Le « cri de désespoir » des éleveurs face à la grande distribution

Delphine Barel

Les éleveurs de Loire-Atlantique très mobilisés et impliqués. Plus d’une cinquantaine d’éleveurs des Pays de la Loire étaient présents.
Les éleveurs de Loire-Atlantique très mobilisés et impliqués. Plus d’une cinquantaine d’éleveurs des Pays de la Loire étaient présents.

Prix producteur en chute, prix consommateur toujours plus élevé. Mardi, les éleveurs de viande bovine ont mené une opération coup de poing dans un magasin Leclerc de la région parisienne pour dénoncer cette politique de prix toujours plus bas.

Levés très tôt pour la plupart d’entre eux, les éleveurs de viande bovine de toute la France n’ont pas hésité à prendre la route pour répondre à l’appel de la FNB mardi dernier. Ils étaient près de 150, dont près d’une vingtaine de Loire-Atlantique à participer à une opération coup de poing dans le magasin Leclerc de Vitry sur Seine. L’objectif : vérifier l’origine des viandes et sensibiliser le consommateur à la nécessité de soutenir l’élevage français.

Une cohorte de CRS

Arborant des casquettes « Police des viandes », les éleveurs ont vérifié l’étiquetage, découvrant notamment de la viande « origine UE » sans précision du pays producteur. Cet étiquetage non réglementaire a vite été remplacé par des stickers « baisse des prix aux éleveurs : les grandes surfaces s’engraissent ».
La manifestation qui se voulait « ferme mais calme » s’est néanmoins musclée lorsque les éleveurs ont voulu se rendre dans la chambre froide pour vérifier les déclarations du directeur du magasin affirmant proposer à 90 % de la viande française. Refusant de n’envoyer qu’une petite délégation « pour des raisons de normes sanitaires » à la demande du directeur, les éleveurs ont tenté d’entrer en masse face à une cohorte de CRS qui les attendait à l’intérieur. Repoussés avec force, l’affrontement s’est poursuivi plusieurs minutes à grands jets de tomates, viande hachée puis par la lance à incendie. Les moyens déployés face à eux ont surpris les éleveurs. « On n’a pas les moyens de contrôler dans les grandes surfaces mais on a les moyens de taper sur les producteurs. C’est une honte ! » crient certains d’entre eux.

Forte mobilisation

Ce que les éleveurs dénoncent avant tout, c’est « le décrochage de plus en plus insupportable entre les prix payés au producteur, qui ne cessent de baisser, et les prix à la consommation qui sans cesse augmentent », rappelle Pierre Vaugarny, secrétaire général de la FNB. En un an, les éleveurs ont ainsi perdu 300 euros par animal.
Ainsi malgré une pluie battante, les éleveurs déterminés à exprimer leur désarroi face à la grande distribution et à en finir avec ces pratiques commerciales se sont ensuite dirigés vers le siège social du groupe Leclerc à Ivry-sur-Seine. Les organisateurs attendaient environ 100 personnes, ils étaient 50 de plus à avoir répondu présent, signe des difficultés extrêmes que traverse la filière viande. Face à eux, 160 CRS alignés empêchaient tout accès au parvis du bâtiment.
« Leclerc se pare d’être le champion de la baisse des prix mais il participe en réalité à l’étranglement d’une profession. C’est intenable ! », dénonce David Moisan, responsable viande bovine JA 44. « Au-delà de la pérennité de l’élevage, c’est aussi l’emploi en France qui est menacé » alerte également Mickaël Trichet, responsable viande bovine de la FNSEA 44. « Un éleveur, c’est sept emplois ».

Ce n’est que le début

La manifestation recueille le soutien de l’ensemble de la profession : Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA, rappelle que « la FNSEA est totalement derrière la FNB pour dénoncer cette baisse des prix injustifiable. »
Après plus de deux heures de négociations, une délégation menée par Jean-Pierre Fleury, président de la FNB, finit tout de même par obtenir le droit d’être reçue, tandis que les éleveurs sont autorisés à monter les marches jusqu’au parvis du siège social. Reçus par Stéphane de Prunelé, numéro 2 du groupe Leclerc, ils reviennent après une heure de discussion, faussement enjoués : « on a bien fait de venir, figurez-vous qu’ils n’étaient pas au courant qu’il y avait une crise de l’élevage ! » s’exclame Jean-Pierre Fleury, provoquant l’indignation des manifestants.
Seule avancée tangible, Leclerc a accepté de participer à une réunion qui devrait se tenir dans les quinze jours entre les producteurs, la FCD, les distributeurs indépendants, et les abattoirs, précise encore le président de la FNB. Les revendications des agriculteurs ne devraient pas se cantonner au secteur de la viande. « La rentrée syndicale commence par la viande bovine, mais elle se généralisera à d’autres productions car la spirale à la baisse touche tous les produits », conclut Joël Limouzin. La FNB appelle également les sections départementales à se mobiliser dans les semaines à venir. « Nous sommes déterminés à continuer le travail. Nous n’avons peur de rien, nous ne nous refuserons rien ! » prévient le secrétaire général de la FNB.

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