour ceux qui aurait envie de raler contre les végans donner plutôt des arguments!!!

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le mot viande généralise toute les filières et type d'élevage, je suis désolé mais en vache allaitante les antibiotiques sont quasiment pas utilisé uniquement curatif, pour ma part 250 bovin en extensif (max 10 piqures antibiotique/an, avec délais respecté) mieux quand bio.
Il y à certainement d'autre exemple, les analyses antibiotiques sont t'elles faite sur des animaux Français et hors industriel ?

robin

C'est comme partout, il y a des bons es des mauvais. on ne doit pas mettre tout le monde dans le même panier. C'est comme en sport, il y a de très bonne équipes et il y a aussi de très mauvaises, et cela n'empêche pas des millions de gens de se passionner pour le sport. Si il y a des mauvais élevages alors cela devrait pousser les consommateurs à être attentif au choix de la viande qu'ils achètent, mais pas leur en dégouter.

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